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Révolution
au Népal:
Un monde meilleur est en train de naître
Aumoment d'aller
sous presse (en novembre 2002), la lutte de classes devenait de
plus en plus vive au Népal. À l'appel du Parti communiste du Népal
(maoïste), une grève générale nationale de trois jours a débuté
le 10 novembre et paralysé la capitale, Katmandou, ainsi que
les quelque régions, de moins en moins nombreuses, qui sont encore
aux mains des réactionnaires. Le 13 novembre à 23h, i.e. juste
au moment où la grève achevait, des offensives militaires simultanées
menées par l'Armée populaire de libération (APL) se sont produites
à Khalanga - le quartier général du district de Jumla - ainsi qu'au
poste de police de Takukot, situé dans le district de Gorkha.
À Khalanga,
la bataille a duré pas moins de sept heures pendant lesquelles l'APL
a neutralisé un millier de soldats de l'Armée royale qui se sont
retrouvés immobilisés à l'intérieur de leurs casernes. 33 ennemis
ont alors été liquidés, dont plusieurs officiers. La presse de Katmandou
rapporte que 55 combattantes et combattants de l'APL ont également
perdu la vie lorsqu'elles et ils ont été pris pour cibles par deux
hélicoptères de combat équipés avec un système de vision nocturne.
Situé dans
le centre du pays, le district de Gorkha se trouve à 95 kilomètres
à peine de la capitale. C'est aussi le lieu de naissance de la monarchie.
À Takukot, pendant ce temps, les forces de sécurité ont essuyé une
sévère défaite, 26 d'entre elles ayant perdu la vie suite à
un affrontement qui a duré 90 minutes.
Un peu plus
tard en novembre, d'autres rapports publiés par la presse de Katmandou
ont fait état de la progression de l'APL dans l'est du Népal, s'apitoyant
notamment sur le sort du gouvernement dont l'autorité serait sérieusement
mise à mal si l'APL réussissait à s'emparer du Mont Everest.
Pendant que
l'État népalais chancelle sous les coups portés par l'APL, les partis
parlementaires et le Palais royal restent amèrement divisés, et
le système politique réactionnaire s'enfonce dans un désarroi de
plus en plus profond, notamment suite au coup perpétré par le roi
Gyanendra qui a dissous le Parlement en octobre et destitué le gouvernement.
- AWTW
1. Introduction
Les pauvres,
les démunis-es et les humiliés-es au Népal, celles et ceux qui mènent
une guerre populaire depuis sept ans pour changer la face du pays,
sont en train de hisser le drapeau rouge de la révolution sur « le
toit du monde ». Ce pays, connu comme étant un creuset de formation
de mercenaires pour les armées étrangères, est aujourd'hui devenu
la terre de naissance des soldates et soldats du prolétariat international.
Les femmes népalaises qui depuis des siècles subissaient la domination
féodale, se sont dressées et ont pris les armes pour prendre leur
propre destinée en mains, émergeant ainsi en plein XXIe
siècle. Un pays qui n'était connu dans le monde que comme étant
un paradis pour vacanciers est passé au rang de pays d'importance
stratégique, à la fois pour les impérialistes et pour les peuples
révolutionnaires du monde entier.
Sous la direction
du Parti communiste du Népal (maoïste) (PCN[M]) - un membre très
précieux du Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI) -,
une armée de type nouveau, qui porte aujourd'hui le nom d'Armée
populaire de libération du Népal (APL) s'est développée et organisée.
À travers le combat contre l'ennemi et le processus de mobilisation
et d'organisation des masses dans lequel elle est impliquée, l'APL
a maintenant atteint un niveau où elle compte des brigades composées
de plusieurs centaines de soldates et de soldats. Face à cela, le
gouvernement a été obligé de battre en retraite et de quitter de
larges portions des campagnes où il ne pouvait rassembler que des
forces très réduites. Dans les zones où les masses populaires ont
rompu avec les traditions séculaires, le pouvoir politique rouge
s'épanouit sur toute la longueur et la largeur du Népal ; et
toute la société voit la réalité d'une révolution sur la voie de
la victoire dans le pays entier. Et tout cela se produit dans un
monde qui souffre si désespérément de l'absence d'un pays sous pouvoir
populaire.
Depuis des
siècles, la vie n'a guère changé pour les masses populaires népalaises.
Les relations économiques et sociales ont été modelées par la dépendance
du Népal à l'égard de l'Inde et de l'Occident. Le peuple népalais
est un réservoir de main-d'Suvre à bon marché pour l'Inde, et ce
sont ses ressources naturelles qui alimentent l'économie indienne.
La beauté naturelle du pays en a fait un panorama « intact »
pour les touristes étrangers qui venaient admirer le Mont Everest
et s'émerveiller devant un monde que ni le chaos et les ouragans
de la vie industrielle, ni l'appât du gain et les relations sociales
cannibales caractéristiques du monde moderne n'avaient touché. Mais
sous cette apparente sérénité se cachait une vie de malheur et de
misère pour le peuple népalais, dont les fruits du travail disparaissaient
dans les coffres des propriétaires terriens, des élites de Katmandou
et leurs alliés indiens. Les enfants du Népal vivaient souvent une
vie misérable en tant que travailleurs migrants, vouée aux travaux
les plus harassants et les plus vils en Inde.
Le système
politique népalais était la coquille parfaitement adéquate à cette
réalité sociale rétrograde. Depuis des siècles, un monarque régnait
sur ce système féodal. Depuis des dizaines d'années, des tentatives
de réformes n'avaient abouti qu'à des changements de façade et avaient
laissé le système intact. Bref, le Népal avait grandement besoin
d'une révolution démocratique pour libérer les forces productives.
Comme l'a dit Mao Tsé-toung, à l'époque de l'impérialisme, c'est
au prolétariat représenté par son avant-garde - le parti communiste
- de se placer à la tête du peuple et le mener à la révolution de
démocratie nouvelle, qui non seulement débarrasserait le chemin
des toiles d'araignées médiévales et de la dépendance envers les
puissances étrangères mais aussi ouvrirait pour le Népal, en tant
que composante de la révolution prolétarienne mondiale, la voie
vers le socialisme et le communisme.
Le
13 février 1996, le PCN(M) osait déclencher la guerre populaire,
qui annonçait comme un coup de clairon un avenir nouveau. Elle s'est
manifestée au départ par une vague d'attaques qui a balayé tout
le pays mais qui a été sous-estimée et méprisée par l'élite occidentalisée
de Katmandou. Pendant quelques années, de petites unités de guérilla
éparpillées ont mobilisé les masses et se sont organisées dans les
campagnes. Armées au départ d'armes locales et à l'occasion d'un
fusil moderne pris à l'ennemi, elles ont lancé des escarmouches
contre les forces de police et les bandes de gangsters liées aux
féodaux qui tenaient les paysans sous leur joug. Mais le programme
des révolutionnaires de transformation politique, économique et
sociale et de révolution agraire, a gagné les cSurs d'un nombre
croissant de sympathisants et enflammé d'enthousiasme la jeunesse,
les femmes et les pauvres, et leurs forces ont grossi régulièrement.
Depuis
plus de six ans, la révolution a progressé à grands bonds au fur
et à mesure qu'elle affrontait et battait les vagues successives
de répression contre-révolutionnaire et de terreur fomentées par
les bandits réactionnaires et les forces de police militarisées,
et plus récemment par l'Armée royale du Népal (ARN) elle-même.
La situation
aujourd'hui, à l'automne 2002, est la suivante : le gouvernement
de Katmandou n'a pratiquement aucune présence sur l'ensemble des
campagnes. Les forces armées du vieil État ont essuyé une série
de défaites majeures, pas seulement dans l'Ouest, bastion de la
révolution, mais aussi dans l'Est et le Centre du pays.
Hors de la
capitale Katmandou, l'Armée royale ne contrôle guère que ses casernes
et les quartiers généraux de district, et aussi une partie de la
région du Terai - une plaine fertile qui s'étend le long de la frontière
avec l'Inde. Dix millions de gens vivent dans des régions où domine
le pouvoir rouge, sur une population totale de 23 millions de personnes.
L'élite dirigeante est déchirée entre le désespoir et la fureur
vengeresse.
Du point de
vue politique, l'ennemi est isolé et en proie à la crise. La force
de la révolution a empêché le gouvernement népalais de tenir les
élections prévues pour novembre 2002. Au moment où cet article était
en préparation, le roi Gyanendra a destitué le Premier ministre
et pratiquement concentré tout le pouvoir entre ses mains, repoussant
ainsi les piètres réformes qui avaient été concédées au peuple après
les soulèvements massifs de 1990. Même dans les zones tenues par
l'ennemi, l'appui à la révolution se manifeste par une participation
massive aux bandhs (grèves générales) et aux autres formes
de lutte.
L'avenir
du Népal est suspendu entre deux quartiers généraux : la capitale
Katmandou, et les zones rurales qui entourent le cSur de la révolution
- le district de Rolpa, dans l'ouest du pays. Les maîtres traditionnels
indiens et impérialistes accroissent leur aide au régime réactionnaire
dans l'espoir de reprendre l'initiative. Pendant ce temps, les révolutionnaires
mobilisent les forces populaires en vue des épreuves de force décisives.
L'issue de ces batailles aura un impact profond non seulement sur
le pays mais aussi sur le destin de la révolution en Inde et dans
le monde.
2. Situation
objective
Un pittoresque intact ou une oppression féodale ?
L'impérialisme
et le féodalisme maintiennent une chape de plomb sur le peuple népalais
avec des conditions de vie qui rappellent plus celles du Moyen-Âge
que celles qui prévalent en Europe. Des tribus existent encore,
comme celles des Raute et des Kusunda qui mènent une vie nomade
dans la forêt et vivent principalement du produit de la chasse.
L'abondance du pays en eau semble narguer une population qui doit
partager avec le bétail les mares d'eau de pluie. Dans les campagnes,
les femmes doivent aller chercher l'eau dans des bassines et des
jarres dans les rivières et sources les plus proches, c'est-à-dire
souvent à trois heures de marche sur des routes très accidentées.
Selon The
Worker, organe du PCN(M), le produit intérieur brut par tête
d'habitant au Népal s'élève à 180 US$, plaçant le Népal à l'avant-dernier
rang des pays les plus pauvres du monde. 70 % de la population
vivent en dessous du seuil de pauvreté absolue. Le pays est terriblement
pauvre dans son ensemble, mais il souffre aussi d'une polarisation
de classe et d'une pauvreté extrêmes. 10 % de la population
engloutissent 46,5 % du revenu national et possèdent plus de
65 % de la terre cultivable.
Les femmes
subissent particulièrement l'oppression. Les filles sont marginalisées
à l'école et exclues de l'héritage et de la propriété familiale.
Elles sont astreintes aux travaux ménagers. Certaines d'entre elles
doivent se marier dès leur treizième année. L'espérance de vie au
Népal est en moyenne de 56 ans, mais celle des femmes qui constituent
« la moitié du ciel » est encore plus basse. Le Népal
est l'un des rares pays où l'espérance de vie des femmes est inférieure
à celle des hommes - un reflet exacerbé du patriarcat. De très nombreuses
femmes meurent en couches, et beaucoup d'enfants meurent de malnutrition,
du choléra et de la grippe. La mortalité infantile est de 75 pour
1000, ce qui est 10 fois plus élevé qu'au Japon ou en Suède.
Les soins
médicaux modernes sont à peu près inexistants dans les campagnes.
