UN MONDE A GAGNER
 
 

Révolution au Népal:
Un monde meilleur est en train de naître

Aumoment d'aller sous presse (en novembre 2002), la lutte de classes devenait de plus en plus vive au Népal. À l'appel du Parti communiste du Népal (maoïste), une grève générale nationale de trois jours a débuté le 10 novembre et paralysé la capitale, Katmandou, ainsi que les quelque régions, de moins en moins nombreuses, qui sont encore aux mains des réactionnaires. Le 13 novembre à 23h, i.e. juste au moment où la grève achevait, des offensives militaires simultanées menées par l'Armée populaire de libération (APL) se sont produites à Khalanga - le quartier général du district de Jumla - ainsi qu'au poste de police de Takukot, situé dans le district de Gorkha.

À Khalanga, la bataille a duré pas moins de sept heures pendant lesquelles l'APL a neutralisé un millier de soldats de l'Armée royale qui se sont retrouvés immobilisés à l'intérieur de leurs casernes. 33 ennemis ont alors été liquidés, dont plusieurs officiers. La presse de Katmandou rapporte que 55 combattantes et combattants de l'APL ont également perdu la vie lorsqu'elles et ils ont été pris pour cibles par deux hélicoptères de combat équipés avec un système de vision nocturne.

Situé dans le centre du pays, le district de Gorkha se trouve à 95 kilomètres à peine de la capitale. C'est aussi le lieu de naissance de la monarchie. À Takukot, pendant ce temps, les forces de sécurité ont essuyé une sévère défaite, 26 d'entre elles ayant perdu la vie suite à un affrontement qui a duré 90 minutes.

Un peu plus tard en novembre, d'autres rapports publiés par la presse de Katmandou ont fait état de la progression de l'APL dans l'est du Népal, s'apitoyant notamment sur le sort du gouvernement dont l'autorité serait sérieusement mise à mal si l'APL réussissait à s'emparer du Mont Everest.

Pendant que l'État népalais chancelle sous les coups portés par l'APL, les partis parlementaires et le Palais royal restent amèrement divisés, et le système politique réactionnaire s'enfonce dans un désarroi de plus en plus profond, notamment suite au coup perpétré par le roi Gyanendra qui a dissous le Parlement en octobre et destitué le gouvernement. - AWTW

1. Introduction

Les pauvres, les démunis-es et les humiliés-es au Népal, celles et ceux qui mènent une guerre populaire depuis sept ans pour changer la face du pays, sont en train de hisser le drapeau rouge de la révolution sur « le toit du monde ». Ce pays, connu comme étant un creuset de formation de mercenaires pour les armées étrangères, est aujourd'hui devenu la terre de naissance des soldates et soldats du prolétariat international. Les femmes népalaises qui depuis des siècles subissaient la domination féodale, se sont dressées et ont pris les armes pour prendre leur propre destinée en mains, émergeant ainsi en plein XXIe siècle. Un pays qui n'était connu dans le monde que comme étant un paradis pour vacanciers est passé au rang de pays d'importance stratégique, à la fois pour les impérialistes et pour les peuples révolutionnaires du monde entier.

Sous la direction du Parti communiste du Népal (maoïste) (PCN[M]) - un membre très précieux du Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI) -, une armée de type nouveau, qui porte aujourd'hui le nom d'Armée populaire de libération du Népal (APL) s'est développée et organisée. À travers le combat contre l'ennemi et le processus de mobilisation et d'organisation des masses dans lequel elle est impliquée, l'APL a maintenant atteint un niveau où elle compte des brigades composées de plusieurs centaines de soldates et de soldats. Face à cela, le gouvernement a été obligé de battre en retraite et de quitter de larges portions des campagnes où il ne pouvait rassembler que des forces très réduites. Dans les zones où les masses populaires ont rompu avec les traditions séculaires, le pouvoir politique rouge s'épanouit sur toute la longueur et la largeur du Népal ; et toute la société voit la réalité d'une révolution sur la voie de la victoire dans le pays entier. Et tout cela se produit dans un monde qui souffre si désespérément de l'absence d'un pays sous pouvoir populaire.

Depuis des siècles, la vie n'a guère changé pour les masses populaires népalaises. Les relations économiques et sociales ont été modelées par la dépendance du Népal à l'égard de l'Inde et de l'Occident. Le peuple népalais est un réservoir de main-d'Suvre à bon marché pour l'Inde, et ce sont ses ressources naturelles qui alimentent l'économie indienne. La beauté naturelle du pays en a fait un panorama « intact » pour les touristes étrangers qui venaient admirer le Mont Everest et s'émerveiller devant un monde que ni le chaos et les ouragans de la vie industrielle, ni l'appât du gain et les relations sociales cannibales caractéristiques du monde moderne n'avaient touché. Mais sous cette apparente sérénité se cachait une vie de malheur et de misère pour le peuple népalais, dont les fruits du travail disparaissaient dans les coffres des propriétaires terriens, des élites de Katmandou et leurs alliés indiens. Les enfants du Népal vivaient souvent une vie misérable en tant que travailleurs migrants, vouée aux travaux les plus harassants et les plus vils en Inde.

Le système politique népalais était la coquille parfaitement adéquate à cette réalité sociale rétrograde. Depuis des siècles, un monarque régnait sur ce système féodal. Depuis des dizaines d'années, des tentatives de réformes n'avaient abouti qu'à des changements de façade et avaient laissé le système intact. Bref, le Népal avait grandement besoin d'une révolution démocratique pour libérer les forces productives. Comme l'a dit Mao Tsé-toung, à l'époque de l'impérialisme, c'est au prolétariat représenté par son avant-garde - le parti communiste - de se placer à la tête du peuple et le mener à la révolution de démocratie nouvelle, qui non seulement débarrasserait le chemin des toiles d'araignées médiévales et de la dépendance envers les puissances étrangères mais aussi ouvrirait pour le Népal, en tant que composante de la révolution prolétarienne mondiale, la voie vers le socialisme et le communisme.

Le 13 février 1996, le PCN(M) osait déclencher la guerre populaire, qui annonçait comme un coup de clairon un avenir nouveau. Elle s'est manifestée au départ par une vague d'attaques qui a balayé tout le pays mais qui a été sous-estimée et méprisée par l'élite occidentalisée de Katmandou. Pendant quelques années, de petites unités de guérilla éparpillées ont mobilisé les masses et se sont organisées dans les campagnes. Armées au départ d'armes locales et à l'occasion d'un fusil moderne pris à l'ennemi, elles ont lancé des escarmouches contre les forces de police et les bandes de gangsters liées aux féodaux qui tenaient les paysans sous leur joug. Mais le programme des révolutionnaires de transformation politique, économique et sociale et de révolution agraire, a gagné les cSurs d'un nombre croissant de sympathisants et enflammé d'enthousiasme la jeunesse, les femmes et les pauvres, et leurs forces ont grossi régulièrement.

Depuis plus de six ans, la révolution a progressé à grands bonds au fur et à mesure qu'elle affrontait et battait les vagues successives de répression contre-révolutionnaire et de terreur fomentées par les bandits réactionnaires et les forces de police militarisées, et plus récemment par l'Armée royale du Népal (ARN) elle-même.

La situation aujourd'hui, à l'automne 2002, est la suivante : le gouvernement de Katmandou n'a pratiquement aucune présence sur l'ensemble des campagnes. Les forces armées du vieil État ont essuyé une série de défaites majeures, pas seulement dans l'Ouest, bastion de la révolution, mais aussi dans l'Est et le Centre du pays.

Hors de la capitale Katmandou, l'Armée royale ne contrôle guère que ses casernes et les quartiers généraux de district, et aussi une partie de la région du Terai - une plaine fertile qui s'étend le long de la frontière avec l'Inde. Dix millions de gens vivent dans des régions où domine le pouvoir rouge, sur une population totale de 23 millions de personnes. L'élite dirigeante est déchirée entre le désespoir et la fureur vengeresse.

Du point de vue politique, l'ennemi est isolé et en proie à la crise. La force de la révolution a empêché le gouvernement népalais de tenir les élections prévues pour novembre 2002. Au moment où cet article était en préparation, le roi Gyanendra a destitué le Premier ministre et pratiquement concentré tout le pouvoir entre ses mains, repoussant ainsi les piètres réformes qui avaient été concédées au peuple après les soulèvements massifs de 1990. Même dans les zones tenues par l'ennemi, l'appui à la révolution se manifeste par une participation massive aux bandhs (grèves générales) et aux autres formes de lutte.

L'avenir du Népal est suspendu entre deux quartiers généraux : la capitale Katmandou, et les zones rurales qui entourent le cSur de la révolution - le district de Rolpa, dans l'ouest du pays. Les maîtres traditionnels indiens et impérialistes accroissent leur aide au régime réactionnaire dans l'espoir de reprendre l'initiative. Pendant ce temps, les révolutionnaires mobilisent les forces populaires en vue des épreuves de force décisives. L'issue de ces batailles aura un impact profond non seulement sur le pays mais aussi sur le destin de la révolution en Inde et dans le monde.

2. Situation objective
Un pittoresque intact ou une oppression féodale ?

L'impérialisme et le féodalisme maintiennent une chape de plomb sur le peuple népalais avec des conditions de vie qui rappellent plus celles du Moyen-Âge que celles qui prévalent en Europe. Des tribus existent encore, comme celles des Raute et des Kusunda qui mènent une vie nomade dans la forêt et vivent principalement du produit de la chasse. L'abondance du pays en eau semble narguer une population qui doit partager avec le bétail les mares d'eau de pluie. Dans les campagnes, les femmes doivent aller chercher l'eau dans des bassines et des jarres dans les rivières et sources les plus proches, c'est-à-dire souvent à trois heures de marche sur des routes très accidentées.

Selon The Worker, organe du PCN(M), le produit intérieur brut par tête d'habitant au Népal s'élève à 180 US$, plaçant le Népal à l'avant-dernier rang des pays les plus pauvres du monde. 70 % de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté absolue. Le pays est terriblement pauvre dans son ensemble, mais il souffre aussi d'une polarisation de classe et d'une pauvreté extrêmes. 10 % de la population engloutissent 46,5 % du revenu national et possèdent plus de 65 % de la terre cultivable.

Les femmes subissent particulièrement l'oppression. Les filles sont marginalisées à l'école et exclues de l'héritage et de la propriété familiale. Elles sont astreintes aux travaux ménagers. Certaines d'entre elles doivent se marier dès leur treizième année. L'espérance de vie au Népal est en moyenne de 56 ans, mais celle des femmes qui constituent « la moitié du ciel » est encore plus basse. Le Népal est l'un des rares pays où l'espérance de vie des femmes est inférieure à celle des hommes - un reflet exacerbé du patriarcat. De très nombreuses femmes meurent en couches, et beaucoup d'enfants meurent de malnutrition, du choléra et de la grippe. La mortalité infantile est de 75 pour 1000, ce qui est 10 fois plus élevé qu'au Japon ou en Suède.

