UN MONDE A GAGNER
 
   


Une guerre pour le pétrole ?

Beaucoup de gens disent que cette guerre a pour objet le pétrole. C'est vrai, mais pas au sens strict. Il faut y ajouter deux nuances.

D'abord, si le pétrole est au cSur de ce conflit, c'est non seulement pour savoir qui mettra la main sur les réserves, mais aussi sous quelles conditions - et qui ne pourra pas y avoir accès du tout ou alors, seulement en autant qu'ils se joignent à la « mission » américaine. C'est le pétrole, vu comme le sang pour la survie des empires.

L'entreprise est encore plus criminelle - on pourrait se demander, « mais sur quelle planète vivons-nous ? » - lorsqu'on sait que si aucune alternative n'est trouvée aux combustibles actuels dans l'usage courant au cours des prochaines décennies, une grande partie du monde et des gens qui y vivent feront face à des catastrophes climatiques, à l'élévation du niveau des mers et à d'autres conséquences liées au réchauffement de la planète. Mais le problème va au-delà du fait que Bush « mange dans la main de l'industrie pétrolière » comme certains le disent. Le pétrole et le pouvoir vont ensemble : l'industrie du pétrole a contribué de son côté à l'ascension de Bush et de son cabinet vers le pouvoir.

Le fait que les cinq pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies aient des compagnies pétrolières détenant des intérêts majeurs en Irak n'est pas accidentel. Ce n'est pas uniquement par soif de profit bien qu'ultimement tous soient poussés par cet objectif. La possession de pétrole constitue un avantage stratégique crucial pour accumuler les profits qui relèvent non seule­ment de la simple marche des affaires, mais aussi du contrôle économique, comme c'est le cas avec le capitalisme monopoliste.

Deuxièmement, l'enjeu actuel ne concerne pas seulement le pétrole irakien, même si celui-ci est très important pour Bush. L'enjeu, c'est le pétrole dans la région du Moyen-Orient - et encore, pas que cela non plus.

Actuellement, les États-Unis importent un peu plus de la moitié du pétrole qu'ils consomment et cette proportion devrait s'accroître pour atteindre les deux tiers d'ici 2020. Histoire de diversifier leurs sources d'approvisionnement, les compagnies pétrolières et les forces militaires américaines sont en train de déplacer agressivement leurs opérations vers la Mer Caspienne et les régions asiatiques de l'ancienne URSS. Des oléoducs y poussent comme des champignons, à l'ombre des bases mili­taires US. Les États-Unis s'intéressent également de plus en plus à l'Afrique de l'Ouest, tant aux exportateurs de pétrole reconnus comme le Nigeria, l'Angola et le Gabon, qu'à de nouveaux exportateurs potentiels comme la Guinée équatoriale. Même du côté des plus ardents supporters de Bush, aucun n'ose invoquer des raisons humanitaires pour expliquer l'envoi du Secrétaire d'État Colin Powell en Angola et au Gabon, de même que la réouverture du consulat américain en Guinée équatoriale, fermé depuis des années.

Le pétrole est également un enjeu majeur dans les politiques américaines envers le Mexique et le Venezuela. L'envoi de Bérets verts américains, de 10 hélicoptères et de 94 millions de $ en aide contre-insurrectionnelle en ­Colombie est également motivé, de l'aveu même du régime américain, par la protection du pétrole et des oléoducs, devant la menace des mouvements de guérilla, mais aussi pour contrer l'Allemagne qui a occasionnellement dans le passé, déjà développé des ententes avec les guérillas locales.

Cependant, en raison à la fois du déclin de la production dans cette ­région et de la demande croissante américaine, le pétrole en provenance de ces pays n'est appelé à jouer qu'un rôle secondaire dans la soif de contrôle des États-Unis. Il existe encore une autre raison, moins évidente. Les autres puissances européennes et le Japon sont entièrement dépendants du pétrole provenant du Moyen-Orient. Le déclin de la production pétrolière dans la Mer du Nord, est un des facteurs qui a considérablement accentué cette dépendance (à cet égard, les efforts américains pour mettre la main sur des ressources à l'extérieur du Moyen-Orient revêtent un aspect préventif). Quiconque contrôle le pétrole du Moyen-Orient détient un énorme ascendant sur l'Europe.

Le Secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld aime bien parler des « multiplicateurs de force », une combinaison de différentes qualités (telles la précision et la puissance explosive de munitions) qui augmente la « léthalité » (potentiel destructeur) de plusieurs fois au-delà de ce que Bush a besoin en Irak. C'est ce type de combinaison, basée sur la puissance de frappe, que les États-Unis veulent utiliser pour amener le Moyen-Orient sous leur contrôle quasi-exclusif dans les domaines politique, économique et militaire. Un potentiel destructeur comme on n'en a jamais vu avant. Une fois de plus, c'est le retour de la politique des gros bras et de l'occupation coloniale.

(Traduction non-officielle)