Seuls quelques villages disposent d'avant-postes médicaux, mais
pas d'hôpitaux. Dans la plupart des villages, la personne malade
n'a d'autre choix que de se soigner toute seule à l'aide de plantes
médicinales ou. de guérisseurs traditionnels, ou bien d'aller vers
une mort prématurée. La malaria, la typhoïde, le choléra et la tuberculose
sont des maladies endémiques. La commercialisation des soins fait
que les traitements médicaux sont très onéreux dans les villes.
Même les classes moyennes peuvent à peine se procurer les médicaments.
Le taux d'alphabétisation est très bas ; selon les chiffres
du gouvernement, il est inférieur à 50 %, et les jeunes qui
ont fait des études doivent aller en Inde ou ailleurs pour trouver
un travail. (Chiffres tirés de The Worker n° 3, 1997 ;
de la Troisième Conférence des Nations unies sur les pays les moins
avancés, document sur le Népal, Bruxelles 14-20 mai 2001 ;
Encyclopaedia Britannica)
Les paysannes
et paysans vivent dans la misère. Elles et ils passent leur temps
à ramasser ce qu'ils peuvent pour survivre ; elles et ils doivent
vendre ce qu'ils récoltent - plantes médicinales, ghee et
fruits. Dans les campagnes les plus reculées, les paysannes et paysans
doivent se procurer des produits indispensables comme le sel et
le poivre, les médicaments et les vêtements dans les marchés locaux,
les ramener à dos d'hommes sur des distances qui dépassent les 15 jours
de marche. Mules et chevaux sont les principaux moyens de transport
dans les régions montagneuses. Le système rend la vie dans ces régions
très coûteuse ; par exemple le prix des denrées peut atteindre
15 à 20 fois ceux qui sont pratiqués normalement.
Les impérialistes
ne voient et ne verront jamais le Népal comme étant un « tigre
asiatique ». Depuis des dizaines d'années, ils jettent un regard
indifférent sur la souffrance et l'appauvrissement des masses populaires
du Népal et maintiennent le pays dans un état de sous-développement
et d'arriération typique du tiers monde.
Un pays enchaîné
à l'Inde et à l'Occident
Ces conditions
de vie misérables reflètent la position du Népal à l'intérieur du
système impérialiste. Pour l'essentiel, le Népal est dominé par
l'Inde depuis des générations. Plusieurs millions de de travailleurs
migrants népalais exécutent les travaux les plus vils et les plus
mal payés dans les villes indiennes. Ce sont pour la plupart des
hommes jeunes ou en pleine maturité, qui représentent généralement
la source principale de croissance pour l'économie d'un pays, mais
cette main-d'Suvre est pour le moment mise au service des riches
Indiens. Ce qui explique aussi en partie les conditions de vie très
dures des femmes népalaises, qui doivent à elles seules s'occuper
de la ferme et élever les enfants.
Le Népal est
aussi une source de matières premières pour l'Inde ; il fournit
par exemple le bois de construction et de l'énergie hydroélectrique
en très grandes quantités et à très bon marché.. Le Népal occupe
le troisième rang mondial pour les ressources hydroélectriques derrière
le Brésil et la Chine, mais ces ressources n'ont pas été développées
pour servir la population, qui vit en grande partie à la lueur du
feu de bois ou parfois de lampes à paraffine. C'est tout un paradoxe
que ce pays ne dispose pas de l'énergie dont il a besoin ;
de même, dans les villages et les villes où on dispose d'énergie
électrique, alimenter un appareil radio ou un téléviseur est considéré
comme étant un luxe.
Le Népal représente
aussi un marché captif pour les marchandises indiennes. C'est ainsi
que le soi-disant « traité de paix et d'amitié » entre
le Népal et l'Inde livre le peuple pieds et poings liés et l'empêche
de développer une industrie nationale. Selon ce traité, toute la
production industrielle dont la population népalaise a besoin devrait
être fournie par l'Inde, faisant du Népal un marché sûr pour les
marchandises indiennes.
Le tourisme
occidental est l'une des sources les plus importantes de devises
étrangères, avec les revenus qui proviennent d'un autre produit
d'exportation du Népal, à savoir la jeune main-d'Suvre envoyée en
Inde. L'essentiel des revenus tirés du tourisme, surtout de l'alpinisme
dans les Himalayas, va dans les poches de la bourgeoisie occidentale
(jusqu'à 90 % du coût d'une expédition), et non pas dans l'économie
nationale.
La classe
dominante indienne a conclu plusieurs traités secrets avec les classes
dominantes népalaises, qui mettent le pays sous la dépendance de
l'Inde pour sa sécurité nationale. Selon les termes d'un traité
signé en 1965, l'Inde doit ainsi fournir les armes et les munitions
dont l'armée népalaise a besoin. Si l'Inde s'avère dans l'impossibilité
de fournir les armes voulues, le Népal ne peut s'adresser qu'à des
pays tiers recommandés par l'Inde.
Tous ces traités
ont étranglé la croissance économique et ont en particulier empêché
le développement d'une économie indépendante. Il est clair que sous
prétexte d'un traité d'égalité et d'amitié, l'intention des classes
dominantes indiennes est de traiter le Népal comme étant une partie
de l'Inde et de placer le peuple népalais sous son joug à travers
le contrôle des armes et de son industrie. Bref, le Népal sous domination
indienne dans le cadre du dispositif impérialiste est condamné à
la pauvreté, sans espoir de développement et d'éducation, restant
pour l'essentiel entièrement dépendant du tourisme drainé par la
magnificence des paysages et de l'exportation de sa jeunesse.
Les chaînes
internes qui entravent le peuple
Le Népal est
un pays multinational et multilingue, mais il est dominé par les
castes Brahmin et Chetries, alors que les minorités nationales désignées
sous le nom de janajatis (qui forment ensemble la majorité
de la population) vivent sous une domination de classe et de caste,
subissant pillage et humiliation. Ces castes supérieures se sont
accaparées l'essentiel des terres fertiles des vallées et des régions
les plus prospères du Terai ; elles détiennent aussi la plupart
des entreprises commerciales et industrielles. La terre au Népal
se répartit selon la qualité en quatre catégories : meilleure
(abbal), supérieure (doyem), bonne (sim) et
normale (char). Les grands propriétaires contrôlent l'essentiel
des terres abbal et doyem. Les paysans n'ont que des
terres sem et char.
La société
rurale népalaise se divise essentiellement entre propriétaires,
paysans riches, paysans moyens et moyen-inférieurs, paysans pauvres
et paysans sans terre. À cause des rapports de production semi-féodaux,
un petit propriétaire népalais peut n'avoir guère plus de richesses
qu'un chômeur européen qui touche les allocations sociales. Un propriétaire
népalais est en général une personne qui a plus de terre qu'il n'en
faut pour vivre ; il possède aussi sa maison, du bétail et
de la volaille pour la fertilisation et se nourrir. Il ne travaille
pas aux champs et ne s'occupe pas lui-même de son bétail. Un paysan
riche est une personne qui possède deux paires de bSufs de trait,
du bétail et de la volaille pour le lait, la viande et la fertilisation.
Le travail dans les champs se fait en partie avec de la main-d'Suvre
louée et par le travail partagé (entraide paysanne, surtout pour
les travaux saisonniers). Le paysan riche emploie un ou une domestique
pour la maison. Les paysans moyens et moyen-inférieurs sont ceux
qui possèdent une paire de bSufs, assez de terre pour le travail
partagé, et dont ce qu'ils tirent de leur terre suffit à peine à
se nourrir pour l'année. Les paysans pauvres sont ceux qui n'ont
qu'un petit lopin de terre et n'ont pas de bétail, et dont la production
suffit tout juste à les nourrir une demi-année. Ils ne font pas
de partage de main-d'Suvre mais vendent leur force de travail. Les
paysans sans terre vendent leur travail en permanence, et la vie
de leur famille ressemble à une sorte de semi-esclavage.
Étant donné
les rapports de production semi-coloniaux et la dépendance à l'égard
de l'Inde, la production industrielle est réduite. La poignée d'entreprises
industrielles que les compagnies multinationales et la bourgeoisie
indienne ont installées avec la collaboration de la classe des capitalistes
compradores est constituée de sociétés vendant alcool, spiritueux
et drogue. Ces compagnies ont souvent été créées pour extraire de
bons profits de la main-d'Suvre infantile. L'essentiel des marchandises
industrielles qui sont estampillées « fabriqué au Népal »,
comme les montres, radios et appareils-télés, ne sont pas réellement
fabriquées dans ce pays, puisqu'on n'y fait qu'assembler des composants
importés d'Inde, du Japon et d'autres pays.
Produit hybride
du féodalisme et du capitalisme de type compradore, le capitalisme
bureaucratique s'est développé et a plongé ses racines très profondément
dans la société. Ce capital bureaucratique a placé le peuple sous
le joug d'une exploitation aux multiples facettes. Si, par exemple,
un paysan veut créer une exploitation avicole, il doit donner un
pot-de-vin aux officiers gouvernementaux impliqués et aussi à l'industrie
concernée. De la même manière, les bureaucrates du service d'enregistrement
foncier doivent souvent être achetés pour transférer la terre d'un
paysan dans les mains d'un propriétaire. Dans les conditions spécifiques
du Népal, il n'y a pas de travail à plein temps dans aucun secteur ;
un propriétaire peut être simultanément entrepreneur industriel,
membre du Parlement ou ministre et bureaucrate capitaliste. De même,
le paysan peut être à la fois un travailleur agricole, un ouvrier
industriel et un journalier.
Cette vieille
société vermoulue, qui constitue une prison pour les différentes
nationalités, est protégée par un pouvoir d'État réactionnaire,
par les forces de police et l'armée et par le système de lois et
de règlements réactionnaires qui a été mis en place.
3. La lutte
populaire (un bref aperçu)
Crise du système
parlementaire: la chute de la monarchie absolutiste
En 1990, les
masses se sont soulevées contre les conditions d'oppression qui
prévalent au Népal. Ce fut le point culminant d'un combat de longue
date contre la monarchie féodale, qui s'était aiguisé dans les années
70 et 80. Avant 1990, tous les partis politiques étaient interdits,
alors que le pays était dirigé par des conseils de notables appelés
panchayats, soumis à l'autorité suprême du roi. Le soulèvement
de 1990 a forcé la classe dirigeante à accepter des changements
au système de direction, et le régime parlementaire fut rétabli.
Le peuple népalais espérait une vie meilleure. Les routes iraient
jusqu'aux recoins et points les plus escarpés du pays, l'électrification
viendrait jusque dans les maisons, les malades seraient soignés,
et partout le pays se développerait. La misère du peuple disparaîtrait.
Ses enfants iraient à l'école et auraient un bon travail. Le nouveau
gouvernement se porterait garant des conditions de vie du peuple.
Le peuple attendait l'abolition de maintes formes d'injustices sociales,
par exemple la discrimination et l'oppression exercées contre les
femmes, l'oppression de caste, la subordination des minorités nationales
et la discrimination exercée à leur égard par les services gouvernementaux.
Avec le nouveau gouvernement, le peuple espérait que la corruption
et le népotisme seraient choses du passé.