Les soins médicaux modernes sont à peu près inexistants dans les campagnes. Seuls quelques villages disposent d'avant-postes médicaux, mais pas d'hôpitaux. Dans la plupart des villages, la personne malade n'a d'autre choix que de se soigner toute seule à l'aide de plantes médicinales ou. de guérisseurs traditionnels, ou bien d'aller vers une mort prématurée. La malaria, la typhoïde, le choléra et la tuberculose sont des maladies endémiques. La commercialisation des soins fait que les traitements médicaux sont très onéreux dans les villes. Même les classes moyennes peuvent à peine se procurer les médicaments. Le taux d'alphabétisation est très bas ; selon les chiffres du gouvernement, il est inférieur à 50 %, et les jeunes qui ont fait des études doivent aller en Inde ou ailleurs pour trouver un travail. (Chiffres tirés de The Worker n° 3, 1997 ; de la Troisième Conférence des Nations unies sur les pays les moins avancés, document sur le Népal, Bruxelles 14-20 mai 2001 ; Encyclopaedia Britannica)

Les paysannes et paysans vivent dans la misère. Elles et ils passent leur temps à ramasser ce qu'ils peuvent pour survivre ; elles et ils doivent vendre ce qu'ils récoltent - plantes médicinales, ghee et fruits. Dans les campagnes les plus reculées, les paysannes et paysans doivent se procurer des produits indispensables comme le sel et le poivre, les médicaments et les vêtements dans les marchés locaux, les ramener à dos d'hommes sur des distances qui dépassent les 15 jours de marche. Mules et chevaux sont les principaux moyens de transport dans les régions montagneuses. Le système rend la vie dans ces régions très coûteuse ; par exemple le prix des denrées peut atteindre 15 à 20 fois ceux qui sont pratiqués normalement.

Les impérialistes ne voient et ne verront jamais le Népal comme étant un « tigre asiatique ». Depuis des dizaines d'années, ils jettent un regard indifférent sur la souffrance et l'appauvrissement des masses populaires du Népal et maintiennent le pays dans un état de sous-développement et d'arriération typique du tiers monde.

Un pays enchaîné à l'Inde et à l'Occident

Ces conditions de vie misérables reflètent la position du Népal à l'intérieur du système impérialiste. Pour l'essentiel, le Népal est dominé par l'Inde depuis des générations. Plusieurs millions de de travailleurs migrants népalais exécutent les travaux les plus vils et les plus mal payés dans les villes indiennes. Ce sont pour la plupart des hommes jeunes ou en pleine maturité, qui représentent généralement la source principale de croissance pour l'économie d'un pays, mais cette main-d'Suvre est pour le moment mise au service des riches Indiens. Ce qui explique aussi en partie les conditions de vie très dures des femmes népalaises, qui doivent à elles seules s'occuper de la ferme et élever les enfants.

Le Népal est aussi une source de matières premières pour l'Inde ; il fournit par exemple le bois de construction et de l'énergie hydroélectrique en très grandes quantités et à très bon marché.. Le Népal occupe le troisième rang mondial pour les ressources hydroélectriques derrière le Brésil et la Chine, mais ces ressources n'ont pas été développées pour servir la population, qui vit en grande partie à la lueur du feu de bois ou parfois de lampes à paraffine. C'est tout un paradoxe que ce pays ne dispose pas de l'énergie dont il a besoin ; de même, dans les villages et les villes où on dispose d'énergie électrique, alimenter un appareil radio ou un téléviseur est considéré comme étant un luxe.

Le Népal représente aussi un marché captif pour les marchandises indiennes. C'est ainsi que le soi-disant « traité de paix et d'amitié » entre le Népal et l'Inde livre le peuple pieds et poings liés et l'empêche de développer une industrie nationale. Selon ce traité, toute la production industrielle dont la population népalaise a besoin devrait être fournie par l'Inde, faisant du Népal un marché sûr pour les marchandises indiennes.

Le tourisme occidental est l'une des sources les plus importantes de devises étrangères, avec les revenus qui proviennent d'un autre produit d'exportation du Népal, à savoir la jeune main-d'Suvre envoyée en Inde. L'essentiel des revenus tirés du tourisme, surtout de l'alpinisme dans les Himalayas, va dans les poches de la bourgeoisie occidentale (jusqu'à 90 % du coût d'une expédition), et non pas dans l'économie nationale.

La classe dominante indienne a conclu plusieurs traités secrets avec les classes dominantes népalaises, qui mettent le pays sous la dépendance de l'Inde pour sa sécurité nationale. Selon les termes d'un traité signé en 1965, l'Inde doit ainsi fournir les armes et les munitions dont l'armée népalaise a besoin. Si l'Inde s'avère dans l'impossibilité de fournir les armes voulues, le Népal ne peut s'adresser qu'à des pays tiers recommandés par l'Inde.

Tous ces traités ont étranglé la croissance économique et ont en particulier empêché le développement d'une économie indépendante. Il est clair que sous prétexte d'un traité d'égalité et d'amitié, l'intention des classes dominantes indiennes est de traiter le Népal comme étant une partie de l'Inde et de placer le peuple népalais sous son joug à travers le contrôle des armes et de son industrie. Bref, le Népal sous domination indienne dans le cadre du dispositif impérialiste est condamné à la pauvreté, sans espoir de développement et d'éducation, restant pour l'essentiel entièrement dépendant du tourisme drainé par la magnificence des paysages et de l'exportation de sa jeunesse.

Les chaînes internes qui entravent le peuple

Le Népal est un pays multinational et multilingue, mais il est dominé par les castes Brahmin et Chetries, alors que les minorités nationales désignées sous le nom de janajatis (qui forment ensemble la majorité de la population) vivent sous une domination de classe et de caste, subissant pillage et humiliation. Ces castes supérieures se sont accaparées l'essentiel des terres fertiles des vallées et des régions les plus prospères du Terai ; elles détiennent aussi la plupart des entreprises commerciales et industrielles. La terre au Népal se répartit selon la qualité en quatre catégories : meilleure (abbal), supérieure (doyem), bonne (sim) et normale (char). Les grands propriétaires contrôlent l'essentiel des terres abbal et doyem. Les paysans n'ont que des terres sem et char.

La société rurale népalaise se divise essentiellement entre propriétaires, paysans riches, paysans moyens et moyen-inférieurs, paysans pauvres et paysans sans terre. À cause des rapports de production semi-féodaux, un petit propriétaire népalais peut n'avoir guère plus de richesses qu'un chômeur européen qui touche les allocations sociales. Un propriétaire népalais est en général une personne qui a plus de terre qu'il n'en faut pour vivre ; il possède aussi sa maison, du bétail et de la volaille pour la fertilisation et se nourrir. Il ne travaille pas aux champs et ne s'occupe pas lui-même de son bétail. Un paysan riche est une personne qui possède deux paires de bSufs de trait, du bétail et de la volaille pour le lait, la viande et la fertilisation. Le travail dans les champs se fait en partie avec de la main-d'Suvre louée et par le travail partagé (entraide paysanne, surtout pour les travaux saisonniers). Le paysan riche emploie un ou une domestique pour la maison. Les paysans moyens et moyen-inférieurs sont ceux qui possèdent une paire de bSufs, assez de terre pour le travail partagé, et dont ce qu'ils tirent de leur terre suffit à peine à se nourrir pour l'année. Les paysans pauvres sont ceux qui n'ont qu'un petit lopin de terre et n'ont pas de bétail, et dont la production suffit tout juste à les nourrir une demi-année. Ils ne font pas de partage de main-d'Suvre mais vendent leur force de travail. Les paysans sans terre vendent leur travail en permanence, et la vie de leur famille ressemble à une sorte de semi-esclavage.

Étant donné les rapports de production semi-coloniaux et la dépendance à l'égard de l'Inde, la production industrielle est réduite. La poignée d'entreprises industrielles que les compagnies multinationales et la bourgeoisie indienne ont installées avec la collaboration de la classe des capitalistes compradores est constituée de sociétés vendant alcool, spiritueux et drogue. Ces compagnies ont souvent été créées pour extraire de bons profits de la main-d'Suvre infantile. L'essentiel des marchandises industrielles qui sont estampillées « fabriqué au Népal », comme les montres, radios et appareils-télés, ne sont pas réellement fabriquées dans ce pays, puisqu'on n'y fait qu'assembler des composants importés d'Inde, du Japon et d'autres pays.

Produit hybride du féodalisme et du capitalisme de type compradore, le capitalisme bureaucratique s'est développé et a plongé ses racines très profondément dans la société. Ce capital bureaucratique a placé le peuple sous le joug d'une exploitation aux multiples facettes. Si, par exemple, un paysan veut créer une exploitation avicole, il doit donner un pot-de-vin aux officiers gouvernementaux impliqués et aussi à l'industrie concernée. De la même manière, les bureaucrates du service d'enregistrement foncier doivent souvent être achetés pour transférer la terre d'un paysan dans les mains d'un propriétaire. Dans les conditions spécifiques du Népal, il n'y a pas de travail à plein temps dans aucun secteur ; un propriétaire peut être simultanément entrepreneur industriel, membre du Parlement ou ministre et bureaucrate capitaliste. De même, le paysan peut être à la fois un travailleur agricole, un ouvrier industriel et un journalier.

Cette vieille société vermoulue, qui constitue une prison pour les différentes nationalités, est protégée par un pouvoir d'État réactionnaire, par les forces de police et l'armée et par le système de lois et de règlements réactionnaires qui a été mis en place.

3. La lutte populaire (un bref aperçu)

Crise du système parlementaire: la chute de la monarchie absolutiste

En 1990, les masses se sont soulevées contre les conditions d'oppression qui prévalent au Népal. Ce fut le point culminant d'un combat de longue date contre la monarchie féodale, qui s'était aiguisé dans les années 70 et 80. Avant 1990, tous les partis politiques étaient interdits, alors que le pays était dirigé par des conseils de notables appelés panchayats, soumis à l'autorité suprême du roi. Le soulèvement de 1990 a forcé la classe dirigeante à accepter des changements au système de direction, et le régime parlementaire fut rétabli. Le peuple népalais espérait une vie meilleure. Les routes iraient jusqu'aux recoins et points les plus escarpés du pays, l'électrification viendrait jusque dans les maisons, les malades seraient soignés, et partout le pays se développerait. La misère du peuple disparaîtrait. Ses enfants iraient à l'école et auraient un bon travail. Le nouveau gouvernement se porterait garant des conditions de vie du peuple. Le peuple attendait l'abolition de maintes formes d'injustices sociales, par exemple la discrimination et l'oppression exercées contre les femmes, l'oppression de caste, la subordination des minorités nationales et la discrimination exercée à leur égard par les services gouvernementaux. Avec le nouveau gouvernement, le peuple espérait que la corruption et le népotisme seraient choses du passé.

