Dangers
et Opportunités:
Saccage
global américain et résistance populaire
Par FATIMA RESOLUCAO
1.
Un nouveau chapitre souvre
Le
mardi 11 septembre 2001 peut sinscrire dans lhistoire comme le
jour où les Etats-Unis ont déclaré la guerre au monde. Comme lincendie
du Reichstag en Allemagne nazie,1 « les événements du
jour » ont au minimum fourni une occasion attendue impatiemment
de mettre en Suvre les actions déjà en préparation. Georges Bush,
qui depuis longtemps avait commencé à constituer un cabinet de
guerre, a fait un pas en avant en annonçant un nouveau consensus
unissant la majorité de la classe dirigeante américaine. Le but
est sans précédent: un monde, un empire.
La
tentative de lAmérique de restructurer les relations dans le monde
par la force est la caractéristique principale de la politique
actuelle, dans les pays où les militaires américains tuent déjà
les gens ou sy préparent, mais aussi dans le monde entier. Par
conséquent, une ombre tragique plane sur les différents aspects
de la vie sociale, y compris le cinéma et le sport, comme on la
constaté lors des jeux olympiques politiquement dominés et assoiffes
de sang, de Salt Lake City.
Laspect
principal de cette politique est quelle représente un nouveau
niveau de violence ouverte contre les nations et les peuples opprimés.
Les Etats-Unis sont en selle pour jouer « le gendarme du
monde » dune façon qualitativement nouvelle, employer leur
capacité à déployer leur force militaire globale pour mettre
en Suvre et organiser lexploitation mondiale par lintervention
militaire, dans des proportions qu aucune autre puissance ne peut
égaler. Bush a annoncé que lAmérique nest pas tenue de respecter
les droits des nations opprimées. Il a déclaré une guerre illimitée
à ceux qui ne « partagent pas nos valeurs » - cest-à-dire
se plier au diktat américain.
Au
mépris de la souveraineté, du droit international ou de toute
autre contrainte, les Etats-Unis envoient leurs forces armées
et déclarent leur privilège de mettre en place et de renverser
des gouvernements dans le Tiers-Monde à volonté pour faire prévaloir
leurs intérêts. Lautre aspect de cette politique est que cette
croisade est aussi dirigée contre les anciens "alliés"
des Etats-Unis. En tentant de stabiliser l « environnement
mondial des affaires », les Etats-Unis agissent dans lintérêt
de tous les pays capitalistes monopolistes, grands et petits.
Mais en même temps, quoique Bush ait jusquici pris garde déviter
lisolement, la plupart des puissances autrefois considérées comme
alliées des Etats-Unis ont été réduites au statut de membres de
coalitions ad-hoc, ladmission se faisant selon le bon plaisir
de lAmérique et à la condition quelle conserve la part du lion
dans le butin. Aujourdhui, même lOTAN est réduite à lombre delle-même.
Pour
les peuples du monde, le danger dans cette situation est évident.
Limpérialisme, par le leadership auto-imposé des Etats-Unis, veut
intervenir directement, et est davantage en mesure de le faire,
partout où ses intérêts lexigent, appliquant une force concentrée
à une échelle jugée impossible jusquà ces dernières années, et
en appliquant aussi la répression interne dune manière considérée
encore récemment comme trop coûteuse en termes politiques.
Bien
que les peuples du monde soient la cible ultime des impérialistes,
jusquici leurs cibles immédiates étaient en grande partie danciens
laquais et autres réactionnaires mineurs ayant échappé à leur
contrôle à un degré ou un autre. Cela a contribué à semer la confusion
et même le cynisme, puisque les masses se trouvent confrontées
à un choix qui nen est pas un. La mobilisation de la puissance
militaire impérialiste sous le leadership américain et la situation
politique concomitante (incluant un mélange de confusion et de
crainte, et même de démobilisation au sein de certaines forces
dopposition) signifie que dès maintenant, nous faisons face à
un formidable ennemi piaffant dimpatience de se battre, au moins
là où il peut le faire sur des bases favorables.
La
bataille contre les masses révolutionnaires et les guerres du
peuple sont des terrains défavorables pour les impérialistes et
ils le savent - ce qui est en partie une des raisons pour lesquelles
les impérialistes ont accueilli le 11 septembre comme une occasion
toute particulière à saisir. Mais peu importe ce quils peuvent
vouloir, ils se font la cible des contradictions mondiales et
unissent les peuples du monde contre eux. Ils démontrent de nouveau
aux masses populaires que, comme lexprimait Mao, « le pouvoir
politique est au bout du fusil ».