Pourtant,
les nombreux maux qui affligeaient la société népalaise se sont
terriblement aggravés, faisant voler en éclats les espoirs et les
attentes de la population. En dépit de formidables luttes et de
grands sacrifices, l'instauration d'un système parlementaire n'a
abouti qu'à un simple changement de régime. Le peuple opprimé n'a
vu dans ces « changements » que « du vieux vin dans
de nouvelles bouteilles ». Les rapports sociaux et le système
social sont restés les mêmes que sous le régime politique précédent,
et les nombreuses formes d'oppression, d'exploitation et d'arriération
sont demeurées inchangées. L'instauration d'un système parlementaire,
même si la gamme la plus étendue des forces politiques au monde
y était représentée, n'a pas amené cette révolution de démocratie
nouvelle dont le Népal a un si urgent besoin. Il n'a pas rompu avec
l'impérialisme. Il a laissé en place et intactes la monarchie et
l'Armée royale - colonne vertébrale de l'État. Il n'a promu aucune
révolution agraire et a donc ainsi maintenu le semi-féodalisme.
Autrement dit, il n'y a eu aucun changement dans le caractère de
classe de la société.
Depuis l'instauration
du système parlementaire en 1990 et les premières élections en 1991,
le Parlement n'a résolu aucun des problèmes du peuple. Une lutte
politique acharnée entre les différents partis rivaux s'est installée
pour accaparer le pouvoir. Tous les partis au Parlement se sont
lancés dans une compétition marathon dont le but était de dépouiller
le peuple. Ils se sont ainsi affairés à tramer toutes sortes de
conspirations et de manSuvres pour s'évincer les uns les autres.
Toutes les formes les plus abjectes de corruption et de népotisme
règnent au sein du gouvernement, pendant que toute légitime protestation
et toute opposition sont sévèrement combattues et impitoyablement
éliminées. Tout ça alors que le véritable enjeu, ce sont les questions
relatives à la nationalité, la démocratie et le niveau de vie.
D'autre part
sur la frontière sud, l'Inde continue à s'ingérer dans les affaires
intérieures du Népal et intervient de plus en plus dans les sphères
économique, politique et même géologique. Au lieu de régler ces
questions, le Parlement s'est révélé n'être qu'une simple machine
à ratifier des décisions prises ailleurs, sans discussion. Les gouvernements
qui se sont succédés n'ont voulu ni pu abroger les traités injustes
qui assurent à l'Inde sa domination. Ils ont aussi montré de plus
en plus manifestement leur propension à jouer les marionnettes des
classes dirigeantes indiennes, trahissant ainsi leur propre peuple.
Malgré la forte protestation populaire, le Traité du Mahakali a
été négocié et signé avec le gouvernement indien en 1996 et les
ressources en eau du Mahakali ont été livrées à l'Inde. En vérité,
même si les forces qui devaient aboutir à la formation du PCN(M)
ont sévèrement critiqué la conspiration tripartite entre le roi,
le Parti du Congrès et le soi-disant « Front de Gauche »,
le peuple a néanmoins été abusé par une propagande nationale et
étrangère qui lui présentait une sorte de radieux mirage. Au fur
et à mesure que les événements se sont déroulés, les gens ont compris
les choses en nombre croissant, et le mirage a finalement été dissipé.
Au cours de ces développements, les maoïstes ont dirigé une série
de luttes politiques de masse avec une grande constance et cohérence
afin de démasquer ces conspirations.
Malgré la
nouvelle façade parlementaire, le gouvernement a liquidé ses opposants
d'une façon ignoble. Des centaines de gens qui avaient protesté
contre les positions du gouvernement ont été arrêtés, torturés et
emprisonnés. En 1993, trois personnes ont été tuées à Katmandou
alors qu'elles manifestaient contre le gouvernement. Pour l'essentiel,
la notion de processus démocratique s'est résumée à de la paperasse
électorale jetée dans les urnes. Pendant que le gouvernement sortait
de temps à autre des données statistiques qui montraient une croissance
miraculeuse, le pays ne cessait de s'appauvrir, jour après jour.
Certains se
sont demandés pourquoi le système parlementaire au Népal s'est avéré
un échec. La réponse spontanée a été que la jeune démocratie n'avait
pas eu le temps d'enfoncer ses racines assez profondément. Mais
plus cette soi-disant démocratie enfonce ses racines, plus elle
charrie avec le pillage, la corruption et la trahison nationale,
et plus la crise s'approfondit. Les révolutionnaires népalaises
et népalais ont été témoins de comment la Chine maoïste, juste de
l'autre côté de la frontière, a apporté au peuple des changements
indéniables et majeurs dans ses conditions de vie et comment, pas
à pas, elle a réduit les inégalités criantes qui caractérisaient
ce pays. Au cours de ses dizaines d'années d'existence, la Chine
socialiste a montré comment des millions de pauvres et d'opprimés-es
pouvaient prendre le pouvoir et résister à l'impérialisme. Et après
le coup d'État qui a placé Deng Xiaoping au pouvoir, les gens ont
aussi pu constater qu'il n'y a plus de Chine socialiste et que sous
le règne de la bourgeoisie révisionniste, le peuple est de nouveau
plongé dans la misère de l'exploitation capitaliste. Parallèlement,
de l'autre côté de la frontière existe la « plus grande démocratie »
au monde, à savoir l'Inde. Le peuple a vu la misère qui y règne,
le pillage auquel se livre la bourgeoisie indienne et les soulèvements
massifs de la population qui s'y produisent à intervalles réguliers.
Où est donc le succès de la démocratie parlementaire ? Les
classes dirigeantes réactionnaires s'appuient sur la méthode qui
consiste à organiser des élections pour enfoncer les racines de
leur « démocratie » mais le seul résultat, c'est l'autorisation
donnée à la bourgeoisie réactionnaire et à l'autocratie féodale
de vendre le pays, de piller et d'opprimer le peuple toujours plus.
Un avenir
nouveau se fait jour
Pendant qu'augmentaient
le mécontentement et la désillusion au sein des larges masses populaires
suivant la mise en Suvre de le « voie pacifique » vers
le changement chère au cSur des théoriciens du libéralisme, et alors
que les conditions de vie de millions de gens exigeaient une transformation
radicale et urgente, le Parti poursuivait les préparatifs pour accomplir
ce pas très audacieux qu'allait être le déclenchement de la forme
la plus élevée de la lutte révolutionnaire : la lutte armée.
Le PCN(M)
a déclenché la guerre populaire au Népal en 1996 d'une façon tout
à fait différente de ce qu'avaient fait les autres partis d'avant-garde
prolétariens. Il a poussé des milliers de gens à déclencher des
vagues de soulèvements. Les premières cibles furent les représentants
du féodalisme, du capitalisme bureaucratique compradore et les organes
du pouvoir d'État. Plus de 5 500 actions à petite ou grande
échelle ont été lancées contre l'ennemi au cours de cette première
vague. Cela a déclenché un large débat au sein des différentes classes,
chez les intellectuels et les partis politiques, à l'intérieur comme
à l'extérieur du Parlement. Tout de suite après ces actions, l'ennemi
a lancé sa police contre le peuple, procédant à des arrestations
dans tout le pays, aux massacres de la population et à toutes sortes
d'atrocités. (Pour de plus amples informations sur les événements
qui ont conduit au déclenchement de la guerre populaire et la première
année de la guerre, se reporter à l'édition anglaise d'A World
to Win nos 1996/22 et 1998/23.)
Avec le déclenchement
de la guerre populaire, le paysage politique a connu de multiples
changements. Au début, l'ennemi était perplexe, ne sachant pas comment
traiter cette situation nouvelle, mais les circonstances ne lui
laissèrent pas le temps de la pause et de la réflexion. Plus la
guerre populaire se développait, plus la crise du Parlement allait
en s'approfondissant. La guérilla populaire harcelait les forces
de police réactionnaires. Les agents de l'ennemi et la féodalité
rurale étaient chassés des villages, d'abord dans les régions montagneuses
et tout particulièrement dans les régions les plus reculées de l'ouest
du pays. Au fur et à mesure que les forces de police fléchissaient,
le gouvernement du Parti du Congrès a lâché la bride à ses vigiles
et les a armés pour massacrer le peuple. Certains de ces voyous
se sont mis à piller le bien des gens, à violer les femmes et espionner
les révolutionnaires maoïstes afin de les faire tomber dans des
embuscades. Ces voyous ont plus tard essayé de faire porter la responsabilité
de leurs exactions aux révolutionnaires. Mais quand les maoïstes
ont châtié ces criminels, les supporters de la classe dirigeante
ont crié qu'ils assassinaient « d'innocents civils ».
Les guérilleros dirigés par les maoïstes se sont emparés des armes
de ces vigiles et ont commencé à essayer de les détourner de leurs
activités en exerçant sur eux une action punitive. Ils les ont mis
en garde afin qu'ils cessent leurs pillages. Certains de ces réactionnaires
invétérés qui aidaient la police à arrêter et à tuer les gens et
qui persistaient dans leur conduite malgré les avertissements ont
été liquidés.
Plus la guerre
progressait, et plus l'activité de ces vigiles s'intensifia. Le
gouvernement a alors envoyé des escadrons de la mort avec pour cibles
les militants révolutionnaires et leurs sympathisants. Les forces
révolutionnaires ont lancé une campagne visant à « aveugler
l'éléphant ». Il s'agissait en fait de « crever les yeux
de l'éléphant », autrement dit des vigiles envoyés par le Parti
du Congrès qui étaient les yeux des commandos de police. Le fait
d'avoir réduit l'activité de ces vigiles a donné aux forces armées
révolutionnaires une plus grande marge de manSuvre pour combattre
les commandos de police.
Les forces
armées révolutionnaires ont intensifié leurs assauts militaires
sur les maillons faibles de l'ennemi, c'est-à-dire essentiellement
les postes de police les moins fortifiés. Cela fut politiquement
avantageux parce que l'ennemi fut acculé à une position de défensive
tactique, et ensuite de défensive stratégique. Il s'agit, comme
l'expliquait Mao, d'agir à « dix contre un » du point
de vue tactique, et à « un contre dix » du point de vue
stratégique. Alors que les forces populaires sont en nombre très
inférieur à celles de l'ennemi sur l'ensemble du pays et doivent
donc attaquer à « un contre dix » dans le sens stratégique
général, il est possible de concentrer une supériorité tactique
écrasante pour balayer les concentrations ennemies. Pour atteindre
cet objectif, les forces révolutionnaires ont établi des unités
de plus en plus grandes : premièrement, en rassemblant trois
sections (d'environ 30 soldats chacune) pour former une compagnie,
forte d'une centaine de combattants ; par la suite, trois compagnies
sont regroupées à leur tour pour former une brigade. Pour la première
fois en 2002, on a pu voir à l'Suvre un bataillon formé de trois
brigades, soit environ 1 000 soldats. Certaines de ces formations
plus larges sont constituées de façon permanente, alors que dans
d'autres situations, elles ne sont maintenues que pour des campagnes
spécifiques. L'application de la stratégie et des tactiques de la
guerre révolutionnaire a contraint l'ennemi à réduire le nombre
de ses postes de police et à ne garder ouverts que les plus importants.
À Rolpa par exemple, le nombre de postes de police est passé de
39 à 8. Dans le district adjacent de Rukum, les 29 postes ont été
réduits à 6. De même, dans le district de Jajarkot (également situé
dans la forteresse de l'ouest), on est passé de 15 postes à seulement 6.
Et ainsi de suite dans l'ensemble du pays. Pendant ce temps, l'ennemi
perdait son pouvoir politique au niveau local, au fur et à mesure
que le gouvernement dans ces régions ne jouait plus aucun rôle.
Ces victoires militaires contre la police réactionnaire militarisée
ont aussi brisé le moral de la police et du gouvernement lui-même,
entraînant de nombreuses désertions dans les rangs des forces réactionnaires.
Étant donné
l'esprit anti-monarchie régnant au sein du peuple népalais et aussi
à cause des graves problèmes sociaux, du retard économique et de
la corruption effrénée existant au sein du gouvernement réactionnaire,
un grand nombre de policiers ont déserté pendant l'entraînement.