Pourtant, les nombreux maux qui affligeaient la société népalaise se sont terriblement aggravés, faisant voler en éclats les espoirs et les attentes de la population. En dépit de formidables luttes et de grands sacrifices, l'instauration d'un système parlementaire n'a abouti qu'à un simple changement de régime. Le peuple opprimé n'a vu dans ces « changements » que « du vieux vin dans de nouvelles bouteilles ». Les rapports sociaux et le système social sont restés les mêmes que sous le régime politique précédent, et les nombreuses formes d'oppression, d'exploitation et d'arriération sont demeurées inchangées. L'instauration d'un système parlementaire, même si la gamme la plus étendue des forces politiques au monde y était représentée, n'a pas amené cette révolution de démocratie nouvelle dont le Népal a un si urgent besoin. Il n'a pas rompu avec l'impérialisme. Il a laissé en place et intactes la monarchie et l'Armée royale - colonne vertébrale de l'État. Il n'a promu aucune révolution agraire et a donc ainsi maintenu le semi-féodalisme. Autrement dit, il n'y a eu aucun changement dans le caractère de classe de la société.

Depuis l'instauration du système parlementaire en 1990 et les premières élections en 1991, le Parlement n'a résolu aucun des problèmes du peuple. Une lutte politique acharnée entre les différents partis rivaux s'est installée pour accaparer le pouvoir. Tous les partis au Parlement se sont lancés dans une compétition marathon dont le but était de dépouiller le peuple. Ils se sont ainsi affairés à tramer toutes sortes de conspirations et de manSuvres pour s'évincer les uns les autres. Toutes les formes les plus abjectes de corruption et de népotisme règnent au sein du gouvernement, pendant que toute légitime protestation et toute opposition sont sévèrement combattues et impitoyablement éliminées. Tout ça alors que le véritable enjeu, ce sont les questions relatives à la nationalité, la démocratie et le niveau de vie.

D'autre part sur la frontière sud, l'Inde continue à s'ingérer dans les affaires intérieures du Népal et intervient de plus en plus dans les sphères économique, politique et même géologique. Au lieu de régler ces questions, le Parlement s'est révélé n'être qu'une simple machine à ratifier des décisions prises ailleurs, sans discussion. Les gouvernements qui se sont succédés n'ont voulu ni pu abroger les traités injustes qui assurent à l'Inde sa domination. Ils ont aussi montré de plus en plus manifestement leur propension à jouer les marionnettes des classes dirigeantes indiennes, trahissant ainsi leur propre peuple. Malgré la forte protestation populaire, le Traité du Mahakali a été négocié et signé avec le gouvernement indien en 1996 et les ressources en eau du Mahakali ont été livrées à l'Inde. En vérité, même si les forces qui devaient aboutir à la formation du PCN(M) ont sévèrement critiqué la conspiration tripartite entre le roi, le Parti du Congrès et le soi-disant « Front de Gauche », le peuple a néanmoins été abusé par une propagande nationale et étrangère qui lui présentait une sorte de radieux mirage. Au fur et à mesure que les événements se sont déroulés, les gens ont compris les choses en nombre croissant, et le mirage a finalement été dissipé. Au cours de ces développements, les maoïstes ont dirigé une série de luttes politiques de masse avec une grande constance et cohérence afin de démasquer ces conspirations.

Malgré la nouvelle façade parlementaire, le gouvernement a liquidé ses opposants d'une façon ignoble. Des centaines de gens qui avaient protesté contre les positions du gouvernement ont été arrêtés, torturés et emprisonnés. En 1993, trois personnes ont été tuées à Katmandou alors qu'elles manifestaient contre le gouvernement. Pour l'essentiel, la notion de processus démocratique s'est résumée à de la paperasse électorale jetée dans les urnes. Pendant que le gouvernement sortait de temps à autre des données statistiques qui montraient une croissance miraculeuse, le pays ne cessait de s'appauvrir, jour après jour.

Certains se sont demandés pourquoi le système parlementaire au Népal s'est avéré un échec. La réponse spontanée a été que la jeune démocratie n'avait pas eu le temps d'enfoncer ses racines assez profondément. Mais plus cette soi-disant démocratie enfonce ses racines, plus elle charrie avec le pillage, la corruption et la trahison nationale, et plus la crise s'approfondit. Les révolutionnaires népalaises et népalais ont été témoins de comment la Chine maoïste, juste de l'autre côté de la frontière, a apporté au peuple des changements indéniables et majeurs dans ses conditions de vie et comment, pas à pas, elle a réduit les inégalités criantes qui caractérisaient ce pays. Au cours de ses dizaines d'années d'existence, la Chine socialiste a montré comment des millions de pauvres et d'opprimés-es pouvaient prendre le pouvoir et résister à l'impérialisme. Et après le coup d'État qui a placé Deng Xiaoping au pouvoir, les gens ont aussi pu constater qu'il n'y a plus de Chine socialiste et que sous le règne de la bourgeoisie révisionniste, le peuple est de nouveau plongé dans la misère de l'exploitation capitaliste. Parallèlement, de l'autre côté de la frontière existe la « plus grande démocratie » au monde, à savoir l'Inde. Le peuple a vu la misère qui y règne, le pillage auquel se livre la bourgeoisie indienne et les soulèvements massifs de la population qui s'y produisent à intervalles réguliers. Où est donc le succès de la démocratie parlementaire ? Les classes dirigeantes réactionnaires s'appuient sur la méthode qui consiste à organiser des élections pour enfoncer les racines de leur « démocratie » mais le seul résultat, c'est l'autorisation donnée à la bourgeoisie réactionnaire et à l'autocratie féodale de vendre le pays, de piller et d'opprimer le peuple toujours plus.

Un avenir nouveau se fait jour

Pendant qu'augmentaient le mécontentement et la désillusion au sein des larges masses populaires suivant la mise en Suvre de le « voie pacifique » vers le changement chère au cSur des théoriciens du libéralisme, et alors que les conditions de vie de millions de gens exigeaient une transformation radicale et urgente, le Parti poursuivait les préparatifs pour accomplir ce pas très audacieux qu'allait être le déclenchement de la forme la plus élevée de la lutte révolutionnaire : la lutte armée.

Le PCN(M) a déclenché la guerre populaire au Népal en 1996 d'une façon tout à fait différente de ce qu'avaient fait les autres partis d'avant-garde prolétariens. Il a poussé des milliers de gens à déclencher des vagues de soulèvements. Les premières cibles furent les représentants du féodalisme, du capitalisme bureaucratique compradore et les organes du pouvoir d'État. Plus de 5 500 actions à petite ou grande échelle ont été lancées contre l'ennemi au cours de cette première vague. Cela a déclenché un large débat au sein des différentes classes, chez les intellectuels et les partis politiques, à l'intérieur comme à l'extérieur du Parlement. Tout de suite après ces actions, l'ennemi a lancé sa police contre le peuple, procédant à des arrestations dans tout le pays, aux massacres de la population et à toutes sortes d'atrocités. (Pour de plus amples informations sur les événements qui ont conduit au déclenchement de la guerre populaire et la première année de la guerre, se reporter à l'édition anglaise d'A World to Win nos 1996/22 et 1998/23.)

Avec le déclenchement de la guerre populaire, le paysage politique a connu de multiples changements. Au début, l'ennemi était perplexe, ne sachant pas comment traiter cette situation nouvelle, mais les circonstances ne lui laissèrent pas le temps de la pause et de la réflexion. Plus la guerre populaire se développait, plus la crise du Parlement allait en s'approfondissant. La guérilla populaire harcelait les forces de police réactionnaires. Les agents de l'ennemi et la féodalité rurale étaient chassés des villages, d'abord dans les régions montagneuses et tout particulièrement dans les régions les plus reculées de l'ouest du pays. Au fur et à mesure que les forces de police fléchissaient, le gouvernement du Parti du Congrès a lâché la bride à ses vigiles et les a armés pour massacrer le peuple. Certains de ces voyous se sont mis à piller le bien des gens, à violer les femmes et espionner les révolutionnaires maoïstes afin de les faire tomber dans des embuscades. Ces voyous ont plus tard essayé de faire porter la responsabilité de leurs exactions aux révolutionnaires. Mais quand les maoïstes ont châtié ces criminels, les supporters de la classe dirigeante ont crié qu'ils assassinaient « d'innocents civils ». Les guérilleros dirigés par les maoïstes se sont emparés des armes de ces vigiles et ont commencé à essayer de les détourner de leurs activités en exerçant sur eux une action punitive. Ils les ont mis en garde afin qu'ils cessent leurs pillages. Certains de ces réactionnaires invétérés qui aidaient la police à arrêter et à tuer les gens et qui persistaient dans leur conduite malgré les avertissements ont été liquidés.

Plus la guerre progressait, et plus l'activité de ces vigiles s'intensifia. Le gouvernement a alors envoyé des escadrons de la mort avec pour cibles les militants révolutionnaires et leurs sympathisants. Les forces révolutionnaires ont lancé une campagne visant à « aveugler l'éléphant ». Il s'agissait en fait de « crever les yeux de l'éléphant », autrement dit des vigiles envoyés par le Parti du Congrès qui étaient les yeux des commandos de police. Le fait d'avoir réduit l'activité de ces vigiles a donné aux forces armées révolutionnaires une plus grande marge de manSuvre pour combattre les commandos de police.

Les forces armées révolutionnaires ont intensifié leurs assauts militaires sur les maillons faibles de l'ennemi, c'est-à-dire essentiellement les postes de police les moins fortifiés. Cela fut politiquement avantageux parce que l'ennemi fut acculé à une position de défensive tactique, et ensuite de défensive stratégique. Il s'agit, comme l'expliquait Mao, d'agir à « dix contre un » du point de vue tactique, et à « un contre dix » du point de vue stratégique. Alors que les forces populaires sont en nombre très inférieur à celles de l'ennemi sur l'ensemble du pays et doivent donc attaquer à « un contre dix » dans le sens stratégique général, il est possible de concentrer une supériorité tactique écrasante pour balayer les concentrations ennemies. Pour atteindre cet objectif, les forces révolutionnaires ont établi des unités de plus en plus grandes : premièrement, en rassemblant trois sections (d'environ 30 soldats chacune) pour former une compagnie, forte d'une centaine de combattants ; par la suite, trois compagnies sont regroupées à leur tour pour former une brigade. Pour la première fois en 2002, on a pu voir à l'Suvre un bataillon formé de trois brigades, soit environ 1 000 soldats. Certaines de ces formations plus larges sont constituées de façon permanente, alors que dans d'autres situations, elles ne sont maintenues que pour des campagnes spécifiques. L'application de la stratégie et des tactiques de la guerre révolutionnaire a contraint l'ennemi à réduire le nombre de ses postes de police et à ne garder ouverts que les plus importants. À Rolpa par exemple, le nombre de postes de police est passé de 39 à 8. Dans le district adjacent de Rukum, les 29 postes ont été réduits à 6. De même, dans le district de Jajarkot (également situé dans la forteresse de l'ouest), on est passé de 15 postes à seulement 6. Et ainsi de suite dans l'ensemble du pays. Pendant ce temps, l'ennemi perdait son pouvoir politique au niveau local, au fur et à mesure que le gouvernement dans ces régions ne jouait plus aucun rôle. Ces victoires militaires contre la police réactionnaire militarisée ont aussi brisé le moral de la police et du gouvernement lui-même, entraînant de nombreuses désertions dans les rangs des forces réactionnaires.