Les
impérialistes américains sont décidés à saisir les occasions fournies
par le déséquilibre sans précédent des forces militaires dans
le monde daujourdhui, mais les dangers auxquels ils font face
sont eux aussi historiques. Ils comprennent que pour atteindre
le nouvel ordre mondial auquel ils rêvent, le monde devra dabord
passer par beaucoup de désordre.
Ils
sy préparent, sapprêtant même à écraser la résistance dans leur
propre "patrie". Mais cest un pari dangereux, et même
quelque peu désespéré. Sils ne réussissent pas à souvrir la voie
à la dynamite vers la « domination tous azimuts », selon
les termes du Pentagone, dans les domaines militaires, politiques
et, en fin de compte, les sphères économiques, alors ils risquent
de tout perdre. A long ou même moyen terme, lhégémonie américaine
sur les autres impérialistes ne peut pas durer.
Comme
la dit carrément un représentant français lors dune discussion
sur les relations américaines-européennes actuelles, « Cest
inadmissible ». Encore plus important, la lutte de lAmérique
pour un nouvel ordre mondial remet en question toutes les relations
de pouvoir actuelles, semant le trouble et engendrant et focalisant
la résistance à une échelle mondiale. Le maelström né de ces
diverses contradictions risque de faire perdre le contrôle de
la situation par les impérialistes dans leur ensemble, y compris
aux Etats-Unis, seul lavenir dira qui sortira victorieux de ces
futurs chaos et tempêtes.
2.
1989-2001: Léconomie, la politique et les
armes de la mondialisation
La
politique est lexpression concentrée de léconomie, comme la dit
Lénine, et la guerre est la continuation de la politique par dautres
moyens. Les objectifs de guerre américains ont peu de chose à
voir avec la chute du World Trade Center et beaucoup à voir avec
le commerce mondial et linvestissement global.2 Le
système impérialiste na pas changé fondamentalement depuis la
fin du dix-neuvième siècle, quand lindustrie et le système bancaire
ont fusionné pour former le capitalisme monopoliste et que les
pays riches sont passés sous la coupe dune poignée de magnats
financiers.
Depuis
lors le monde a été marqué par la compétition la plus acharnée
entre des monopoles rivaux et des pays capitalistes monopolistes,
lexportation de capital à la recherche dun niveau de profits impossible
à obtenir dans les pays impérialistes mêmes, le partage du monde
entre les pays impérialistes et les pays quils oppriment, la division
du monde entre grandes puissances, et la lutte constante des pays
impérialistes pour un repartage du monde qui leur soit plus favorable.
Et,
point de la plus haute importance dans lanalyse finale, la situation
est marquée par lémergence de la révolution prolétarienne mondiale.
Cest un système qui vit des ressources naturelles arrachées à
une planète ravagée et plus particulièrement du travail des peuples,
un système qui vit à la fois de lexploitation dans les pays impérialistes
et des superprofits gagnés dans les pays où les salaires sont
maintenus extrêmement bas par la persistance de conditions semi-féodales,
une économie désarticulée, loppression nationale et labsence totale
de droits politiques.
Cest
aussi un système où la paix et le profit sont incompatibles, où
« lordre mondial » sérige et sécroule au rythme de la
mainmise des impérialistes sur leur proie et que leur propre force
relative, constamment changeante, est soumise au test de la guerre.
En bref, cest un système de relations de pouvoir global basé sur
la force. Pendant la période de la « Guerre froide »,
lhégémonie américaine au sein des puissances Occidentales était
incontestée.
Il
y avait deux blocs rivaux relativement bien définis, et de part
et dautre un seul pays capable de mener une guerre nucléaire.
Quelques pays européens navaient peut-être pas apprécié de jouer
lassocié de seconde zone des Etats-Unis, mais la seule alternative
serait de jouer lassocié de seconde zone de lURSS -et même ce
genre de revirement nallait pas être toléré.3 De même,
les pays opprimés étaient, pour la plupart, clairement divisés
entre les deux blocs et lécart le plus léger par rapport à cette
ligne a amené des réactions brutales. Quand lélection dAllende
au Chili en 1970 a menacé détendre linfluence soviétique en Amérique
Latine, Washington a déchaîné des tueries en masse.4
Et puis soudain, un bloc super-puissant sest recroquevillé comme
la toile daraignée sous lallumette.