Conformément à la loi réactionnaire, 83 policiers ont été punis
pour tentative de fuite en l'an 2000. Huit inspecteurs de police
ont été condamnés à des amendes pour avoir refusé de se rendre dans
des zones de guerre. Deux inspecteurs, officiers d'un grade assez
élevé, ont donné leur démission.
Le PCN(M)
a à maintes reprises appelé le gouvernement au respect de la Convention
de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre. À cette
époque, ceux qui étaient capturés par les maoïstes étaient soit
relâchés, soit convaincus de s'engager dans le grand processus révolutionnaire.
Les maoïstes ont capturé un commandant adjoint de police, Thule
Rai, qui a été relâché au bout de trois mois de détention dans de
bonnes conditions. Mais quand il a repris son poste à Katmandou,
l'État réactionnaire l'a arrêté et placé dans un hôpital psychiatrique.
Il y a une tendance certaine et croissante au sein de l'armée et
de la police à déserter et rejoindre les forces révolutionnaires
de l'armée de guérilla, au fur et à mesure que les différences entre
réactionnaires et révolutionnaires deviennent claires et qu'on commence
à réaliser que la guerre des maoïstes est une guerre de libération
populaire. Le camarade Ramesh (de Rolpa) est l'un de ces héros et
martyrs qui ont déserté l'Armée royale. Il a stimulé les actes d'héroïsme
de ses camarades et est mort au combat contre l'État réactionnaire.
Le Parti fournit
une argumentation politique aux actions militaires, et les actions
armées à leur tour renforcent l'offensive politique de la révolution.
De plus, comme le faisait remarquer Mao, les lois de la guerre montrent
que les tentatives des réactionnaires de pousser les révolutionnaires
au finish se terminent toujours par leur chute en piqué. L'État
réactionnaire au Népal a essayé ce genre d'approche à plusieurs
reprises, et le parti du prolétariat a répondu à ces provocations
de la façon dont les maoïstes mènent le combat : en attirant
l'ennemi profondément à l'intérieur des zones rouges, en l'encerclant
et en lui portant des coups mortels aux points les plus faibles.
En avril 2000,
les guérilleros dirigés par les maoïstes ont livré l'assaut de la
victoire contre le poste de police de Rukumkot. Celui-ci était situé
dans une région considérée par la police comme étant très sûre du
point stratégique. Il bénéficiait d'un degré très élevé de fortification.
C'était un avant-poste très important des forces de commandos paramilitaires.
L'assaut victorieux contre cet avant-poste n'a pas été une simple
victoire militaire mais aussi une victoire politique cruciale pour
les révolutionnaires. L'ennemi était certain que ce poste puissant,
très bien fortifié et muni d'armes sophistiquées réussirait à redonner
le moral aux forces de police réactionnaires. Cet assaut victorieux
a fortifié le moral du peuple et asséné à l'ennemi un coup sévère
tant sur le plan militaire que politique.
Le gouvernement
du Congrès, alors en place, a lancé de nombreuses opérations contre
le peuple, mais il a subi d'humiliantes défaites. La progression
de la guerre populaire a ébranlé sérieusement et à maintes reprises
le vieil État, au fur et à mesure que le Parti portait des coups
toujours plus sévères, à la fois en quantité et en qualité. Le niveau
qualitativement supérieur des actions, comme par exemple la destruction
du poste de police de Rukumkot et la capture de Dunai en septembre
2000 (il s'agit du quartier général du district de Rolpa), a acculé
l'ennemi à une position défensive à l'extrême mais a aussi attiré
l'attention des puissances impérialistes, qui sont les véritables
maîtres de l'État réactionnaire népalais.
La direction
du Parti a alors conclu à l'émergence d'une situation d'impasse
entre les deux parties. Mais il y avait encore des défis d'une bien
plus grande importance à affronter. Par exemple, même si la police
militarisée avait subi de grandes défaites et était forcée de rester
cantonnée dans ses casernes, la révolution n'avait pas encore affronté
la force principale de l'État réactionnaire, i.e. l'Armée royale
népalaise.
Le régime
en place : de sanglantes querelles intestines, des attaques
en recrudescence
L'impérialisme
américain et l'expansionnisme indien, ainsi que les classes réactionnaires
dominantes népalaises faisaient pression sur le Palais royal pour
qu'il mobilise son armée contre le peuple. Mais à cause des contradictions
internes au palais et de la lutte pour le pouvoir entre le palais
et le Parlement, le roi Birendra n'a pas voulu engager l'armée.
Le roi s'est aussi retenu de mettre en Suvre les politiques de génocide
proposées par plusieurs parmi les classes dirigeantes. On a assisté
à une exigence pressante du gouvernement et à d'énormes pressions
de la part des impérialistes pour un déploiement de l'armée contre
la révolution. Le palais a autorisé le chef de l'armée à publier
une déclaration selon laquelle l'armée ne serait pas mobilisée pour
étouffer la violence dans la pays, mais qu'il était de la responsabilité
du gouvernement de régler le problème en se servant des forces de
police. L'armée interviendrait mais pas pour sauver ses opposants
au Parlement. L'objectif véritable du palais était de regagner ses
pouvoirs constitutionnels perdus en 1990.
Les coups
portés par la révolution, en plus de l'intensification de la petite
guerre intestine au sein du camp réactionnaire, ont mené à une nouvelle
crise gouvernementale et à la démission du premier ministre Girija
Koirala. En plein milieu de ce remue-ménage interne et avec le dessein
secret d'écraser la guerre populaire qui mijotait, le roi, la reine
et presque toute la famille royale furent massacrés le 1er juin 2001.
Le réactionnaire pur et dur, Gyanendra, frère de Birendra, monta
sur un trône désormais dépourvu de toute légitimité aux yeux du
peuple.
Avec le massacre
de la famille royale, le système féodal séculaire de la monarchie
au Népal implosa virtuellement. Une classe d'hommes d'affaires capitalistes
compradores, avec à leur tête Gyanendra Shah, ex-trafiquant de drogue,
gangster en liberté et capitaliste bureaucrate notoire, a pris la
direction des affaires. Gyanendra Shah, qui, non sans raisons, passe
pour avoir été l'organisateur du carnage au palais avec l'appui
des impérialistes américains et de l'expansionnisme indien, s'est
proclamé roi du Népal le soir même. Dans tout le pays, les gens
sont descendus dans la rue par milliers et dénoncèrent cet assassin
présumé. Mais les partis politiques parlementaires, y compris les
soi-disant communistes, lui apportèrent leur soutien. En vérité,
le soutien à la monarchie est venu pour une très grande part des
révisionnistes du Parti communiste du Népal (Union marxiste-léniniste),
mieux connu sous l'acronyme « UML », et qui est le plus
important des partis « communistes » révisionnistes au
Népal.
Le grand philosophe
du prolétariat, Karl Marx, a expliqué qu'une révolution puissante
engendre une puissante contre-révolution. Et en fait, après le massacre
au palais et la capture par les forces armées populaires de 62 membres
de la police au poste de Holleri en juillet 2001, l'Armée royale
du Népal a dû sortir de ses casernes. Pour la première fois, l'armée
affrontait directement les forces de la guérilla dans une épreuve
de force. L'ARN avait reçu au départ une triple mission : récupérer
les 62 policiers capturés, reprendre les armes saisies par
la guérilla maoïste et désarmer les forces combattantes révolutionnaires.
L'armée a complètement échoué dans sa mission et elle a en plus
essuyé d'humiliantes défaites infligées par les maoïstes. Pourtant,
personne de l'ARN n'a trouvé la mort pendant les combats ;
il y a eu quelques blessés et finalement, l'armée royale a battu
en retraite en se promettant de ne jamais attaquer le peuple sur
ordres du régime. Cette bataille est en fait devenue le symbole
de la lutte entre les deux parties rivales en conflit au Népal :
d'un côté, l'Armée royale, essence du pouvoir d'État de l'aristocratie
féodale avec à sa tête le roi, et de l'autre l'armée révolutionnaire,
colonne vertébrale du pouvoir rouge naissant, avec le PCN(M) à sa
tête.
Interlude
de négociations
Le massacre
de la famille royale est intervenu à un moment crucial au cours
du processus révolutionnaire au Népal. Les forces de police militarisées
avaient été mises en déroute par les forces armées révolutionnaires
et comme nous l'avons vu, ce fut pour elles un fiasco total. Alors
que les réactionnaires étaient en pleine discorde, Gyanendra a désigné
un nouveau premier ministre, Deuba, qui a ordonné aux forces armées
gouvernementales de rentrer dans leurs casernes et proposé des négociations
avec le PCN(M). Le Parti a accepté la proposition et est entré dans
une série de pourparlers avec le gouvernement, en déclarant un cessez-le-feu
pour la durée de la période de négociations.
Cette période
a vu les deux camps en conflit se lancer dans d'intenses préparatifs
en vue de la reprise des hostilités. Pour les réactionnaires, il
s'agissait d'essayer d'établir un peu d'ordre dans des forces armées
qui avaient subi de lourdes défaites et que le massacre de la famille
royale avait conduit au désespoir. Ils ont aussi intensifié leurs
efforts pour obtenir des armes modernes et de l'aide de l'étranger.
Les révolutionnaires, de leur côté, ont mis à profit le cessez-le-feu
pour accélérer leur travail de mobilisation des masses autour de
la guerre populaire dans tout le pays et renforcer leurs préparatifs
militaires pour élever le niveau de la guerre populaire. Les forces
armées sous la direction du PCN(M) se sont organisées à un niveau
supérieur lors d'une convention nationale tenue en septembre 2001,
date de la création formelle de l'Armée de populaire de libération
(APL). Le front uni révolutionnaire a lui aussi été revalorisé et
consolidé par la formation du Conseil populaire révolutionnaire
unifié.
Le Parti a
senti que de prendre part aux négociations était nécessaire pour
gagner la bataille de l'opinion publique. Le PCN(M) est persuadé
que ce front de lutte fait partie de ce que toute force révolutionnaire
doit un jour affronter. Il est vrai que dans l'histoire, il y a
peu de forces réactionnaires qui aient pu l'emporter contre les
combattants de la rébellion par les seuls moyens militaires. Néanmoins,
quand les insurgés-es sont amenés à la table de négociations, ils
y ont presque toujours perdu. Les grands penseurs prolétariens Lénine
et Mao ont analysé les cas où la négociation - ou le refus de négocier
- peuvent servir le processus général de la révolution.
Le PCN(M)
constate qu'il existe deux tendances erronées à propos de la négociation :
l'une est le rejet absolu de toute négociation et l'autre est une
ligne de capitulation. Aucun parti révolutionnaire ne peut se permettre
de mettre en danger la ligne du parti, l'armée populaire, les zones
libérées ou le pouvoir politique que le peuple a arraché par la
lutte. Mao Tsé-toung a résumé les choses ainsi : « La
manière de riposter du tac au tac dépend de la situation. Parfois,
ne pas aller négocier, c'est riposter du tac au tac ; parfois,
aller négocier, c'est aussi riposter du tac au tac. Nous avons eu
raison de ne pas y aller autrefois, nous avons encore raison d'y
aller cette fois ; dans un cas comme dans l'autre, c'est riposter
du tac au tac. Cette fois, nous avons bien fait d'y aller, car cela
nous a permis de démolir les mensonges du Kuomintang selon lesquels
le Parti communiste ne désirait pas la paix et l'union. » (Mao
Tsé-toung, « Sur les négociations de Tchongking », Ruvres
choisies, Vol. IV) (Voir AWTW no 1995/21 pour
connaître le point de vue du Mouvement révolutionnaire internationaliste
à ce sujet.)