Étant donné l'esprit anti-monarchie régnant au sein du peuple népalais et aussi à cause des graves problèmes sociaux, du retard économique et de la corruption effrénée existant au sein du gouvernement réactionnaire, un grand nombre de policiers ont déserté pendant l'entraînement. Conformément à la loi réactionnaire, 83 policiers ont été punis pour tentative de fuite en l'an 2000. Huit inspecteurs de police ont été condamnés à des amendes pour avoir refusé de se rendre dans des zones de guerre. Deux inspecteurs, officiers d'un grade assez élevé, ont donné leur démission.

Le PCN(M) a à maintes reprises appelé le gouvernement au respect de la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre. À cette époque, ceux qui étaient capturés par les maoïstes étaient soit relâchés, soit convaincus de s'engager dans le grand processus révolutionnaire. Les maoïstes ont capturé un commandant adjoint de police, Thule Rai, qui a été relâché au bout de trois mois de détention dans de bonnes conditions. Mais quand il a repris son poste à Katmandou, l'État réactionnaire l'a arrêté et placé dans un hôpital psychiatrique. Il y a une tendance certaine et croissante au sein de l'armée et de la police à déserter et rejoindre les forces révolutionnaires de l'armée de guérilla, au fur et à mesure que les différences entre réactionnaires et révolutionnaires deviennent claires et qu'on commence à réaliser que la guerre des maoïstes est une guerre de libération populaire. Le camarade Ramesh (de Rolpa) est l'un de ces héros et martyrs qui ont déserté l'Armée royale. Il a stimulé les actes d'héroïsme de ses camarades et est mort au combat contre l'État réactionnaire.

Le Parti fournit une argumentation politique aux actions militaires, et les actions armées à leur tour renforcent l'offensive politique de la révolution. De plus, comme le faisait remarquer Mao, les lois de la guerre montrent que les tentatives des réactionnaires de pousser les révolutionnaires au finish se terminent toujours par leur chute en piqué. L'État réactionnaire au Népal a essayé ce genre d'approche à plusieurs reprises, et le parti du prolétariat a répondu à ces provocations de la façon dont les maoïstes mènent le combat : en attirant l'ennemi profondément à l'intérieur des zones rouges, en l'encerclant et en lui portant des coups mortels aux points les plus faibles.

En avril 2000, les guérilleros dirigés par les maoïstes ont livré l'assaut de la victoire contre le poste de police de Rukumkot. Celui-ci était situé dans une région considérée par la police comme étant très sûre du point stratégique. Il bénéficiait d'un degré très élevé de fortification. C'était un avant-poste très important des forces de commandos paramilitaires. L'assaut victorieux contre cet avant-poste n'a pas été une simple victoire militaire mais aussi une victoire politique cruciale pour les révolutionnaires. L'ennemi était certain que ce poste puissant, très bien fortifié et muni d'armes sophistiquées réussirait à redonner le moral aux forces de police réactionnaires. Cet assaut victorieux a fortifié le moral du peuple et asséné à l'ennemi un coup sévère tant sur le plan militaire que politique.

Le gouvernement du Congrès, alors en place, a lancé de nombreuses opérations contre le peuple, mais il a subi d'humiliantes défaites. La progression de la guerre populaire a ébranlé sérieusement et à maintes reprises le vieil État, au fur et à mesure que le Parti portait des coups toujours plus sévères, à la fois en quantité et en qualité. Le niveau qualitativement supérieur des actions, comme par exemple la destruction du poste de police de Rukumkot et la capture de Dunai en septembre 2000 (il s'agit du quartier général du district de Rolpa), a acculé l'ennemi à une position défensive à l'extrême mais a aussi attiré l'attention des puissances impérialistes, qui sont les véritables maîtres de l'État réactionnaire népalais.

La direction du Parti a alors conclu à l'émergence d'une situation d'impasse entre les deux parties. Mais il y avait encore des défis d'une bien plus grande importance à affronter. Par exemple, même si la police militarisée avait subi de grandes défaites et était forcée de rester cantonnée dans ses casernes, la révolution n'avait pas encore affronté la force principale de l'État réactionnaire, i.e. l'Armée royale népalaise.

Le régime en place : de sanglantes querelles intestines, des attaques en recrudescence

L'impérialisme américain et l'expansionnisme indien, ainsi que les classes réactionnaires dominantes népalaises faisaient pression sur le Palais royal pour qu'il mobilise son armée contre le peuple. Mais à cause des contradictions internes au palais et de la lutte pour le pouvoir entre le palais et le Parlement, le roi Birendra n'a pas voulu engager l'armée. Le roi s'est aussi retenu de mettre en Suvre les politiques de génocide proposées par plusieurs parmi les classes dirigeantes. On a assisté à une exigence pressante du gouvernement et à d'énormes pressions de la part des impérialistes pour un déploiement de l'armée contre la révolution. Le palais a autorisé le chef de l'armée à publier une déclaration selon laquelle l'armée ne serait pas mobilisée pour étouffer la violence dans la pays, mais qu'il était de la responsabilité du gouvernement de régler le problème en se servant des forces de police. L'armée interviendrait mais pas pour sauver ses opposants au Parlement. L'objectif véritable du palais était de regagner ses pouvoirs constitutionnels perdus en 1990.

Les coups portés par la révolution, en plus de l'intensification de la petite guerre intestine au sein du camp réactionnaire, ont mené à une nouvelle crise gouvernementale et à la démission du premier ministre Girija Koirala. En plein milieu de ce remue-ménage interne et avec le dessein secret d'écraser la guerre populaire qui mijotait, le roi, la reine et presque toute la famille royale furent massacrés le 1er juin 2001. Le réactionnaire pur et dur, Gyanendra, frère de Birendra, monta sur un trône désormais dépourvu de toute légitimité aux yeux du peuple.

Avec le massacre de la famille royale, le système féodal séculaire de la monarchie au Népal implosa virtuellement. Une classe d'hommes d'affaires capitalistes compradores, avec à leur tête Gyanendra Shah, ex-trafiquant de drogue, gangster en liberté et capitaliste bureaucrate notoire, a pris la direction des affaires. Gyanendra Shah, qui, non sans raisons, passe pour avoir été l'organisateur du carnage au palais avec l'appui des impérialistes américains et de l'expansionnisme indien, s'est proclamé roi du Népal le soir même. Dans tout le pays, les gens sont descendus dans la rue par milliers et dénoncèrent cet assassin présumé. Mais les partis politiques parlementaires, y compris les soi-disant communistes, lui apportèrent leur soutien. En vérité, le soutien à la monarchie est venu pour une très grande part des révisionnistes du Parti communiste du Népal (Union marxiste-léniniste), mieux connu sous l'acronyme « UML », et qui est le plus important des partis « communistes » révisionnistes au Népal.

Le grand philosophe du prolétariat, Karl Marx, a expliqué qu'une révolution puissante engendre une puissante contre-révolution. Et en fait, après le massacre au palais et la capture par les forces armées populaires de 62 membres de la police au poste de Holleri en juillet 2001, l'Armée royale du Népal a dû sortir de ses casernes. Pour la première fois, l'armée affrontait directement les forces de la guérilla dans une épreuve de force. L'ARN avait reçu au départ une triple mission : récupérer les 62 policiers capturés, reprendre les armes saisies par la guérilla maoïste et désarmer les forces combattantes révolutionnaires. L'armée a complètement échoué dans sa mission et elle a en plus essuyé d'humiliantes défaites infligées par les maoïstes. Pourtant, personne de l'ARN n'a trouvé la mort pendant les combats ; il y a eu quelques blessés et finalement, l'armée royale a battu en retraite en se promettant de ne jamais attaquer le peuple sur ordres du régime. Cette bataille est en fait devenue le symbole de la lutte entre les deux parties rivales en conflit au Népal : d'un côté, l'Armée royale, essence du pouvoir d'État de l'aristocratie féodale avec à sa tête le roi, et de l'autre l'armée révolutionnaire, colonne vertébrale du pouvoir rouge naissant, avec le PCN(M) à sa tête.

Interlude de négociations

Le massacre de la famille royale est intervenu à un moment crucial au cours du processus révolutionnaire au Népal. Les forces de police militarisées avaient été mises en déroute par les forces armées révolutionnaires et comme nous l'avons vu, ce fut pour elles un fiasco total. Alors que les réactionnaires étaient en pleine discorde, Gyanendra a désigné un nouveau premier ministre, Deuba, qui a ordonné aux forces armées gouvernementales de rentrer dans leurs casernes et proposé des négociations avec le PCN(M). Le Parti a accepté la proposition et est entré dans une série de pourparlers avec le gouvernement, en déclarant un cessez-le-feu pour la durée de la période de négociations.

Cette période a vu les deux camps en conflit se lancer dans d'intenses préparatifs en vue de la reprise des hostilités. Pour les réactionnaires, il s'agissait d'essayer d'établir un peu d'ordre dans des forces armées qui avaient subi de lourdes défaites et que le massacre de la famille royale avait conduit au désespoir. Ils ont aussi intensifié leurs efforts pour obtenir des armes modernes et de l'aide de l'étranger. Les révolutionnaires, de leur côté, ont mis à profit le cessez-le-feu pour accélérer leur travail de mobilisation des masses autour de la guerre populaire dans tout le pays et renforcer leurs préparatifs militaires pour élever le niveau de la guerre populaire. Les forces armées sous la direction du PCN(M) se sont organisées à un niveau supérieur lors d'une convention nationale tenue en septembre 2001, date de la création formelle de l'Armée de populaire de libération (APL). Le front uni révolutionnaire a lui aussi été revalorisé et consolidé par la formation du Conseil populaire révolutionnaire unifié.

Le Parti a senti que de prendre part aux négociations était nécessaire pour gagner la bataille de l'opinion publique. Le PCN(M) est persuadé que ce front de lutte fait partie de ce que toute force révolutionnaire doit un jour affronter. Il est vrai que dans l'histoire, il y a peu de forces réactionnaires qui aient pu l'emporter contre les combattants de la rébellion par les seuls moyens militaires. Néanmoins, quand les insurgés-es sont amenés à la table de négociations, ils y ont presque toujours perdu. Les grands penseurs prolétariens Lénine et Mao ont analysé les cas où la négociation - ou le refus de négocier - peuvent servir le processus général de la révolution.

Le PCN(M) constate qu'il existe deux tendances erronées à propos de la négociation : l'une est le rejet absolu de toute négociation et l'autre est une ligne de capitulation. Aucun parti révolutionnaire ne peut se permettre de mettre en danger la ligne du parti, l'armée populaire, les zones libérées ou le pouvoir politique que le peuple a arraché par la lutte. Mao Tsé-toung a résumé les choses ainsi : « La manière de riposter du tac au tac dépend de la situation. Parfois, ne pas aller négocier, c'est riposter du tac au tac ; parfois, aller négocier, c'est aussi riposter du tac au tac. Nous avons eu raison de ne pas y aller autrefois, nous avons encore raison d'y aller cette fois ; dans un cas comme dans l'autre, c'est riposter du tac au tac. Cette fois, nous avons bien fait d'y aller, car cela nous a permis de démolir les mensonges du Kuomintang selon lesquels le Parti communiste ne désirait pas la paix et l'union. » (Mao Tsé-toung, « Sur les négociations de Tchongking », Ruvres choisies, Vol. IV) (Voir AWTW no 1995/21 pour connaître le point de vue du Mouvement révolutionnaire internationaliste à ce sujet.)