En
termes simples, lURSS exerçait un contrôle militaire et politique
ou une influence sur une grande partie du monde, mais manquait
de ressources en capital suffisantes pour en profiter pleinement.
LOuest quant à lui, ne pouvait pas profitablement exporter de
capital vers les régions où il navait pas le contrôle politique
et militaire nécessaire (comme lInde, par exemple) et ses options
économiques étaient limitées par la nécessité déviter la confrontation
avec ses rivaux soviétiques (en Europe de lEst, par exemple.)
La chute de lURSS, une victime à bien des titres du bouillonnement
de crise économique sous-jacent partout dans le système impérialiste,
Est et Ouest confondus, a fait sauter des dispositifs géopolitiques
autrefois gelés dans de grandes parties du monde.
Cela,
et lapplication de nouvelles technologies développées en grande
partie pour la préparation de la guerre mondiale qui se voyait
soudain accorder un sursis, a lâché la bride à de nouvelles occasions
dexpansion mondiale. Elles ont apporté une décennie de prospérité
à quelques-uns quelque part, et une aggravation dramatique de
la misère à des milliards dautres. La chute de lURSS a produit
les conditions politiques pour un bond qualitatif des tendances
économiques déjà en cours.
Désormais
le capital impérialiste pouvait pénétrer plus méthodiquement
de nombreux marchés mondiaux, exploiter la main dSuvre là où il
ne pouvait pas le faire auparavant et le faire bien plus intensément.
Ce qui a été désigné par beaucoup sous le terme de « mondialisation ».
La
fabrication et la distribution pouvaient être organisées dans
le monde entier à une nouvelle échelle; le capital financier a
commencé à couler par delà les frontières nationales à une vitesse
et dans des proportions sans précédent; et même les politiques
macro-économiques pouvaient être coordonnées entre puissances
impérialistes et imposées aux pays dépendant deux. LIndonésie,
la Thaïlande, la Corée et les autres pays du Sud-est asiatique,
considérés comme "les success stories" du développement
mondial dans les années 1990, par exemple, ont pu sembler posséder
leurs propres industries et économies, mais quand le capital financier
impérialiste fut brusquement retiré de ces pays et réorienté vers
dautres à la recherche de nouvelles occasions spéculatives, lécroulement
résultant a été très révélateur quant aux relations sous-jacentes.
Lexportation
de capital a longtemps été une caractéristique du système impérialiste,
à la fois sous forme directe, par exemple la propriété du réseau
ferroviaire en Inde pour les Britanniques, les compagnies françaises
pour les plantations dhévéa et les Belges pour la propriété
des mines du Congo, et sous forme indirecte, par exemple les prêts
privés et publics qui saignent à blanc les travailleurs dun pays
et permettent au capital financier étranger dextraire le bénéfice
sous forme dintérêt même là où il na pas la propriété formelle
des moyens de production.
Mais
le capital impérialiste ne sest pas limité à lagriculture et aux
matières premières, ni au contrôle indirect de la production
pour le marché local (sous le masque frauduleux de la "substitution
dexportation" là où le gouvernement local contrôlait la production
mais où le capital impérialiste était le chef dorchestre et raflait
les bénéfices). Le capital impérialiste est passé à une réorganisation
mondiale du travail pour le marché mondial.
Très
souvent cela implique linvestissement étranger direct (par exemple,
les manufactures en Chine possédées par les Américains et les
Japonais). Une autre forme de plus en plus courante est « la
sous-traitance », dans laquelle la fabrication individuelle
de parties et de composants et parfois même de chaînes de production
entières relèvent d"entrepreneurs indépendants" du Tiers-Monde
qui dépendent entièrement de limportation de marchandises et
de capitaux Occidentaux.
Dans
ces cas, le « client » impérialiste est roi ; il
contrôle tous les aspects du processus en temps réel et en détail
aussi sûrement que McDonald contrôle les succursales de vente
au détail de ses franchises soi-disant indépendantes. Maintenant
dimmenses multinationales mais aussi des sociétés moyennes et
même quelques menus fretins capitalistes Occidentaux peuvent jouir
du privilège dexploiter des hommes, des femmes et des enfants
dans le Tiers-Monde.
Avec
lavènement des communications numériques, de nouveaux secteurs
ont été créés pour pomper des profits vers louest. Un des plus
dynamiques est constitué par "les services externalisés daffaires".