Au Népal,
l'objectif de l'ennemi a toujours été de liquider le mouvement révolutionnaire.
C'est ainsi qu'il calcule et recalcule comment il pourrait avoir
la main haute, comment prendre l'initiative afin d'anéantir les
maoïstes ; alors que la tactique des maoïstes consiste à isoler
l'ennemi au maximum, garder l'initiative et combattre l'ennemi du
tac au tac. Les peuples dans le monde entier suivent de très près
et défendent cette expérience.
Un nouveau
déclenchement
Fin 2001-début
2002, la situation a changé considérablement. Après avoir constaté
que l'ennemi avait été démasqué et isolé et que prolonger les négociations
ne servirait à rien, les forces révolutionnaires ont violemment
attaqué trois quartiers généraux de district. L'un d'entre eux n'était
pas seulement celui qui abritait d'importantes casernes, mais c'était
aussi l'endroit où l'Armée royale entreposait les armes nécessaires
à ses opérations dans toute la région occidentale (là où la révolution
était la plus puissante).Ces quartiers généraux ont été attaqués
après que le PCN(M) eût mis en garde le gouvernement réactionnaire
contre son retrait des négociations. Le quartier général du district
de Syangja dans la région du centre a été attaqué à 22 heures.
À Ghorahi, le quartier général du district de Dang, l'attaque a
commencé une heure plus tard, l'ennemi étant donc déjà en état d'alerte.
L'action à Dang a été une victoire totale et a dynamisé le pays
tout entier. Le compte-rendu suivant nous a été communiqué par les
camarades du PCN(M) :
« Il
y avait 175 soldats ennemis et 30 éléments supplétifs de commandos
bien entraînés (soit 205 personnes au total, officiers compris).
Les forces dirigées par le PCN(M) se composaient d'un bataillon
de deux compagnies et de quelques pelotons - en tout 1 335
membres de l'APL et 700 miliciennes et miliciens (c'est-à-dire plus
de 2 000 personnes). Les casernes de l'Armée royale, le bureau
du Superintendant de la police du district, un poste de police (thana),
le bureau du chef de district, le bureau administratif principal,
un camp d'entraînement de la police et une banque, un tribunal de
district, un bureau d'enregistrement agraire et tous les autres
bureaux de district étaient situés à l'intérieur du quartier général
de Dang. Au bureau du Superintendant de la police, il y avait 150
hommes armés ; au poste de police, 45 ; au bureau
du chef de district, 35. Nous avons pris possession de l'ensemble.
L'ennemi était en alerte. Dans la région du centre, l'attaque a
commencé à l'heure prévue. L'attaque a eu lieu une heure plus tard
à Dang, et le quartier général de l'armée avait donné l'ordre d'être
prêts au combat en cas d'attaque des maoïstes. Nous avons donné
l'assaut à 23 heures. Le combat a duré deux heures. Le général
de division a été tué ainsi que 16 autres personnes. Sept camarades
sont tombés au combat. Le reste des soldats ennemis se sont rendus
et ont été remis en liberté. Certains ont déserté.
« Nous
avons saisi un matériel considérable. Nous avions pensé au départ
mobiliser des milliers de gens pour emporter le matériel. Mais il
a été vite évident que ce n'était pas la bonne solution. Nous avons
utilisé des autobus, des jeeps, des tracteurs et des camions saisis
à l'ennemi. Au total il a fallu 30 véhicules pour emporter
le matériel.
« 92 fusils
automatiques, 12 mitrailleuses légères, 2 mitrailleuses
lourdes, 5 canons de 81mm, 3 lance-roquettes, 3 mortiers
de 2 po, 48 mitraillettes, 40 000 cartouches, 9 pistolets
de 9mm et 150 fusils d'assaut de calibre 306 ont été saisis.
Ainsi que des armes que nous ne maîtrisons pas encore. Nous avons
emmené les véhicules un peu plus loin, après quoi il fallait emmener
le matériel à dos d'hommes ou de mule. Tous les véhicules et le
matériel trop lourds pour être emportés ont été détruits, bien que
l'ennemi prétende à grands cris l'avoir récupéré. »
Ces actions
d'une ampleur sans précédent ont éclaté comme un « coup de
tonnerre de printemps » pour le peuple et ont marqué l'ouverture
d'un chapitre nouveau de l'histoire révolutionnaire du pays. Les
camarades du Parti, quand ils se remémorent les dures épreuves traversées
en 1996 - moment où il a fallu faire preuve d'un grand esprit de
décision, d'audace et de sacrifice pour déclencher la guerre populaire
-, parlent de cette période comme ayant été celle d'un « nouveau
déclenchement ».
Cette nouvelle
vague de luttes répondait aussi à cette certitude au sein du Parti
que la révolution ne peut pas stagner, qu'elle devra nécessairement
aller de l'avant sinon elle courra le risque de subir des revers.
La vague d'attaques victorieuses et les succès remportés lors des
affrontements avec l'Armée royale du Népal sont une nouvelle avancée
et un grand bond en avant dans l'histoire du mouvement communiste
népalais.
L'agonie d'une
monarchie moribonde
Après l'échec
des négociations et les attaques spectaculaires des forces révolutionnaires,
la clique de Gyanendra a suspendu de nombreuses clauses de la dite
constitution et imposé l'état d'urgence. Dans la capitale, des personnalités
progressistes furent arrêtées, les réunions de plus de deux personnes
interdites et la presse populaire supprimée. Quand l'état d'urgence
a été déclaré sur tout le pays, la clique réactionnaire nouvellement
patronnée par les États-Unis a annoncé à grands fracas la fin des
maoïstes dans les trois mois. Mais l'Armée populaire de libération,
après quelques opérations militaires victorieuses à l'échelle nationale,
a réussi à infirmer cette propagande. Au cours des huit derniers
mois de l'état d'urgence et surtout en 2002, les engagements entre
l'APL et l'Armée royale sont devenus de plus en plus importants.
L'APL a atteint au cours de ces engagements un niveau de réussite
qualitativement supérieur.
Au cours des
sept ans de guerre, les progrès ont été inégaux selon les différentes
régions : cette différence se manifeste surtout entre les régions
montagneuses et celle du Terai. Mais le plus important, c'est que
l'Armée populaire de libération a pris l'initiative, tant sur les
plans militaire que sur politique.
Dès la déclaration
de l'état d'urgence par Gyanendra, l'ennemi a tenté d'encercler
les principales zones d'insurrection dans la partie occidentale
du Népal, à partir de trois directions. Il a tenté une invasion
de Baglung vers l'est et de Dang et Salyan au sud. De plus, l'ennemi
se mit en mouvement à partir de Surket vers l'ouest. Le but de cette
campagne d'encerclement était d'anéantir les trois districts révolutionnaires
de Rukum, Rolpa et Jajarkot.
La politique
de l'Armée royale était de pénétrer dans les villages d'où les forces
maoïstes étaient présumées absentes. Elle s'est lancée dans cette
politique abominable et barbare consistant à tuer au hasard, plus
exactement « une personne sur dix » en étiquetant les
victimes de maoïstes. C'est-à-dire que pour tuer un maoïste, l'armée
a tué 10 personnes. Dans sa logique réactionnaire, là où il y a
dix personnes, il doit y avoir au moins un maoïste.
L'Armée populaire
de libération a procédé à l'assaut historique des quartiers généraux
du district d'Achham et de l'aéroport de Sanfebagar le 16 février
2002 et elle y a anéanti entièrement les forces de police et de
l'armée. Elle a aussi livré des assauts victorieux sur les camps
de base de l'armée réactionnaire à Lamahi et à Satbaria. Ces attaques
historiques ont enfoncé le régime réactionnaire dans une crise encore
plus profonde. Les réactionnaires ont alors battu en retraite et
ont repris les meurtres de civils.
En mai 2002
se sont déroulées deux batailles-clés. Les camarades du PCN(M) racontent :
« À Lisne,
nos forces étaient concentrées en vue de nous emparer des quartiers
généraux du district à Pyuthan. L'ennemi était sur ses gardes (il
est difficile de ne pas ébruiter un rassemblement de 2 500
personnes). L'ennemi a envoyé trois compagnies, une depuis Pyuthan,
une depuis Rolpa et une troisième depuis le camp de base. Il nous
a encerclés à partir de trois directions. Aussi, quand nous avons
eu vent de cela, nous avons modifié nos plans ; et au lieu
d'assaillir les quartiers généraux du district, les camarades ont
décidé d'affronter les forces ennemies qui approchaient sur le champ
de bataille. Nous avons décidé de diviser nos forces et d'attaquer
chacune des compagnies de l'ARN. Nous avons donc décidé de combattre
sur une ligne intérieure pour encercler l'ennemi.
« Nos
forces avaient appris, grâce à nos services de communications, que
l'ennemi avançait en direction de Lisne pour nous encercler et nous
anéantir. Une de nos sections a harcelé la compagnie qui venait
de Pyuthan. Elle a été mise en fuite et n'a pas cherché à revenir
au combat. Ils se sont conduits en barbares : ils ont dépecé
un enfant de dix ans et violé les femmes. Ils ont contraint une
femme à leur montrer le chemin. Quand ils sont arrivés tout près,
la femme est accourue vers nous. Les violeurs ont été capturés et
condamnés à mort sur demande de la victime. Nous les avons donc
encerclés avec une formation en U - il était 9 heures. L'ennemi
a fui et nous l'avons harcelé. Ils ont abandonné leurs uniformes
et jeté leurs armes. Les masses ont tué cinq fuyards à coups de
pierres. Il est apparu qu'à l'insu de l'Armée populaire, il y avait
un conseiller américain au sein des forces de l'Armée royale. Il
faisait partie de ceux qui se sont échappés en jetant leur uniforme
dans leur fuite.
« L'autre
compagnie qui voulait nous attaquer a elle aussi tenté de fuir,
abandonnant armes et uniformes et se perdant dans le flot. Ils se
lamentaient de leur échec. Les masses applaudissaient et se réjouissaient.
Même nous au début nous n'avons pas réalisé très clairement l'ampleur
de leur défaite, parce qu'il s'agit d'une région éloignée. Nous
n'avons vraiment tout compris que plus tard. L'Armée royale avait
fui après une petite demi-heure de combat.
« Tout
de suite après la bataille de Lisne qui a duré deux jours, l'APL
s'est emparée de Gam, un des camps les mieux fortifiés de l'ARN.
Il semble que les fortifications y aient été élaborées selon des
plans dressés par des conseillers militaires américains. Les forces
de l'ARN ont été anéanties en majorité, et toutes les armes et munitions
ont été saisies. L'ARN est sortie salement démoralisée de ces deux
défaites.
« La
défaite de ces trois compagnies de l'Armée royale, en plein jour,
et la déroute de Gam ont été considérées par le Parti comme un exemple
de l'étape entièrement nouvelle de combat à laquelle nous sommes
parvenus, et dans laquelle la guerre de guérilla reste toujours
un élément constant, et où l'Armée populaire mène une guerre de
mouvement en même temps qu'une guerre de position. Ce qui confirme
la formulation du Parti à propos de l'étape actuelle de la guerre
populaire. »
Vers la fin
du mois d'août 2002 a eu lieu un autre affrontement entre l'ARN
et l'APL à Chalabang Rolpa. Cette bataille a vu l'échec complet
de l'Armée royale. Sur 500 hommes de l'ARN et 450 de l'APL, 13 soldats
de l'ARN ont été tués et 7 guérilleros sont tombés au front. Au
cours de la première semaine de septembre, le PCN(M) a lancé une
série d'offensives. Sandhikharka, le quartier général du district
d'Arghakhanchi, a été entièrement détruit, environ 69 membres de
l'armée et de la police ennemies ont été tués, et des centaines
arrêtés. La veille, un poste de police situé à Bhiman dans le district
de Sindhuli dans la région orientale avait été attaqué alors que
59 policiers avaient été tués. Toutes les armes et munitions, y
compris 60,1 millions de roupies, ont été saisies par l'APL au cours
de ces raids audacieux.