Au Népal, l'objectif de l'ennemi a toujours été de liquider le mouvement révolutionnaire. C'est ainsi qu'il calcule et recalcule comment il pourrait avoir la main haute, comment prendre l'initiative afin d'anéantir les maoïstes ; alors que la tactique des maoïstes consiste à isoler l'ennemi au maximum, garder l'initiative et combattre l'ennemi du tac au tac. Les peuples dans le monde entier suivent de très près et défendent cette expérience.

Un nouveau déclenchement

Fin 2001-début 2002, la situation a changé considérablement. Après avoir constaté que l'ennemi avait été démasqué et isolé et que prolonger les négociations ne servirait à rien, les forces révolutionnaires ont violemment attaqué trois quartiers généraux de district. L'un d'entre eux n'était pas seulement celui qui abritait d'importantes casernes, mais c'était aussi l'endroit où l'Armée royale entreposait les armes nécessaires à ses opérations dans toute la région occidentale (là où la révolution était la plus puissante).Ces quartiers généraux ont été attaqués après que le PCN(M) eût mis en garde le gouvernement réactionnaire contre son retrait des négociations. Le quartier général du district de Syangja dans la région du centre a été attaqué à 22 heures. À Ghorahi, le quartier général du district de Dang, l'attaque a commencé une heure plus tard, l'ennemi étant donc déjà en état d'alerte. L'action à Dang a été une victoire totale et a dynamisé le pays tout entier. Le compte-rendu suivant nous a été communiqué par les camarades du PCN(M) :

« Il y avait 175 soldats ennemis et 30 éléments supplétifs de commandos bien entraînés (soit 205 personnes au total, officiers compris). Les forces dirigées par le PCN(M) se composaient d'un bataillon de deux compagnies et de quelques pelotons - en tout 1 335 membres de l'APL et 700 miliciennes et miliciens (c'est-à-dire plus de 2 000 personnes). Les casernes de l'Armée royale, le bureau du Superintendant de la police du district, un poste de police (thana), le bureau du chef de district, le bureau administratif principal, un camp d'entraînement de la police et une banque, un tribunal de district, un bureau d'enregistrement agraire et tous les autres bureaux de district étaient situés à l'intérieur du quartier général de Dang. Au bureau du Superintendant de la police, il y avait 150 hommes armés ; au poste de police, 45 ; au bureau du chef de district, 35. Nous avons pris possession de l'ensemble. L'ennemi était en alerte. Dans la région du centre, l'attaque a commencé à l'heure prévue. L'attaque a eu lieu une heure plus tard à Dang, et le quartier général de l'armée avait donné l'ordre d'être prêts au combat en cas d'attaque des maoïstes. Nous avons donné l'assaut à 23 heures. Le combat a duré deux heures. Le général de division a été tué ainsi que 16 autres personnes. Sept camarades sont tombés au combat. Le reste des soldats ennemis se sont rendus et ont été remis en liberté. Certains ont déserté.

« Nous avons saisi un matériel considérable. Nous avions pensé au départ mobiliser des milliers de gens pour emporter le matériel. Mais il a été vite évident que ce n'était pas la bonne solution. Nous avons utilisé des autobus, des jeeps, des tracteurs et des camions saisis à l'ennemi. Au total il a fallu 30 véhicules pour emporter le matériel.

« 92 fusils automatiques, 12 mitrailleuses légères, 2 mitrailleuses lourdes, 5 canons de 81mm, 3 lance-roquettes, 3 mortiers de 2 po, 48 mitraillettes, 40 000 cartouches, 9 pistolets de 9mm et 150 fusils d'assaut de calibre 306 ont été saisis. Ainsi que des armes que nous ne maîtrisons pas encore. Nous avons emmené les véhicules un peu plus loin, après quoi il fallait emmener le matériel à dos d'hommes ou de mule. Tous les véhicules et le matériel trop lourds pour être emportés ont été détruits, bien que l'ennemi prétende à grands cris l'avoir récupéré. »

Ces actions d'une ampleur sans précédent ont éclaté comme un « coup de tonnerre de printemps » pour le peuple et ont marqué l'ouverture d'un chapitre nouveau de l'histoire révolutionnaire du pays. Les camarades du Parti, quand ils se remémorent les dures épreuves traversées en 1996 - moment où il a fallu faire preuve d'un grand esprit de décision, d'audace et de sacrifice pour déclencher la guerre populaire -, parlent de cette période comme ayant été celle d'un « nouveau déclenchement ».

Cette nouvelle vague de luttes répondait aussi à cette certitude au sein du Parti que la révolution ne peut pas stagner, qu'elle devra nécessairement aller de l'avant sinon elle courra le risque de subir des revers. La vague d'attaques victorieuses et les succès remportés lors des affrontements avec l'Armée royale du Népal sont une nouvelle avancée et un grand bond en avant dans l'histoire du mouvement communiste népalais.

L'agonie d'une monarchie moribonde

Après l'échec des négociations et les attaques spectaculaires des forces révolutionnaires, la clique de Gyanendra a suspendu de nombreuses clauses de la dite constitution et imposé l'état d'urgence. Dans la capitale, des personnalités progressistes furent arrêtées, les réunions de plus de deux personnes interdites et la presse populaire supprimée. Quand l'état d'urgence a été déclaré sur tout le pays, la clique réactionnaire nouvellement patronnée par les États-Unis a annoncé à grands fracas la fin des maoïstes dans les trois mois. Mais l'Armée populaire de libération, après quelques opérations militaires victorieuses à l'échelle nationale, a réussi à infirmer cette propagande. Au cours des huit derniers mois de l'état d'urgence et surtout en 2002, les engagements entre l'APL et l'Armée royale sont devenus de plus en plus importants. L'APL a atteint au cours de ces engagements un niveau de réussite qualitativement supérieur.

Au cours des sept ans de guerre, les progrès ont été inégaux selon les différentes régions : cette différence se manifeste surtout entre les régions montagneuses et celle du Terai. Mais le plus important, c'est que l'Armée populaire de libération a pris l'initiative, tant sur les plans militaire que sur politique.

Dès la déclaration de l'état d'urgence par Gyanendra, l'ennemi a tenté d'encercler les principales zones d'insurrection dans la partie occidentale du Népal, à partir de trois directions. Il a tenté une invasion de Baglung vers l'est et de Dang et Salyan au sud. De plus, l'ennemi se mit en mouvement à partir de Surket vers l'ouest. Le but de cette campagne d'encerclement était d'anéantir les trois districts révolutionnaires de Rukum, Rolpa et Jajarkot.

La politique de l'Armée royale était de pénétrer dans les villages d'où les forces maoïstes étaient présumées absentes. Elle s'est lancée dans cette politique abominable et barbare consistant à tuer au hasard, plus exactement « une personne sur dix » en étiquetant les victimes de maoïstes. C'est-à-dire que pour tuer un maoïste, l'armée a tué 10 personnes. Dans sa logique réactionnaire, là où il y a dix personnes, il doit y avoir au moins un maoïste.

L'Armée populaire de libération a procédé à l'assaut historique des quartiers généraux du district d'Achham et de l'aéroport de Sanfebagar le 16 février 2002 et elle y a anéanti entièrement les forces de police et de l'armée. Elle a aussi livré des assauts victorieux sur les camps de base de l'armée réactionnaire à Lamahi et à Satbaria. Ces attaques historiques ont enfoncé le régime réactionnaire dans une crise encore plus profonde. Les réactionnaires ont alors battu en retraite et ont repris les meurtres de civils.

En mai 2002 se sont déroulées deux batailles-clés. Les camarades du PCN(M) racontent :

« À Lisne, nos forces étaient concentrées en vue de nous emparer des quartiers généraux du district à Pyuthan. L'ennemi était sur ses gardes (il est difficile de ne pas ébruiter un rassemblement de 2 500 personnes). L'ennemi a envoyé trois compagnies, une depuis Pyuthan, une depuis Rolpa et une troisième depuis le camp de base. Il nous a encerclés à partir de trois directions. Aussi, quand nous avons eu vent de cela, nous avons modifié nos plans ; et au lieu d'assaillir les quartiers généraux du district, les camarades ont décidé d'affronter les forces ennemies qui approchaient sur le champ de bataille. Nous avons décidé de diviser nos forces et d'attaquer chacune des compagnies de l'ARN. Nous avons donc décidé de combattre sur une ligne intérieure pour encercler l'ennemi.

« Nos forces avaient appris, grâce à nos services de communications, que l'ennemi avançait en direction de Lisne pour nous encercler et nous anéantir. Une de nos sections a harcelé la compagnie qui venait de Pyuthan. Elle a été mise en fuite et n'a pas cherché à revenir au combat. Ils se sont conduits en barbares : ils ont dépecé un enfant de dix ans et violé les femmes. Ils ont contraint une femme à leur montrer le chemin. Quand ils sont arrivés tout près, la femme est accourue vers nous. Les violeurs ont été capturés et condamnés à mort sur demande de la victime. Nous les avons donc encerclés avec une formation en U - il était 9 heures. L'ennemi a fui et nous l'avons harcelé. Ils ont abandonné leurs uniformes et jeté leurs armes. Les masses ont tué cinq fuyards à coups de pierres. Il est apparu qu'à l'insu de l'Armée populaire, il y avait un conseiller américain au sein des forces de l'Armée royale. Il faisait partie de ceux qui se sont échappés en jetant leur uniforme dans leur fuite.

« L'autre compagnie qui voulait nous attaquer a elle aussi tenté de fuir, abandonnant armes et uniformes et se perdant dans le flot. Ils se lamentaient de leur échec. Les masses applaudissaient et se réjouissaient. Même nous au début nous n'avons pas réalisé très clairement l'ampleur de leur défaite, parce qu'il s'agit d'une région éloignée. Nous n'avons vraiment tout compris que plus tard. L'Armée royale avait fui après une petite demi-heure de combat.

« Tout de suite après la bataille de Lisne qui a duré deux jours, l'APL s'est emparée de Gam, un des camps les mieux fortifiés de l'ARN. Il semble que les fortifications y aient été élaborées selon des plans dressés par des conseillers militaires américains. Les forces de l'ARN ont été anéanties en majorité, et toutes les armes et munitions ont été saisies. L'ARN est sortie salement démoralisée de ces deux défaites.

« La défaite de ces trois compagnies de l'Armée royale, en plein jour, et la déroute de Gam ont été considérées par le Parti comme un exemple de l'étape entièrement nouvelle de combat à laquelle nous sommes parvenus, et dans laquelle la guerre de guérilla reste toujours un élément constant, et où l'Armée populaire mène une guerre de mouvement en même temps qu'une guerre de position. Ce qui confirme la formulation du Parti à propos de l'étape actuelle de la guerre populaire. »

Vers la fin du mois d'août 2002 a eu lieu un autre affrontement entre l'ARN et l'APL à Chalabang Rolpa. Cette bataille a vu l'échec complet de l'Armée royale. Sur 500 hommes de l'ARN et 450 de l'APL, 13 soldats de l'ARN ont été tués et 7 guérilleros sont tombés au front. Au cours de la première semaine de septembre, le PCN(M) a lancé une série d'offensives. Sandhikharka, le quartier général du district d'Arghakhanchi, a été entièrement détruit, environ 69 membres de l'armée et de la police ennemies ont été tués, et des centaines arrêtés. La veille, un poste de police situé à Bhiman dans le district de Sindhuli dans la région orientale avait été attaqué alors que 59 policiers avaient été tués. Toutes les armes et munitions, y compris 60,1 millions de roupies, ont été saisies par l'APL au cours de ces raids audacieux.