Toutes sortes de sociétés ont établi des centres dappel de service
« extraterritoriaux » (« offshore »), des
usines à saisie de données, des parcs de développement de logiciels,
etc. Ainsi une bonne partie du travail "darrière bureau"
autrefois exécuté avec des niveaux de salaire Occidentaux coûte
maintenant beaucoup moins cher, grâce au retard et à la misère
dans laquelle ces pays sont dans lensemble maintenus, avec des
profits accrus pour les sociétés impliquées et pour le capital
impérialiste dans son ensemble.
La
prospérité liée au « Clinton boom » était réalisée non
pas à Wall Street ou Silicon Valley, mais dans les usines de sous-traitance
le long de la frontière du Mexique, les usines dans « les
zones franches » au sud-est de la Chine du sud-est et de
la République Dominicaine, les boutiques à faire suer [sweatshops]
où lon fabrique des vêtements en Turquie et au Bangladesh, les
centres de composés électroniques pour ordinateurs dans le Bangalore,
etc.. Cette prospérité a aussi son origine dans la polarisation
accrue du prolétariat paupérisé dans les pays impérialistes, peut-être
dans les proportions les plus dramatiques aux Etats-Unis même.
Cependant,
ce développement mondialisé sest heurté à plusieurs problèmes
intimement reliés mais différents dans les sphères économiques
et politiques. Le premier a un rapport avec les lois du capitalisme
lui-même comme système dont la survie dépend dune exploitation
toujours plus vaste et intensive. Malgré la prospérité réelle
pour certains et la propagande pour tous quant au boom des années
1990, malgré les avancées avérées dans la croissance et la rentabilité
du système impérialiste en général, par comparaison avec la période
du début des années 1970 jusquà la fin de lURSS, le taux de croissance
mondial na jamais retrouvé les moyennes des trois décennies qui
ont suivi la Deuxième Guerre mondiale. Le niveau relativement
bas de la rentabilité globale reste un obstacle sérieux pour lavenir
de lexpansion. Vers la fin de la décennie il est devenu clair
que le « Clinton boom » ne pouvait pas être maintenu
sans un nouveau bond qualitatif dans la pénétration des pays opprimés.
De
plus, pour les Etats-Unis, comme pour nimporte quel capitaliste,
le problème nest pas la rentabilité globale du système, mais leur
propre part des profits. Les capitaux européens et japonais talonnent
les Etats-Unis comme jamais auparavant. Les Etats-Unis comptaient
pour moitié dans la production mondiale en 1950; vers 1996 cette
part était tombée à 20 pour cent. Ce chiffre nest pas un reflet
exact de la situation, car le capital américain contrôle un beaucoup
plus grand nombre de productions ailleurs dans le monde. Mais
il est devenu évident que la force économique américaine à elle
seule ne peut pas lui permettre darracher une plus grande part
de marché et des opportunités dinvestissement des autres joueurs
impérialistes. Même dans sa propre sphère historique dinfluence,
lAmérique Latine, le capital américain ne jouit plus du tout
dune position5 frisant le monopole.
En
même temps, le processus de mondialisation lui-même a engendré
des remous et de la résistance. La pénétration du capital impérialiste
déchire le tissu social pays après pays, sapant la base économique,
sociale et politique des régimes dont cette pénétration dépend.
Certaines caractéristiques de cette situation sont communes à
travers le Tiers Monde.6 La force du capital impérialiste
et son chambardement des barrières du marché a fait passer certains
pays, de lautosuffisance céréalière à la dépendance des importations,
pendant que dans dautres, les paysans ont été ruinés par limportation
de blé et de produits du blé. Dans de nombreux pays les classes
moyennes par pans entiers voient les promesses offertes par la
mondialisation se dégonfler comme des baudruches.
Elles
ont la télévision par satellite et des cafés Internet, mais aucun
espoir du tout daccéder au genre de vie que montrent les séries
télévisées américaines et, parfois, pratiquement aucun avenir
tout simplement. Même parmi les classes supérieures on éprouve
un sentiment croissant dhumiliation. Par exemple, comme chacun
le sait maintenant, une partie des classes supérieures dArabie
Saoudite ont trouvé intolérable la dégradation de leur condition
imposée par les Etats-Unis.