Devant ces
faits nouveaux, le régime s'est lancé dans des campagnes politiques
et militaires désespérées contre le peuple. Sur le plan politique,
il a promulgué l'Ordonnance préventive et punitive contre le terrorisme
et qualifié les maoïstes de « terroristes ». Il a suspendu
y compris même les droits purement formels du peuple. Des journalistes
et des progressistes, révolutionnaires ou pas, ont été arrêtés par
dizaines. Et même des gens qui n'étaient pas progressistes ont été
arrêtés ou molestés. Krista Sen, poète révolutionnaire, artiste
et rédacteur en chef du célèbre magazine hebdomadaire Janadesh
et du quotidien Janaahwan (tous deux étroitement liés au
PCN[M]), est mort sous la torture dans un camp de l'armée gouvernementale.
L'objectif de cet acte abject était d'empêcher le message maoïste
d'atteindre le peuple, de faire parvenir le message comme quoi il
n'y avait « pas de pitié » à l'endroit des sympathisantes
et sympathisants révolutionnaires et de mettre fin aux protestations
populaires contre la sauvagerie de l'Armée royale.
L'un des objectifs
des réactionnaires était de couper les liens entre le peuple et
le Parti, et de « décapiter » la révolution. Ils espèrent
couper le peuple du Parti, capturer des militantes et militants,
isoler la direction, arrêter et éliminer les dirigeantes et dirigeants.
C'est la raison pour laquelle ils ont mis à prix la tête de plusieurs
dizaines de dirigeants du Parti, dans le plus pur style western
du président George W. Bush : « Recherché mort ou
vif ».
En même temps,
en perpétrant d'innombrables crimes à l'encontre du peuple, ils
s'efforcent de pousser l'Armée populaire de libération à s'engager
dans des confrontations jusqu'au-boutistes. Dans le cadre sinistre
de cette guerre contre le peuple, l'ARN a commis des crimes abominables
comme de décapiter les gens et les enterrer dans des charniers.
Comme au Pérou, ils ont tué plusieurs prisonniers politiques qui
avaient été amenés à Lamahi depuis plusieurs prisons dans le pays,
et aussi des sympathisants maoïstes des villages alentour. Après
les avoir exécutés, l'armée a fait courir le bruit que les maoïstes
avaient été tués au cours d'affrontements. Après avoir décapité
les prisonniers, l'ARN a entassé les têtes dans des sacs de jute,
attribué ces crimes aux maoïstes et inventé que les maoïstes avaient
mutilé leurs camarades et amis afin qu'il ne soient pas identifiés.
Dans les campagnes,
l'ARN évite de patrouiller ouvertement partout où elle pense que
les forces de l'APL sont présentes. Un officier de haut rang de
l'Armée royale, Dipak Gurung, a reconnu que la guerre contre les
maoïstes serait une guerre prolongée. Parce que selon lui, si les
milices révolutionnaires fortes de 50 000 hommes se transforment
en armée, il sera très difficile à l'ARN de remporter une victoire
rapide. Cela n'empêchera pas l'ennemi de continuer à rêver jusqu'à
sa mort à une victoire sur le peuple.
La crise atteint
de nouveaux sommets
Les victoires
retentissantes de l'APL sur le champ de bataille ont envoyé des
ondes de choc en direction des classes dirigeantes népalaises et
de leurs maîtres impérialistes. Les États-Unis et le Royaume Uni,
qui sont à l'avant-garde de l'opposition à la guerre populaire,
ont renforcé leur appui à la clique militarisée de Gyanendra.
Le 4 octobre
2002, Gyanendra, au nom de la constitution népalaise a repoussé
aux calendes grecques les élections prévues à l'origine pour le
mois de novembre. Ce qui est un changement qualitatif rapide en
matière de politique au Népal. C'est aussi la fin des mesures formelles
obtenues par le peuple népalais à la suite du soulèvement de 1990.
La clique révisionniste de l'UML s'est trouvée démasquée, elle qui
continue toujours à soutenir la monarchie au Népal.
Cependant,
plus l'ennemi s'efforce de juguler la révolution, plus il provoque
de manifestations de résistance. C'est une loi de la dialectique.
Après l'Opération Romio conduite par l'ennemi réactionnaire, le
Parti a réussi à déclencher la guerre populaire. Après l'Opération
Kilo Sera 2, la révolution a établi des zones de guérilla et
ensuite des bases d'appui. Après la déclaration de l'état d'urgence,
les forces maoïstes ont atteint l'étape de l'équilibre stratégique.
L'ennemi va forcément soulever une pierre qui lui retombera sur
les pieds - en d'autres termes, l'échec de la répression accrue
de l'État pourrait très bien mener les révolutionnaires à instaurer
un gouvernement révolutionnaire de démocratie nouvelle au Népal.
À propos
de la stratégie appliquée au Népal
L'un des traits
caractéristiques de la guerre populaire menée au Népal sous la direction
du Parti communiste du Népal (maoïste) est qu'elle a progressé à
un rythme soutenu et par bonds successifs. La guerre populaire est
une guerre prolongée, du type de celle qui a été préconisée par
le président Mao en Chine, et qui est applicable dans les pays semi-féodaux
et semi-coloniaux comme le Népal où 80 % de la population vit
dans les zones rurales et où les rapports de production sont de
type semi-féodaux. La majorité de la population vit de l'agriculture.
À cause des rapports semi-coloniaux, le développement industriel
est biaisé et ne s'intègre pas dans le cadre économique national
du Népal mais dans celui de l'économie indienne et de l'économie
globale de l'impérialisme. Un autre trait caractéristique du Népal
est que la classe capitaliste bureaucratique est le produit « hybride »
de la classe des propriétaires et de la classe capitaliste compradore.
La stratégie
de guerre populaire prolongée consiste à encercler les villes à
partir des campagnes par la constitution de zones rurales de base,
en arrachant petit à petit le pouvoir aux classes oppressives et
au bout du compte, à s'emparer du pouvoir politique dans tout le
pays. Ce processus se déroule en trois étapes. La première est la
défensive stratégique ; la seconde, l'équilibre stratégique ;
et la troisième, l'offensive stratégique. Au cours de la première
étape, il faut pratiquer la guerre de guérilla, et au cours du combat,
l'armée du peuple développe une guerre de mouvement et de position.
De même, au fur et à mesure que se renforce le nouveau pouvoir politique
aux mains du peuple, l'armée populaire progresse vers un niveau
plus élevé de formation, depuis les escadrons des premières années
jusqu'aux compagnies, brigades et bataillons d'aujourd'hui organisés
au sein de l'Armée populaire de libération et concentrés pour pouvoir
affronter des forces armées ennemies importantes et bien équipées,
au fur et à mesure que se déroulent les différentes étapes de la
guerre.
Dans les documents
de son Troisième plénum historique, le Comité central du PCN(M)
a exposé la stratégie et la tactique militaires de la révolution
népalaise ; il y est stipulé que le Népal a ses spécificités
propres, et que la guerre populaire doit donc également suivre son
cours spécifique. Beaucoup de gens ont argué que dans un petit pays
enclavé comme le Népal, la guerre populaire prolongée ne pouvait
pas se développer et avancer et qu'on ne pouvait pas y construire
de bases d'appui. Le PCN(M) a insisté sur les traits caractéristiques
spécifiques du Népal et comment à cause de ces mêmes caractéristiques,
la révolution s'était développée avec succès. Ces spécificités sont :
un pouvoir étatique féodal centralisé ; un terrain favorable
où des parties importantes de la population vivent dans des zones
reculées avec une faible présence gouvernementale, une pauvreté
endémique, une influence importante du communisme et de l'esprit
révolutionnaire au sein des masses populaires ; et enfin, le
fait qu'un grand nombre de Népalais et de Népalaises travaillant
en Inde, connaissent les idées révolutionnaires et peuvent constituer
une sorte de base arrière d'appui. (On peut trouver ce document
historique du PCN(M) dans AWTW no 1998/23 et dans
The Worker n° 3, 1997). Le Parti a établi que la contradiction
principale au Népal est entre le peuple et l'État réactionnaire,
constitué à partir des féodaux et des capitalistes bureaucratiques
compradores - un État solidement appuyé par l'impérialisme. Ce sont
les représentants de ces institutions réactionnaires qui ont été
les premières cibles quand la guerre populaire a été déclenchée,
ce qui a donné lieu à un débat politique à l'échelle nationale.
Dès les tous
débuts de la guerre populaire, le Parti a insisté sur l'interrelation
qui existe entre la lutte politique et la lutte militaire, dans
le sens où quand l'ennemi lance des attaques militaires, le Parti
ne doit pas se limiter à réagir militairement, il doit aussi répondre
par des attaques politiques ; et quand l'ennemi attaque sur
le plan politique, le Parti peut aussi répondre par des attaques
militaires. Autrement dit, et pour nous résumer, les attaques militaires
doivent avoir une justification politique, et vice-versa. En fait,
« l'intervention politique centrale » à laquelle le Parti
fait référence pour ses initiatives politiques sur une échelle nationale,
s'appuie sur les attaques militaires en provenance d'en bas.
Il y a deux
stratégies essentielles pour développer la révolution prolétarienne
à l'ère de l'impérialisme. Ces stratégies ont été exposées respectivement
par Mao et Lénine. Il s'agit de la stratégie de l'insurrection et
celle de la guerre populaire prolongée. Lénine a appliqué la première
en Russie où il y avait des rapports de production capitalistes
et un prolétariat, et où la contradiction principale était celle
entre bourgeoisie et prolétariat. Les principales caractéristiques
en sont que la direction de la classe ouvrière planifie la stratégie
et la tactique de l'insurrection. La classe ouvrière et d'autres
secteurs des masses populaires prennent les armes et s'emparent
du pouvoir politique. Ils déclenchent ensuite une guerre civile
contre l'ennemi dans l'ensemble du pays, afin qu'après s'être emparé
du territoire petit à petit, le prolétariat conquiert finalement
le pouvoir politique dans tout le pays. Dans les pays semi-féodaux
et semi-coloniaux, la caractéristique de la guerre populaire prolongée
consiste à ce que le prolétariat s'empare du pouvoir politique à
partir des campagnes et par la guerre civile dès le début.
Le PCN(M)
met de l'avant que dans le contexte mondial actuel, c'est-à-dire
d'une polarisation maximum de la propriété sous l'égide du Fonds
monétaire international, de la mondialisation et des programmes
d'ajustement structurel, l'écart irréparable entre les riches et
les pauvres, le développement de l'électronique et des communications,
et avec l'internationalisation du capital et de la classe capitaliste,
l'internationalisation de la classe ouvrière et de la population
pauvre, et essentiellement à un moment où le monde entier en est
réduit à un petit village, l'application d'une stratégie unique
ne peut pas suffire pour faire la révolution dans le monde d'aujourd'hui.