Devant ces faits nouveaux, le régime s'est lancé dans des campagnes politiques et militaires désespérées contre le peuple. Sur le plan politique, il a promulgué l'Ordonnance préventive et punitive contre le terrorisme et qualifié les maoïstes de « terroristes ». Il a suspendu y compris même les droits purement formels du peuple. Des journalistes et des progressistes, révolutionnaires ou pas, ont été arrêtés par dizaines. Et même des gens qui n'étaient pas progressistes ont été arrêtés ou molestés. Krista Sen, poète révolutionnaire, artiste et rédacteur en chef du célèbre magazine hebdomadaire Janadesh et du quotidien Janaahwan (tous deux étroitement liés au PCN[M]), est mort sous la torture dans un camp de l'armée gouvernementale. L'objectif de cet acte abject était d'empêcher le message maoïste d'atteindre le peuple, de faire parvenir le message comme quoi il n'y avait « pas de pitié » à l'endroit des sympathisantes et sympathisants révolutionnaires et de mettre fin aux protestations populaires contre la sauvagerie de l'Armée royale.

L'un des objectifs des réactionnaires était de couper les liens entre le peuple et le Parti, et de « décapiter » la révolution. Ils espèrent couper le peuple du Parti, capturer des militantes et militants, isoler la direction, arrêter et éliminer les dirigeantes et dirigeants. C'est la raison pour laquelle ils ont mis à prix la tête de plusieurs dizaines de dirigeants du Parti, dans le plus pur style western du président George W. Bush : « Recherché mort ou vif ».

En même temps, en perpétrant d'innombrables crimes à l'encontre du peuple, ils s'efforcent de pousser l'Armée populaire de libération à s'engager dans des confrontations jusqu'au-boutistes. Dans le cadre sinistre de cette guerre contre le peuple, l'ARN a commis des crimes abominables comme de décapiter les gens et les enterrer dans des charniers. Comme au Pérou, ils ont tué plusieurs prisonniers politiques qui avaient été amenés à Lamahi depuis plusieurs prisons dans le pays, et aussi des sympathisants maoïstes des villages alentour. Après les avoir exécutés, l'armée a fait courir le bruit que les maoïstes avaient été tués au cours d'affrontements. Après avoir décapité les prisonniers, l'ARN a entassé les têtes dans des sacs de jute, attribué ces crimes aux maoïstes et inventé que les maoïstes avaient mutilé leurs camarades et amis afin qu'il ne soient pas identifiés.

Dans les campagnes, l'ARN évite de patrouiller ouvertement partout où elle pense que les forces de l'APL sont présentes. Un officier de haut rang de l'Armée royale, Dipak Gurung, a reconnu que la guerre contre les maoïstes serait une guerre prolongée. Parce que selon lui, si les milices révolutionnaires fortes de 50 000 hommes se transforment en armée, il sera très difficile à l'ARN de remporter une victoire rapide. Cela n'empêchera pas l'ennemi de continuer à rêver jusqu'à sa mort à une victoire sur le peuple.

La crise atteint de nouveaux sommets

Les victoires retentissantes de l'APL sur le champ de bataille ont envoyé des ondes de choc en direction des classes dirigeantes népalaises et de leurs maîtres impérialistes. Les États-Unis et le Royaume Uni, qui sont à l'avant-garde de l'opposition à la guerre populaire, ont renforcé leur appui à la clique militarisée de Gyanendra.

Le 4 octobre 2002, Gyanendra, au nom de la constitution népalaise a repoussé aux calendes grecques les élections prévues à l'origine pour le mois de novembre. Ce qui est un changement qualitatif rapide en matière de politique au Népal. C'est aussi la fin des mesures formelles obtenues par le peuple népalais à la suite du soulèvement de 1990. La clique révisionniste de l'UML s'est trouvée démasquée, elle qui continue toujours à soutenir la monarchie au Népal.

Cependant, plus l'ennemi s'efforce de juguler la révolution, plus il provoque de manifestations de résistance. C'est une loi de la dialectique. Après l'Opération Romio conduite par l'ennemi réactionnaire, le Parti a réussi à déclencher la guerre populaire. Après l'Opération Kilo Sera 2, la révolution a établi des zones de guérilla et ensuite des bases d'appui. Après la déclaration de l'état d'urgence, les forces maoïstes ont atteint l'étape de l'équilibre stratégique. L'ennemi va forcément soulever une pierre qui lui retombera sur les pieds - en d'autres termes, l'échec de la répression accrue de l'État pourrait très bien mener les révolutionnaires à instaurer un gouvernement révolutionnaire de démocratie nouvelle au Népal.

À propos de la stratégie appliquée au Népal

L'un des traits caractéristiques de la guerre populaire menée au Népal sous la direction du Parti communiste du Népal (maoïste) est qu'elle a progressé à un rythme soutenu et par bonds successifs. La guerre populaire est une guerre prolongée, du type de celle qui a été préconisée par le président Mao en Chine, et qui est applicable dans les pays semi-féodaux et semi-coloniaux comme le Népal où 80 % de la population vit dans les zones rurales et où les rapports de production sont de type semi-féodaux. La majorité de la population vit de l'agriculture. À cause des rapports semi-coloniaux, le développement industriel est biaisé et ne s'intègre pas dans le cadre économique national du Népal mais dans celui de l'économie indienne et de l'économie globale de l'impérialisme. Un autre trait caractéristique du Népal est que la classe capitaliste bureaucratique est le produit « hybride » de la classe des propriétaires et de la classe capitaliste compradore.

La stratégie de guerre populaire prolongée consiste à encercler les villes à partir des campagnes par la constitution de zones rurales de base, en arrachant petit à petit le pouvoir aux classes oppressives et au bout du compte, à s'emparer du pouvoir politique dans tout le pays. Ce processus se déroule en trois étapes. La première est la défensive stratégique ; la seconde, l'équilibre stratégique ; et la troisième, l'offensive stratégique. Au cours de la première étape, il faut pratiquer la guerre de guérilla, et au cours du combat, l'armée du peuple développe une guerre de mouvement et de position. De même, au fur et à mesure que se renforce le nouveau pouvoir politique aux mains du peuple, l'armée populaire progresse vers un niveau plus élevé de formation, depuis les escadrons des premières années jusqu'aux compagnies, brigades et bataillons d'aujourd'hui organisés au sein de l'Armée populaire de libération et concentrés pour pouvoir affronter des forces armées ennemies importantes et bien équipées, au fur et à mesure que se déroulent les différentes étapes de la guerre.

Dans les documents de son Troisième plénum historique, le Comité central du PCN(M) a exposé la stratégie et la tactique militaires de la révolution népalaise ; il y est stipulé que le Népal a ses spécificités propres, et que la guerre populaire doit donc également suivre son cours spécifique. Beaucoup de gens ont argué que dans un petit pays enclavé comme le Népal, la guerre populaire prolongée ne pouvait pas se développer et avancer et qu'on ne pouvait pas y construire de bases d'appui. Le PCN(M) a insisté sur les traits caractéristiques spécifiques du Népal et comment à cause de ces mêmes caractéristiques, la révolution s'était développée avec succès. Ces spécificités sont : un pouvoir étatique féodal centralisé ; un terrain favorable où des parties importantes de la population vivent dans des zones reculées avec une faible présence gouvernementale, une pauvreté endémique, une influence importante du communisme et de l'esprit révolutionnaire au sein des masses populaires ; et enfin, le fait qu'un grand nombre de Népalais et de Népalaises travaillant en Inde, connaissent les idées révolutionnaires et peuvent constituer une sorte de base arrière d'appui. (On peut trouver ce document historique du PCN(M) dans AWTW no 1998/23 et dans The Worker n° 3, 1997). Le Parti a établi que la contradiction principale au Népal est entre le peuple et l'État réactionnaire, constitué à partir des féodaux et des capitalistes bureaucratiques compradores - un État solidement appuyé par l'impérialisme. Ce sont les représentants de ces institutions réactionnaires qui ont été les premières cibles quand la guerre populaire a été déclenchée, ce qui a donné lieu à un débat politique à l'échelle nationale.

Dès les tous débuts de la guerre populaire, le Parti a insisté sur l'interrelation qui existe entre la lutte politique et la lutte militaire, dans le sens où quand l'ennemi lance des attaques militaires, le Parti ne doit pas se limiter à réagir militairement, il doit aussi répondre par des attaques politiques ; et quand l'ennemi attaque sur le plan politique, le Parti peut aussi répondre par des attaques militaires. Autrement dit, et pour nous résumer, les attaques militaires doivent avoir une justification politique, et vice-versa. En fait, « l'intervention politique centrale » à laquelle le Parti fait référence pour ses initiatives politiques sur une échelle nationale, s'appuie sur les attaques militaires en provenance d'en bas.

Il y a deux stratégies essentielles pour développer la révolution prolétarienne à l'ère de l'impérialisme. Ces stratégies ont été exposées respectivement par Mao et Lénine. Il s'agit de la stratégie de l'insurrection et celle de la guerre populaire prolongée. Lénine a appliqué la première en Russie où il y avait des rapports de production capitalistes et un prolétariat, et où la contradiction principale était celle entre bourgeoisie et prolétariat. Les principales caractéristiques en sont que la direction de la classe ouvrière planifie la stratégie et la tactique de l'insurrection. La classe ouvrière et d'autres secteurs des masses populaires prennent les armes et s'emparent du pouvoir politique. Ils déclenchent ensuite une guerre civile contre l'ennemi dans l'ensemble du pays, afin qu'après s'être emparé du territoire petit à petit, le prolétariat conquiert finalement le pouvoir politique dans tout le pays. Dans les pays semi-féodaux et semi-coloniaux, la caractéristique de la guerre populaire prolongée consiste à ce que le prolétariat s'empare du pouvoir politique à partir des campagnes et par la guerre civile dès le début.

Le PCN(M) met de l'avant que dans le contexte mondial actuel, c'est-à-dire d'une polarisation maximum de la propriété sous l'égide du Fonds monétaire international, de la mondialisation et des programmes d'ajustement structurel, l'écart irréparable entre les riches et les pauvres, le développement de l'électronique et des communications, et avec l'internationalisation du capital et de la classe capitaliste, l'internationalisation de la classe ouvrière et de la population pauvre, et essentiellement à un moment où le monde entier en est réduit à un petit village, l'application d'une stratégie unique ne peut pas suffire pour faire la révolution dans le monde d'aujourd'hui. Même si les différences fondamentales entre les deux types de pays continuent d'exister, le PCN(M) souligne qu'il est nécessaire d'incorporer des aspects de la stratégie et des tactiques habituellement réservés pour les pays impérialistes à la stratégie générale de la guerre populaire prolongée mise en Suvre au Népal et dans d'autres pays semblables, et vice-versa. C'est ce que le Parti a formulé en termes de « fusion de l'insurrection et la guerre populaire ».