Il
sest avéré difficile de remplacer certains des régimes clefs qui
pendant des décennies ont maintenu leur pays hors risques pour
limpérialisme. Suharto en Indonésie, par exemple hissé au pouvoir
par la CIA sur les cadavres de milliers de communistes et autres
personnes, avait été une base dattache pour les EU dans le Sud-est
asiatique. Lintégration croissante de léconomie de lIndonésie
au système dinvestissement et de capitaux impérialistes, qui devait
être une source de stabilité et aussi de profits, a créé au contraire
une instabilité plus grande. Quand le régime sest écroulé sous
la force des émeutes et des combats de rue, les EU ont installé
une nouvelle marionnette, mais le système dalignement de classe
et de cliques dont la domination américaine dépendait na pas pu
être remis en place comme auparavant. La chute de Mobutu au Zaïre
a posé des problèmes semblables aux impérialistes.
Le
Mexique, lAlgérie (particulièrement le peuple Kabyle) et la Corée
du Sud ont été aussi balayés par la rébellion et les émeutes.
Au Moyen-Orient, la détermination des Palestiniens à être reconnus
en tant quêtres humains à nimporte quel prix a transformé la structure
entière de domination impérialiste à travers Israël et les compromis
avec les régimes pétro-dépendants en un problème insoluble pour
les impérialistes. LAmérique du Nord et lEurope ont assisté à
des protestations dune ampleur et dune combativité anti-mondialisation
sans précédent au cours des dernières décennies.
Linstabilité
grandissante, le mécontentement croissant, les vagues de résistance
et, en certains endroits, la lutte armée et même la guerre populaire
- correspondent à une description exacte du monde à la veille
du 11 septembre. Comme le Mouvement Internationaliste Révolutionnaire
(MRI) en a fait lanalyse en 2000, « Même si nous nobservons
pas encore cette même grande marée de luttes révolutionnaires
à léchelle mondiale que nous avons vue dans le passé et que nous
reverrons certainement, nous pouvons parler avec certitude de
lémergence dune nouvelle vague de la révolution prolétarienne
mondiale. » (« Interview avec le Comité de la MRI »,
AWTW 2000/26.)
Tous
les impérialistes ont dû affronter des problèmes semblables, à
divers degrés, les empêchant de simplement envoyer des troupes
pour « écraser les autochtones ». Tout dabord, la plupart
dentre eux en étaient incapables même sils le désiraient - leurs
forces militaires avaient été structurées pour se battre dans
le cadre dune guerre inter-impérialiste mondiale, et spécifiquement
contre lUnion soviétique et pas, comme nous le verrons, pour le
genre de guerres quils doivent en réalité engager.
En
relation avec cela, tous, de différentes façons, ont à faire face
à des sentiments populaires exacerbés contre ces sortes de guerres,
un legs, entre autres choses, des guerres coloniales longues et
perdues menées dans les années 1950 et 1960, au Vietnam. particulièrement
Mais
la nécessité dune intervention impérialiste plus directe était
devenue de plus en plus évidente pour tous. Pendant la plu part
des années 1990, ces interventions se firent sous le prétexte
"de tâches humanitaires" et de la protection « des
droits de lhomme". En France, a surgi le concept "du
droit dingérence », ce qui signifie que la souveraineté nationale
dans certains pays est considérée comme secondaire par rapport
à limportance universelle des droits de lhomme.
La
signification pratique de ce concept dans la situation mondiale
actuelle sest concrétisée quand le fondateur de Médecins sans
Frontières, Bernard Kouchner, ex-homme de gauche français, a été
nommé administrateur civil de loccupation de lOTAN au Kosovo.
Le
Monde Anglo-Saxon est, comme dhabitude plus direct: la traduction
anglaise « du droit dingérence » est ce que le chantre
du colonialisme britannique, Ruidyard Kipling, appelait « le
fardeau de lHomme Blanc ». Cette idée est maintenant réutilisée
avec un vernis humanitaire comme le devoir douloureux de lOuest
de diriger des nations moins avantagées.
Quelques
analystes ont commencé à faire circuler le terme de « re-colonisation »,
symbolisée par la visite de Tony Blair en 2002 aux anciennes colonies
britanniques dAfrique. On peut même considérer larrestation de
Pinochet, lauteur du coup détat de 1973 au Chili, comme contribuant
à créer un climat où la supériorité morale auto-proclamée des
pays impérialistes deviendrait supériorité légale ... avec des
implications politiques et militaires subtiles mais très réelles.7
En
même temps, la rivalité entre puissances impérialistes reste un
facteur principal qui empêche que soient imposées des conditions
dexploitation systématique dont elles ont toutes besoin. Cest
flagrant dans le démantèlement de la Yougoslavie, où lAllemagne,
la France, la Russie et les EU ont rivalisé pour le butin8;
dans les horribles guerres par procuration en Afrique Centrale,
guerres où la rivalité américano-française a joué un rôle déterminant
dans les génocides; en Colombie, où lappui européen ponctuel (particulièrement
de lAllemagne) aux mouvements de guérilla a contribué à empêcher
les EU « de pacifier » le pays et « de le rendre
sûr pour linvestissement étranger ». Mais cela semble aussi
être vrai à beaucoup plus grande échelle dans la majorité des
pays du Tiers-Monde - la rivalité entre les impérialistes a été
une entrave à la stabilité politique dont ils ont tous besoin.