Même si les différences fondamentales entre les deux types de pays
continuent d'exister, le PCN(M) souligne qu'il est nécessaire d'incorporer
des aspects de la stratégie et des tactiques habituellement réservés
pour les pays impérialistes à la stratégie générale de la guerre
populaire prolongée mise en Suvre au Népal et dans d'autres pays
semblables, et vice-versa. C'est ce que le Parti a formulé en termes
de « fusion de l'insurrection et la guerre populaire ».
Les camarades
du PCN(M) savent parfaitement que le Népal n'est qu'un petit pays
sur la carte du monde. Pourtant, depuis 1996 et au cours des sept
dernières années, il est devenu un puissant pôle d'attraction, éveillant
l'espoir du prolétariat mondial, hissant le drapeau rouge sur le
toit du monde et émergeant comme étant une base d'appui de la révolution
prolétarienne. Au XXIe siècle, que ce soit dans un grand
ou un petit pays, aucune force révolutionnaire ne peut être considérée
comme étant négligeable. Comme l'a dit Mao, si nous menons une guerre
juste, aussi puissant que soit l'ennemi, un petit pays et une force
relativement réduite peuvent vaincre un ennemi beaucoup puissant
qui mène une guerre injuste. La guerre au Népal est une guerre internationaliste,
une guerre du prolétariat international.
La situation
actuelle : l'équilibre stratégique
La défaite
infligée par les forces révolutionnaires de l'APL au vieil État
incarné par l'Armée royale symbolise la victoire du peuple sur l'ennemi.
La déroute des troupes gouvernementales n'est que le reflet de la
défaite morale du vieil État après plusieurs « débâcles »
infligées à la police et aux forces de commando retranchées dans
leurs camps fortifiés de type militaire. Cette situation a créé
une impasse entre l'État réactionnaire et la révolution. Ce qui
signifie que la guerre populaire a franchi une nouvelle étape, que
l'équilibre de pouvoir entre le Parti et l'ennemi a été atteint
et qu'il y a eu passage de la défensive stratégique à l'équilibre
stratégique.
En juin 2002,
après une importante réunion, le Comité central du Parti a publié
un document important qui stipule que « malgré le
développement inégal de la guerre populaire qui reflète le développement
inégal du pays, du point de vue de la guerre populaire, nous avons
atteint l'étape de l'équilibre stratégique ; il faut bien comprendre
que les offensives tactiques actuelles préparent l'offensive stratégique ».Cette
situation d'impasse ne peut pas rester telle quelle longtemps, l'ennemi
va désespérément essayer de regagner les positions perdues et le
Parti doit poursuivre son offensive tactique afin parvenir à l'offensive
stratégique. Il s'agit d'une situation d'équilibre, un tournant
crucial et un moment où les forces révolutionnaires et les forces
réactionnaires vont essayer d'inverser la situation en leur faveur
et de pousser l'adversaire vers la défensive.
Comment les
révolutionnaires maoïstes sont-ils parvenus à une telle évaluation
des forces du peuple et de celles de l'ennemi ? Comment le
Parti et les forces révolutionnaires ont-ils atteint l'équilibre
stratégique ? Cela signifie-t-il que les effectifs humains
et en armements soient égaux entre le Parti et l'ennemi ? Non.
L'armée réactionnaire reste supérieure du point de vue des effectifs
et de l'armement. Et au fur et à mesure de la progression de la
guerre populaire, l'ennemi a reçu et recevra une aide accrue des
impérialistes de par le monde. Mais les révolutionnaires maoïstes,
malgré leur infériorité du point de vue du nombre de soldats et
de l'armement, exploitent leur suprématie politique et militaire
sur le terrain. Il est important de noter que le pouvoir politique
que les révolutionnaires maoïstes ont pu créer et maintenir l'a
été grâce à l'Armée populaire de libération et à la mobilisation
des masses populaires. Ce pouvoir se trouve face à face avec celui
du système réactionnaire. C'est un moment crucial pour le mouvement
révolutionnaire.
Le fait qu'il
y ait équilibre stratégique dans la guerre ne signifie pas que la
situation soit la même dans tout le pays. Le Parti analyse qu'au
moment où le pays dans son ensemble est dans une situation générale
d'équilibre stratégique, l'armée réactionnaire dans l'ouest du pays
est sur la défensive stratégique et l'armée révolutionnaire sur
l'offensive stratégique, à la fois sur les plans militaire et politique.
Dans la région du centre, c'est l'armée réactionnaire qui est toujours
à l'offensive alors que dans l'est, c'est une sorte d'équilibre
qui prévaut.
Il est également
important de noter que le pays est divisé en trois grandes zones
de combat : les zones principales, les zones de guérilla et
les zones de propagande. Les zones principales sont celles qui ont
développé un embryon de pouvoir politique rouge ; les zones
de guérilla sont des zones où l'ennemi concentre ses forces et où
le combat, les opérations de blocage et la résistance armée font
rage ; les zones de propagande sont des zones où la propagande
politique ouverte, les activités de masse et la mobilisation des
classes moyennes sont les formes principales de combat pour appuyer
la guerre populaire. La dialectique d'actions victorieuses dans
les deux sphères - attaques armées dans les zones de guérilla
et grèves massives victorieuses dans les zones de propagande - plonge
l'ennemi dans une série de crises politiques profondes. Dernièrement,
les actions de guérilla sont devenues la forme principale de combat
dans les zones de propagande. La guerre de guérilla urbaine se déroule
à Katmandou même, comme une sorte de répétition générale de l'insurrection
à venir pour la prise du pouvoir dans tout le pays.
Le PCN(M)
met toute son énergie pour rompre l'impasse en portant la guerre
à un niveau qualitativement supérieur. Le Parti a longtemps été
handicapé par une conception mécaniste au sein du mouvement communiste
selon laquelle un développement quantitatif entraîne automatiquement
un développement qualitatif. Le président Prachanda écrivait
« qu'au cours de la lutte contre la conception réformiste et
évolutionniste qui prévalait dans le mouvement communiste népalais,
le Parti a contribué en particulier à approfondir la science du
développement de la dialectique marxiste en ce qui concerne la collision,
la rupture, le saut et la catastrophe ». (The Worker
n° 6, p. 10) L'expérience a montré que de nouveaux progrès
vers de nouvelles étapes ont exigé de nouveaux sauts et de nouvelles
ruptures. La nécessité de faire ces ruptures en premier, et de continuer
ensuite à faire des sauts qualitatifs au fur et à mesure de la progression
de la révolution, est une expérience importante pour un parti appartenant
au MRI, et le Mouvement tout entier apprend ardemment les leçons
de l'expérience des camarades népalais.
L'exercice
du pouvoir politique rouge
L'extension
du pouvoir populaire signifie l'extension des zones de bases rouges.
Elles sont « la moelle osseuse de la révolution », comme
l'a dit le président Gonzalo du Parti communiste du Pérou. Comme
tout ennemi du peuple qui ne peut ou ne veut accepter l'installation
et le développement de bases rouges, l'État réactionnaire du Népal
a essayé de tuer la guerre populaire dans l'Suf. Mais contrairement
aux désirs de l'ennemi, la révolution a enfoncé ses racines de plus
en plus profondément au sein des masses populaires.
Le concept
de pouvoir politique et celui des bases d'appui accompagne les cadres
du Parti dans leur sac à dos depuis les tout débuts. Au fur et à
mesure que les forces de police et de l'armée étaient chassées des
campagnes, le peuple s'est trouvé confronté à une situation nouvelle
où les fonctions les plus élémentaires du gouvernement avaient disparu.
Le peuple a besoin de pouvoir pour faire fonctionner les choses,
organiser les conditions de vie et assurer les services de la vie
quotidienne. C'est ainsi que sous la direction du Parti, le peuple
a assumé la tâche de mettre en Suvre de nouvelles instances politiques
qui sont devenues l'embryon du pouvoir politique rouge à la campagne.
Le pouvoir
populaire signifie de donner au peuple un ensemble de pouvoirs dans
les domaines social, politique et militaire pour qu'il gère l'administration
quotidienne de la vie dans les campagnes dans les zones libérées,
et en particulier dans les secteurs administratif, législatif et
judiciaire. Les tâches que le nouveau pouvoir politique doit assumer
comprennent la sécurité sociale, les projets de développement, fournir
un cadre aux échanges économiques entre villageois et à leur développement
culturel et éducatif. Il faut aussi veiller à la politisation et
la militarisation du peuple pour poursuivre la lutte révolutionnaire.
Le PCN(M) a une vue dialectique de la relation entre destruction
et construction. L'aspect principal dans la phase actuelle est en
fait la destruction du vieil État, et la construction du nouveau
pouvoir politique est secondaire, mais cette dernière doit aussi
être entreprise et elle est, en fait, essentielle à la progression
de l'aspect principal.
Au moment
où s'achevait la cinquième année de la guerre populaire en 2001,
l'extension et la consolidation des bases d'appui dans différentes
parties du pays se sont accélérées. Rukum, Rolpa, Jakarkot et Salyan
sont des districts de la région occidentale du Népal où des Comités
populaires révolutionnaires unifiés exercent ouvertement le pouvoir
politique rouge et fonctionnent comme principaux organes de l'administration.
Les principaux journaux de Katmandou donnent régulièrement des nouvelles
de ces zones. Certains de ces comités, qui sont souvent appelés
le gouvernement du peuple, ont invité des journalistes de
tout le pays pour qu'ils participent et fassent des reportages sur
les grands rassemblements ouverts qui s'y déroulent. Le 26 août
2000, le comité de village de Korchawang a organisé un grand rassemblement
ouvert à une distance de trois heures de marche de Liwang, quartier
général de district de Rolpa, où le comité donnait une conférence
de presse le lendemain. L'objectif de la conférence de presse était
de faire savoir dans tout le pays que le comité populaire fonctionnait
comme embryon d'un gouvernement de démocratie nouvelle au niveau
local. Ces comités exercent localement des activités politiques,
économiques, sociales, culturelles et éducatives et détiennent un
pouvoir coercitif au moyen d'organes tels que les forces armées
du peuple, les prisons et les cours de justice populaires. Les avancées
au niveau du pouvoir politique vont de paire avec le développement
du pouvoir militaire. Si on ne développe pas le pouvoir militaire,
qui est au cSur du pouvoir populaire, pour atteindre des niveaux
plus élevés quantitativement et qualitativement, la consolidation
de ces bases et leur extension pour qu'elles deviennent des bases
relativement stables serait impossible.
Les comités
populaires, qui se composent en général de 11 membres, sont
habituellement élus dans le cadre d'élections organisées par le
Parti sur la base du système d'une combinaison dite de « trois
en un ». C'est là une forme d'organisation qui s'était développée
en Chine pendant la Révolution culturelle dirigée par Mao. Ce système
permet de rassembler des représentants de différents secteurs de
la société. Au Népal, cela se traduit par une combinaison de représentants
du Parti, de l'Armée populaire de libération et d'autres forces
comme des personnalités démocratiques et nationalistes. Des éléments
de la petite bourgeoisie y participent comme représentants de partis
divers. C'est le cas, par exemple, de certains cadres rebelles locaux
issus du Parti du Congrès ou de l'UML. Dans ces élections, les candidats
comprennent des personnalités indépendantes, et aussi des éléments
qui ont appuyé et travaillé auparavant pour des partis comme le
Parti Rashtriya Prajatantra (RPP) et s'opposent aux politiques réactionnaires
de leur Parti. D'autres forces prennent part aux élections et sont
éligibles.
Ces comités
dirigent différents ministères. Parmi les plus importants, il y
a les ceux qui traitent des problèmes de l'administration, de l'économie,
des questions sociales, de la culture, de l'éducation et du développement.