Les camarades du PCN(M) savent parfaitement que le Népal n'est qu'un petit pays sur la carte du monde. Pourtant, depuis 1996 et au cours des sept dernières années, il est devenu un puissant pôle d'attraction, éveillant l'espoir du prolétariat mondial, hissant le drapeau rouge sur le toit du monde et émergeant comme étant une base d'appui de la révolution prolétarienne. Au XXIe siècle, que ce soit dans un grand ou un petit pays, aucune force révolutionnaire ne peut être considérée comme étant négligeable. Comme l'a dit Mao, si nous menons une guerre juste, aussi puissant que soit l'ennemi, un petit pays et une force relativement réduite peuvent vaincre un ennemi beaucoup puissant qui mène une guerre injuste. La guerre au Népal est une guerre internationaliste, une guerre du prolétariat international.

La situation actuelle : l'équilibre stratégique

La défaite infligée par les forces révolutionnaires de l'APL au vieil État incarné par l'Armée royale symbolise la victoire du peuple sur l'ennemi. La déroute des troupes gouvernementales n'est que le reflet de la défaite morale du vieil État après plusieurs « débâcles » infligées à la police et aux forces de commando retranchées dans leurs camps fortifiés de type militaire. Cette situation a créé une impasse entre l'État réactionnaire et la révolution. Ce qui signifie que la guerre populaire a franchi une nouvelle étape, que l'équilibre de pouvoir entre le Parti et l'ennemi a été atteint et qu'il y a eu passage de la défensive stratégique à l'équilibre stratégique.

En juin 2002, après une importante réunion, le Comité central du Parti a publié un document important qui stipule que « malgré le développement inégal de la guerre populaire qui reflète le développement inégal du pays, du point de vue de la guerre populaire, nous avons atteint l'étape de l'équilibre stratégique ; il faut bien comprendre que les offensives tactiques actuelles préparent l'offensive stratégique ».Cette situation d'impasse ne peut pas rester telle quelle longtemps, l'ennemi va désespérément essayer de regagner les positions perdues et le Parti doit poursuivre son offensive tactique afin parvenir à l'offensive stratégique. Il s'agit d'une situation d'équilibre, un tournant crucial et un moment où les forces révolutionnaires et les forces réactionnaires vont essayer d'inverser la situation en leur faveur et de pousser l'adversaire vers la défensive.

Comment les révolutionnaires maoïstes sont-ils parvenus à une telle évaluation des forces du peuple et de celles de l'ennemi ? Comment le Parti et les forces révolutionnaires ont-ils atteint l'équilibre stratégique ? Cela signifie-t-il que les effectifs humains et en armements soient égaux entre le Parti et l'ennemi ? Non. L'armée réactionnaire reste supérieure du point de vue des effectifs et de l'armement. Et au fur et à mesure de la progression de la guerre populaire, l'ennemi a reçu et recevra une aide accrue des impérialistes de par le monde. Mais les révolutionnaires maoïstes, malgré leur infériorité du point de vue du nombre de soldats et de l'armement, exploitent leur suprématie politique et militaire sur le terrain. Il est important de noter que le pouvoir politique que les révolutionnaires maoïstes ont pu créer et maintenir l'a été grâce à l'Armée populaire de libération et à la mobilisation des masses populaires. Ce pouvoir se trouve face à face avec celui du système réactionnaire. C'est un moment crucial pour le mouvement révolutionnaire.

Le fait qu'il y ait équilibre stratégique dans la guerre ne signifie pas que la situation soit la même dans tout le pays. Le Parti analyse qu'au moment où le pays dans son ensemble est dans une situation générale d'équilibre stratégique, l'armée réactionnaire dans l'ouest du pays est sur la défensive stratégique et l'armée révolutionnaire sur l'offensive stratégique, à la fois sur les plans militaire et politique. Dans la région du centre, c'est l'armée réactionnaire qui est toujours à l'offensive alors que dans l'est, c'est une sorte d'équilibre qui prévaut.

Il est également important de noter que le pays est divisé en trois grandes zones de combat : les zones principales, les zones de guérilla et les zones de propagande. Les zones principales sont celles qui ont développé un embryon de pouvoir politique rouge ; les zones de guérilla sont des zones où l'ennemi concentre ses forces et où le combat, les opérations de blocage et la résistance armée font rage ; les zones de propagande sont des zones où la propagande politique ouverte, les activités de masse et la mobilisation des classes moyennes sont les formes principales de combat pour appuyer la guerre populaire. La dialectique d'actions victorieuses dans les deux sphères - attaques armées dans les zones de guérilla et grèves massives victorieuses dans les zones de propagande - plonge l'ennemi dans une série de crises politiques profondes. Dernièrement, les actions de guérilla sont devenues la forme principale de combat dans les zones de propagande. La guerre de guérilla urbaine se déroule à Katmandou même, comme une sorte de répétition générale de l'insurrection à venir pour la prise du pouvoir dans tout le pays.

Le PCN(M) met toute son énergie pour rompre l'impasse en portant la guerre à un niveau qualitativement supérieur. Le Parti a longtemps été handicapé par une conception mécaniste au sein du mouvement communiste selon laquelle un développement quantitatif entraîne automatiquement un développement qualitatif. Le président Prachanda écrivait « qu'au cours de la lutte contre la conception réformiste et évolutionniste qui prévalait dans le mouvement communiste népalais, le Parti a contribué en particulier à approfondir la science du développement de la dialectique marxiste en ce qui concerne la collision, la rupture, le saut et la catastrophe ». (The Worker n° 6, p. 10) L'expérience a montré que de nouveaux progrès vers de nouvelles étapes ont exigé de nouveaux sauts et de nouvelles ruptures. La nécessité de faire ces ruptures en premier, et de continuer ensuite à faire des sauts qualitatifs au fur et à mesure de la progression de la révolution, est une expérience importante pour un parti appartenant au MRI, et le Mouvement tout entier apprend ardemment les leçons de l'expérience des camarades népalais.

L'exercice du pouvoir politique rouge

L'extension du pouvoir populaire signifie l'extension des zones de bases rouges. Elles sont « la moelle osseuse de la révolution », comme l'a dit le président Gonzalo du Parti communiste du Pérou. Comme tout ennemi du peuple qui ne peut ou ne veut accepter l'installation et le développement de bases rouges, l'État réactionnaire du Népal a essayé de tuer la guerre populaire dans l'Suf. Mais contrairement aux désirs de l'ennemi, la révolution a enfoncé ses racines de plus en plus profondément au sein des masses populaires.

Le concept de pouvoir politique et celui des bases d'appui accompagne les cadres du Parti dans leur sac à dos depuis les tout débuts. Au fur et à mesure que les forces de police et de l'armée étaient chassées des campagnes, le peuple s'est trouvé confronté à une situation nouvelle où les fonctions les plus élémentaires du gouvernement avaient disparu. Le peuple a besoin de pouvoir pour faire fonctionner les choses, organiser les conditions de vie et assurer les services de la vie quotidienne. C'est ainsi que sous la direction du Parti, le peuple a assumé la tâche de mettre en Suvre de nouvelles instances politiques qui sont devenues l'embryon du pouvoir politique rouge à la campagne.

Le pouvoir populaire signifie de donner au peuple un ensemble de pouvoirs dans les domaines social, politique et militaire pour qu'il gère l'administration quotidienne de la vie dans les campagnes dans les zones libérées, et en particulier dans les secteurs administratif, législatif et judiciaire. Les tâches que le nouveau pouvoir politique doit assumer comprennent la sécurité sociale, les projets de développement, fournir un cadre aux échanges économiques entre villageois et à leur développement culturel et éducatif. Il faut aussi veiller à la politisation et la militarisation du peuple pour poursuivre la lutte révolutionnaire. Le PCN(M) a une vue dialectique de la relation entre destruction et construction. L'aspect principal dans la phase actuelle est en fait la destruction du vieil État, et la construction du nouveau pouvoir politique est secondaire, mais cette dernière doit aussi être entreprise et elle est, en fait, essentielle à la progression de l'aspect principal.

Au moment où s'achevait la cinquième année de la guerre populaire en 2001, l'extension et la consolidation des bases d'appui dans différentes parties du pays se sont accélérées. Rukum, Rolpa, Jakarkot et Salyan sont des districts de la région occidentale du Népal où des Comités populaires révolutionnaires unifiés exercent ouvertement le pouvoir politique rouge et fonctionnent comme principaux organes de l'administration. Les principaux journaux de Katmandou donnent régulièrement des nouvelles de ces zones. Certains de ces comités, qui sont souvent appelés le gouvernement du peuple, ont invité des journalistes de tout le pays pour qu'ils participent et fassent des reportages sur les grands rassemblements ouverts qui s'y déroulent. Le 26 août 2000, le comité de village de Korchawang a organisé un grand rassemblement ouvert à une distance de trois heures de marche de Liwang, quartier général de district de Rolpa, où le comité donnait une conférence de presse le lendemain. L'objectif de la conférence de presse était de faire savoir dans tout le pays que le comité populaire fonctionnait comme embryon d'un gouvernement de démocratie nouvelle au niveau local. Ces comités exercent localement des activités politiques, économiques, sociales, culturelles et éducatives et détiennent un pouvoir coercitif au moyen d'organes tels que les forces armées du peuple, les prisons et les cours de justice populaires. Les avancées au niveau du pouvoir politique vont de paire avec le développement du pouvoir militaire. Si on ne développe pas le pouvoir militaire, qui est au cSur du pouvoir populaire, pour atteindre des niveaux plus élevés quantitativement et qualitativement, la consolidation de ces bases et leur extension pour qu'elles deviennent des bases relativement stables serait impossible.

Les comités populaires, qui se composent en général de 11 membres, sont habituellement élus dans le cadre d'élections organisées par le Parti sur la base du système d'une combinaison dite de « trois en un ». C'est là une forme d'organisation qui s'était développée en Chine pendant la Révolution culturelle dirigée par Mao. Ce système permet de rassembler des représentants de différents secteurs de la société. Au Népal, cela se traduit par une combinaison de représentants du Parti, de l'Armée populaire de libération et d'autres forces comme des personnalités démocratiques et nationalistes. Des éléments de la petite bourgeoisie y participent comme représentants de partis divers. C'est le cas, par exemple, de certains cadres rebelles locaux issus du Parti du Congrès ou de l'UML. Dans ces élections, les candidats comprennent des personnalités indépendantes, et aussi des éléments qui ont appuyé et travaillé auparavant pour des partis comme le Parti Rashtriya Prajatantra (RPP) et s'opposent aux politiques réactionnaires de leur Parti. D'autres forces prennent part aux élections et sont éligibles.