Le développement administratif s'occupe en général des problèmes
juridiques, par exemple des questions concernant la terre, le commerce
et les transactions commerciales et les problèmes qui relèvent des
tribunaux populaires. Des tarifs planchers pour tous les genres
de marchandises sont fixés pour les transactions.
Un des aspects
importants de l'exercice du pouvoir politique rouge dans les bases
d'appui est d'assurer la sécurité de la population. Maintenant qu'existent
ces bases, les comités populaires gèrent leurs propres prisons mobiles
et leurs camps de travail dans lesquels des membres de la police
ayant été capturés, des officiers administratifs corrompus, des
voyous, des vandales et des vigiles sont détenus. Comme à l'heure
actuelle la protection de la nouvelle société est l'aspect principal
de ces camps, ils sont administrés sur la base de principes en totale
opposition aux chambres de torture de la vieille société. Au contraire,
on cherche vraiment à transformer leur pensée et à leur enseigner
à devenir des membres utiles à la nouvelle société.
Compter sur
ses propres forces, et la terre à celles et ceux qui la cultivent
Un des principaux
défis que les forces révolutionnaires doivent relever est le suivant :
c'est celui d'affronter l'ennemi sur le champ de bataille tout en
restructurant les rapports économiques afin non seulement de répondre
aux besoins de la guerre populaire mais aussi de poser les bases
d'une économie autonome au service des intérêts du peuple. Ce qui
signifie d'en finir avec les rapports économiques qui ont entravé
l'économie népalaise et l'ont modelée pour satisfaire les besoins
du marché indien et de l'ensemble du système impérialiste. Cela
sera impossible si les Népalaises et Népalais ne sont pas en mesure
de créer de nouvelles formes d'organisation économique qui vont
à la fois appuyer de nouvelles avancées de la guerre populaire et
garantir qu'un Népal révolutionnaire puisse résister à un embargo
économique contre-révolutionnaire, et même éventuellement contrer
une invasion directe.
La question
agraire est au cSur de l'économie du Népal. La plupart des terres
fertiles, dans les plaines, sont celles dites du Terai. Elles se
situent au Népal méridional et s'étendent d'est en ouest tout au
long de la frontière avec l'Inde. Ces terres ont été longtemps propriété
de la famille royale et de ses nombreux parents (les Ranas). La
majeure partie de ce qui reste de terres cultivables ont été monopolisées
par des bureaucrates de haut rang. La politique du Parti est d'exproprier
ces terres et de les redistribuer aux paysans conformément au principe
« la terre à celles et ceux qui la cultivent ».
Au fur et à mesure que progressait la guerre populaire et que se
développaient les bases d'appui, la plupart des propriétaires terriens
féodaux locaux ont abandonné leurs terres et fui vers les villes.
Certaines terres ont aussi été directement arrachées à l'ennemi.
Toutes ces parcelles et d'autres propriétés sont remises aux paysannes
et paysans, principalement aux paysans sans terre qui ont la priorité,
et aux paysans pauvres. Le reste des terres expropriées est destiné
à la production en coopérative. Ce qui signifie que la production
sur ces terres se fait sur une base coopérative.
L'application
des méthodes de l'agriculture coopérative va de pair avec la mise
en Suvre par les comités populaires d'une production collective.
Les villageoises et villageois sont amenés à favoriser un système
d'agriculture collectif, et la « Commune de Juni » a été
organisée sur le modèle de l'agriculture collective.
Dans la région
occidentale du Terai, la majeure partie de la terre est cultivée
par les Tharus, une communauté népalaise habitant dans le midi.
Les propriétaires terriens féodaux réactionnaires se sont emparés
de leurs terres et les ont réduits à travailler comme des esclaves,
ou kamaiyas, sur leurs propres terres. Aujourd'hui, ces kamaiyas
se sont dressés sous la direction du PCN(M) et combattent pour abattre
le système des propriétaires fonciers et récupérer leurs terres.
Au moment
même où se déroulait ce mouvement au Terai et qu'il atteignait son
plus haut niveau, le Parlement a déclaré « la suppression du système
d'esclavage Kamaiyas Pratha. ». Mais les véritables
transformations ne se font pas dans les salons des riches et des
puissants, et cette décision issue de l'aristocratie n'a pas eu
d'effet magique. Si on ne s'attaque pas aux problèmes profondément
enracinés des rapports de production dans la société, il n'y aura
pas de solution aux problèmes des Tharus. L'abolition formelle du
système kamaiya sans lui apporter une solution de rechange
viable n'a fait qu'ajouter de nouveaux problèmes pour les paysans
sans terre et les paysans pauvres. Cette tentative réactionnaire
de semer la confusion au sein de la population Tharuu dans sa majorité,
et de la détourner du chemin de la révolution maoïste a essuyé un
échec retentissant au fur et à mesure que s'approfondissaient les
contradictions entre propriétaires et paysans sans terre. À l'heure
actuelle, l'ensemble de cette communauté applaudit avec enthousiasme
à l'appel maoïste « la terre à celles et ceux qui la travaillent ».
La raison de ce ralliement est que le problème agraire a été traité
correctement et que la ligne de masse qui poursuit inlassablement
sa politique de politisation et d'armement des paysans a été appliquée.
Puisque la
tâche actuelle du Parti est de bouleverser les rapports de production,
la mesure essentielle dans le domaine de la production a été de
développer un système économique autosuffisant en mobilisant toutes
les ressources locales. C'est dans ce cadre que sont nées dans les
bases d'appui de petites industries qui travaillent avec les matières
disponibles environnantes. La production y est orientée vers la
satisfaction des besoins immédiats et élémentaires du peuple. Ces
entreprises produisent principalement le matériel nécessaire à la
guerre populaire ainsi que des biens d'usage personnel courant,
par exemple des bonnets, des chaussettes, des gants, des pulls,
des châles, des draps, des sacs et du papier.
De nombreux
problèmes trouvent leur solution dans le cadre de perspectives nouvelles
jamais envisagées auparavant. La production d'alcool a en général
été interdite, non seulement parce que l'alcool signifie la plupart
du temps ivresse et femmes maltraitées, mais également parce qu'elle
gaspille de très grandes quantités de céréales. Et les céréales
sont prioritairement destinées à l'alimentation du peuple et des
soldates et soldats de l'armée de libération.
« Du
passé, faisons table rase »
La culture
populaire est un facteur essentiel de la transformation et de la
révolutionnarisation de la société. Si on n'installe pas de révolution
culturelle dès le début, il sera impossible d'élever la conscience
des masses et de changer leur conception du monde pour lui faire
atteindre à peu près la même longueur d'onde que celle des militantes
et militants révolutionnaires. Pour cette raison, les révolutionnaires
maoïstes doivent enseigner et mobiliser les masses sur les plans
idéologique, politique et culturel dès le début du mouvement, et
plus encore au moment où la société révolutionnaire commence à s'installer.
De grands changements se produisent à cet égard dans les bases d'appui.
Les masses révolutionnaires sont en train de rompre avec les coutumes
archaïques, pourries et oppressives (par exemple les mariages arrangés
et le harcèlement sexuel) et elles adoptent des pratiques libératrices.
Les anciens tabous sur le remariage des veuves, le mariage inter-castes
et le mariage d'amour sont aujourd'hui contestés dans les bases
d'appui.
Dans les zones
rouges, les fêtes révolutionnaires remplacent les vieilles festivités
basées sur les religions. Selon la tradition Hindoue, il y a d'innombrables
rites et rituels religieux. Dasain et le Tij étaient
les principales fêtes célébrées par la population avant l'instauration
du pouvoir politique rouge. Avec le prestige grandissant des festivités
révolutionnaires, la célébration des anciennes fêtes a beaucoup
décliné. Le peuple les abandonne et crée une nouvelle culture. Le
Premier Mai, journée internationale du prolétariat, tout comme les
anniversaires de naissance de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao
sont devenus d'importantes célébrations dans les bases d'appui.
La date historique du déclenchement de la guerre populaire (le 13
février), le Jour des Martyrs et la Journée internationale des femmes
sont aussi devenus des jours importants. Face à cet abandon des
vieilles coutumes archaïques, les réactionnaires ont fulminé et
tempêté parce que « les femmes sont portées aux nues »,
que « les relations chaleureuses entre frères et sSurs volent
en éclats quand la propriété des parents est partagée entre la fratrie »
et parce que « les intouchables peuvent entrer dans la cuisine ».
Irritées par ces divagations réactionnaires, les masses s'en prennent
avec une vigueur décuplée aux rapports sociaux et aux autres pratiques
dépassées, jusqu'à leur complète éradication.
Les gens sont
de plus en plus nombreux à comprendre que la religion est l'« opium
du peuple », comme Marx l'avait observé. Ils commencent aussi
à comprendre que les croyances hindoues offrent un véritable appui
idéologique et politique à la monarchie féodale. Ils commencent
également à voir que la religion reproduit et renforce toutes sortes
de pratiques fondamentalistes, en particulier celles qui ont des
traits particulièrement inhumains, comme la division de la société
en castes. La religion hindoue est particulièrement cruelle et perverse
sur ce point. Elle prétend que la misère et l'oppression que subissent
certaines et certains est le châtiment des péchés commis dans une
vie antérieure, alors que le luxe et les privilèges des castes supérieures
sont une récompense pour leur bonté passée. En encourageant ces
divisions, les classes exploiteuses perpétuent la condition d'asservissement
des masses les plus humbles. Depuis le début de la guerre populaire
et avec le développement des bases d'appui, les gens ont commencé
à rejeter la religion et à redécouvrir leur propre humanité.
Dans leur
travail auprès des masses, les combattantes et combattants de l'Armée
populaire de libération prennent part aux activités de production,
à la politique et aux activités militaires. L'analphabétisme se
révèle être un ennemi qu'il faut éliminer. Des campagnes de lutte
contre l'analphabétisme ont été menées parmi les masses, en particulier
chez les adultes, ainsi que des campagnes d'information sanitaire.
Avec l'émergence
de ce pouvoir politique rouge embryonnaire dans les campagnes, le
PCN(M) a porté une attention toute particulière au respect des droits
des minorités nationales. Le droit des peuples à disposer de leur
sort est strictement respecté. Partout où vivent des minorités nationales
(janajatis) et où le vieil État a été balayé, elles exercent
leur propre pouvoir. Ainsi, depuis le moment où le pouvoir leur
a été arraché des mains, c'est-à-dire depuis l'unification du pays
en un seul État-nation à la fin du XVIIIe siècle,
les peuples sont engagés pour la première fois dans un processus
de construction de leur propre avenir. Les camarades janajati
jouent un rôle prépondérant dans les affaires du Parti. Partant
de là, la domination de la nation khash (la caste dominante au Népal,
formée à l'origine par les habitants de la région du Khash située
à l'ouest du Népal) est en train de disparaître. La combinaison
des « trois en un » dont nous avons déjà fait mention
est appliquée dans les comités populaires pour construire le pouvoir
politique rouge. Ceux-ci sont constitués sur la base de l'alliance
ouvrier-paysan. Les représentants des forces nationalistes et démocratiques
y sont actifs, conjointement avec des représentants du Parti et
de l'armée populaire.
Le PCN(M)
a dirigé la mise en place de cours de justice populaire dans les
bases rouges. Dans l'ancienne société, le peuple souffrait du pouvoir
des officiers gouvernementaux, des propriétaires féodaux et de leur
capital usuraire. La terre des paysans pauvres était confisquée
par les propriétaires terriens, et de nombreux pays |