Ces comités dirigent différents ministères. Parmi les plus importants, il y a les ceux qui traitent des problèmes de l'administration, de l'économie, des questions sociales, de la culture, de l'éducation et du développement. Le développement administratif s'occupe en général des problèmes juridiques, par exemple des questions concernant la terre, le commerce et les transactions commerciales et les problèmes qui relèvent des tribunaux populaires. Des tarifs planchers pour tous les genres de marchandises sont fixés pour les transactions.

Un des aspects importants de l'exercice du pouvoir politique rouge dans les bases d'appui est d'assurer la sécurité de la population. Maintenant qu'existent ces bases, les comités populaires gèrent leurs propres prisons mobiles et leurs camps de travail dans lesquels des membres de la police ayant été capturés, des officiers administratifs corrompus, des voyous, des vandales et des vigiles sont détenus. Comme à l'heure actuelle la protection de la nouvelle société est l'aspect principal de ces camps, ils sont administrés sur la base de principes en totale opposition aux chambres de torture de la vieille société. Au contraire, on cherche vraiment à transformer leur pensée et à leur enseigner à devenir des membres utiles à la nouvelle société.

Compter sur ses propres forces, et la terre à celles et ceux qui la cultivent

Un des principaux défis que les forces révolutionnaires doivent relever est le suivant : c'est celui d'affronter l'ennemi sur le champ de bataille tout en restructurant les rapports économiques afin non seulement de répondre aux besoins de la guerre populaire mais aussi de poser les bases d'une économie autonome au service des intérêts du peuple. Ce qui signifie d'en finir avec les rapports économiques qui ont entravé l'économie népalaise et l'ont modelée pour satisfaire les besoins du marché indien et de l'ensemble du système impérialiste. Cela sera impossible si les Népalaises et Népalais ne sont pas en mesure de créer de nouvelles formes d'organisation économique qui vont à la fois appuyer de nouvelles avancées de la guerre populaire et garantir qu'un Népal révolutionnaire puisse résister à un embargo économique contre-révolutionnaire, et même éventuellement contrer une invasion directe.

La question agraire est au cSur de l'économie du Népal. La plupart des terres fertiles, dans les plaines, sont celles dites du Terai. Elles se situent au Népal méridional et s'étendent d'est en ouest tout au long de la frontière avec l'Inde. Ces terres ont été longtemps propriété de la famille royale et de ses nombreux parents (les Ranas). La majeure partie de ce qui reste de terres cultivables ont été monopolisées par des bureaucrates de haut rang. La politique du Parti est d'exproprier ces terres et de les redistribuer aux paysans conformément au principe « la terre à celles et ceux qui la cultivent ». Au fur et à mesure que progressait la guerre populaire et que se développaient les bases d'appui, la plupart des propriétaires terriens féodaux locaux ont abandonné leurs terres et fui vers les villes. Certaines terres ont aussi été directement arrachées à l'ennemi. Toutes ces parcelles et d'autres propriétés sont remises aux paysannes et paysans, principalement aux paysans sans terre qui ont la priorité, et aux paysans pauvres. Le reste des terres expropriées est destiné à la production en coopérative. Ce qui signifie que la production sur ces terres se fait sur une base coopérative.

L'application des méthodes de l'agriculture coopérative va de pair avec la mise en Suvre par les comités populaires d'une production collective. Les villageoises et villageois sont amenés à favoriser un système d'agriculture collectif, et la « Commune de Juni » a été organisée sur le modèle de l'agriculture collective.

Dans la région occidentale du Terai, la majeure partie de la terre est cultivée par les Tharus, une communauté népalaise habitant dans le midi. Les propriétaires terriens féodaux réactionnaires se sont emparés de leurs terres et les ont réduits à travailler comme des esclaves, ou kamaiyas, sur leurs propres terres. Aujourd'hui, ces kamaiyas se sont dressés sous la direction du PCN(M) et combattent pour abattre le système des propriétaires fonciers et récupérer leurs terres.

Au moment même où se déroulait ce mouvement au Terai et qu'il atteignait son plus haut niveau, le Parlement a déclaré  « la suppression du système d'esclavage Kamaiyas Pratha. ». Mais les véritables transformations ne se font pas dans les salons des riches et des puissants, et cette décision issue de l'aristocratie n'a pas eu d'effet magique. Si on ne s'attaque pas aux problèmes profondément enracinés des rapports de production dans la société, il n'y aura pas de solution aux problèmes des Tharus. L'abolition formelle du système kamaiya sans lui apporter une solution de rechange viable n'a fait qu'ajouter de nouveaux problèmes pour les paysans sans terre et les paysans pauvres. Cette tentative réactionnaire de semer la confusion au sein de la population Tharuu dans sa majorité, et de la détourner du chemin de la révolution maoïste a essuyé un échec retentissant au fur et à mesure que s'approfondissaient les contradictions entre propriétaires et paysans sans terre. À l'heure actuelle, l'ensemble de cette communauté applaudit avec enthousiasme à l'appel  maoïste « la terre à celles et ceux qui la travaillent ». La raison de ce ralliement est que le problème agraire a été traité correctement et que la ligne de masse qui poursuit inlassablement sa politique de politisation et d'armement des paysans a été appliquée.

Puisque la tâche actuelle du Parti est de bouleverser les rapports de production, la mesure essentielle dans le domaine de la production a été de développer un système économique autosuffisant en mobilisant toutes les ressources locales. C'est dans ce cadre que sont nées dans les bases d'appui de petites industries qui travaillent avec les matières disponibles environnantes. La production y est orientée vers la satisfaction des besoins immédiats et élémentaires du peuple. Ces entreprises produisent principalement le matériel nécessaire à la guerre populaire ainsi que des biens d'usage personnel courant, par exemple des bonnets, des chaussettes, des gants, des pulls, des châles, des draps, des sacs et du papier.

De nombreux problèmes trouvent leur solution dans le cadre de perspectives nouvelles jamais envisagées auparavant. La production d'alcool a en général été interdite, non seulement parce que l'alcool signifie la plupart du temps ivresse et femmes maltraitées, mais également parce qu'elle gaspille de très grandes quantités de céréales. Et les céréales sont prioritairement destinées à l'alimentation du peuple et des soldates et soldats de l'armée de libération.

« Du passé, faisons table rase »

La culture populaire est un facteur essentiel de la transformation et de la révolutionnarisation de la société. Si on n'installe pas de révolution culturelle dès le début, il sera impossible d'élever la conscience des masses et de changer leur conception du monde pour lui faire atteindre à peu près la même longueur d'onde que celle des militantes et militants révolutionnaires. Pour cette raison, les révolutionnaires maoïstes doivent enseigner et mobiliser les masses sur les plans idéologique, politique et culturel dès le début du mouvement, et plus encore au moment où la société révolutionnaire commence à s'installer. De grands changements se produisent à cet égard dans les bases d'appui. Les masses révolutionnaires sont en train de rompre avec les coutumes archaïques, pourries et oppressives (par exemple les mariages arrangés et le harcèlement sexuel) et elles adoptent des pratiques libératrices. Les anciens tabous sur le remariage des veuves, le mariage inter-castes et le mariage d'amour sont aujourd'hui contestés dans les bases d'appui.

Dans les zones rouges, les fêtes révolutionnaires remplacent les vieilles festivités basées sur les religions. Selon la tradition Hindoue, il y a d'innombrables rites et rituels religieux. Dasain et le Tij étaient les principales fêtes célébrées par la population avant l'instauration du pouvoir politique rouge. Avec le prestige grandissant des festivités révolutionnaires, la célébration des anciennes fêtes a beaucoup décliné. Le peuple les abandonne et crée une nouvelle culture. Le Premier Mai, journée internationale du prolétariat, tout comme les anniversaires de naissance de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao sont devenus d'importantes célébrations dans les bases d'appui. La date historique du déclenchement de la guerre populaire (le 13 février), le Jour des Martyrs et la Journée internationale des femmes sont aussi devenus des jours importants. Face à cet abandon des vieilles coutumes archaïques, les réactionnaires ont fulminé et tempêté parce que « les femmes sont portées aux nues », que « les relations chaleureuses entre frères et sSurs volent en éclats quand la propriété des parents est partagée entre la fratrie » et parce que « les intouchables peuvent entrer dans la cuisine ». Irritées par ces divagations réactionnaires, les masses s'en prennent avec une vigueur décuplée aux rapports sociaux et aux autres pratiques dépassées, jusqu'à leur complète éradication.

Les gens sont de plus en plus nombreux à comprendre que la religion est l'« opium du peuple », comme Marx l'avait observé. Ils commencent aussi à comprendre que les croyances hindoues offrent un véritable appui idéologique et politique à la monarchie féodale. Ils commencent également à voir que la religion reproduit et renforce toutes sortes de pratiques fondamentalistes, en particulier celles qui ont des traits particulièrement inhumains, comme la division de la société en castes. La religion hindoue est particulièrement cruelle et perverse sur ce point. Elle prétend que la misère et l'oppression que subissent certaines et certains est le châtiment des péchés commis dans une vie antérieure, alors que le luxe et les privilèges des castes supérieures sont une récompense pour leur bonté passée. En encourageant ces divisions, les classes exploiteuses perpétuent la condition d'asservissement des masses les plus humbles. Depuis le début de la guerre populaire et avec le développement des bases d'appui, les gens ont commencé à rejeter la religion et à redécouvrir leur propre humanité.

Dans leur travail auprès des masses, les combattantes et combattants de l'Armée populaire de libération prennent part aux activités de production, à la politique et aux activités militaires. L'analphabétisme se révèle être un ennemi qu'il faut éliminer. Des campagnes de lutte contre l'analphabétisme ont été menées parmi les masses, en particulier chez les adultes, ainsi que des campagnes d'information sanitaire.

Avec l'émergence de ce pouvoir politique rouge embryonnaire dans les campagnes, le PCN(M) a porté une attention toute particulière au respect des droits des minorités nationales. Le droit des peuples à disposer de leur sort est strictement respecté. Partout où vivent des minorités nationales (janajatis) et où le vieil État a été balayé, elles exercent leur propre pouvoir. Ainsi, depuis le moment où le pouvoir leur a été arraché des mains, c'est-à-dire depuis l'unification du pays en un seul État-nation à la fin du XVIIIe siècle, les peuples sont engagés pour la première fois dans un processus de construction de leur propre avenir. Les camarades janajati jouent un rôle prépondérant dans les affaires du Parti. Partant de là, la domination de la nation khash (la caste dominante au Népal, formée à l'origine par les habitants de la région du Khash située à l'ouest du Népal) est en train de disparaître. La combinaison des « trois en un » dont nous avons déjà fait mention est appliquée dans les comités populaires pour construire le pouvoir politique rouge. Ceux-ci sont constitués sur la base de l'alliance ouvrier-paysan. Les représentants des forces nationalistes et démocratiques y sont actifs, conjointement avec des représentants du Parti et de l'armée populaire.

Le PCN(M) a dirigé la mise en place de cours de justice populaire dans les bases rouges. Dans l'ancienne société, le peuple souffrait du pouvoir des officiers gouvernementaux, des propriétaires féodaux et de leur capital usuraire. La terre des paysans pauvres était confisquée par les propriétaires terriens, et de nombreux pays