La
question des régimes dans les pays opprimés joue un rôle clef
dans tout cela. On ne peut pas mettre le capital local sous
tutelle ni étouffer les aspirations populaires sans disposer des
structures politiques et militaires adéquates. Létat néo-colonial
est le principal système de domination de limpérialisme. Il y
a peu de pays dans le monde daujourdhui où un autre impérialiste
que les EU, puisse imposer son propre régime.
Cest
un fait lourd de conséquences graves en termes dexploitation par
le pouvoir dominant et ses relations avec les autres exploiteurs
impérialistes. Comme Lénine la dit, sous le joug impérialiste,
le monde ne peut pas se diviser autrement quen fonction des forces
militaires respectives des puissances qui le pillent.
3.
Développement inégal
Un
rapport rédigé sous légide du Secrétaire de la Défense américain
Rumsfeld en 2001 prévoyait quun investissement de plus en plus
globalisé produirait un plus grand « élargissement du fossé
entre ceux qui possèdent tout et ceux qui ne possèdent rien »,
mais « la synergie de supériorité dans lespace, avec la supériorité
sur terre, sur mer et aérienne » de lAmérique pourrait « protéger
les intérêts et investissement américains » et leur donner
« un avantage militaire extraordinaire ». Un avantage
contre ceux qui résistent à la mondialisation, dune part. Un
avantage sur les rivaux de limpérialisme américain, dautre part.
Quand
le World Trade Center et le Pentagone ont été frappés, pour la
première fois dans leur histoire, les puissances de lOTAN ont,
pour la première fais, invoqué une clause du traité qui signifiait
quelles considéraient ces faits comme une attaque contre chacun
des Etats membres. Mais quand les EU ont envahi lAfghanistan et
que les autres pays ont tous voulu participer au sinistre banquet,
on leur a dit sans autre cérémonie, « Ne nous appelez pas;
nous vous appellerons. » Les offres faites par la France,
lAllemagne et lItalie denvoyer des troupes ont été dans un premier
temps rejetées. Finalement les EU ont intronisé le Royaume-Uni
responsable dune force clairement non-OTAN et limitée à Kaboul.
Ils se sont gardés tout le reste.
Les
EU ont ensuite envoyé des troupes dans les Philippines, leur ancienne
colonie, sans inviter qui que ce soit dautre, et ont déclaré que
la cible suivante serait lIrak, malgré lopposition à une telle
guerre de presque tous les autre pays membres de LOTAN. Les relations
des américains avec leurs anciens alliés de lOTAN sont devenues
si tendues que le Ministre des Affaires Etrangères de lAllemagne
sest plaint que « les membres dune alliance nétaient pas
des satellites », signifiant ainsi que les EU traitaient
la nouvelle Allemagne unifiée à la manière dont lURSS traitait
lAllemagne de lEst autrefois.
Le
ministre allemand soppose-t-il à la guerre de lAmérique contre
le monde? Comme le reste de ses homologues européens, il la en
réalité appuyée et fait de son mieux pour engager son pays dans
la mêlée.9 Le problème est que les pays européens
ne sont pas en position, militairement parlant, de se joindre
à lattaque des EU avec un impact significatif, et en labsence
de cette puissance de feu, leur aide nintéresse pas les EU qui
utilisent leur supériorité au service de leurs intérêts propres,
sans soccuper de ceux des Européens et même en contradiction avec
eux. Dès lors, les autres impérialistes nont pas dautre alternative
que payer un prix détestable pour un service dont ils ne peuvent
se passer.
Aucun
autre pays ne peut se mesurer avec les EU en termes de « déploiement
de puissance » - la capacité à expédier des troupes et des
matériels rapidement et massivement. Cela inclut maintenant la
Russie - et marque un changement significatif dans le monde depuis
la Guerre du Golfe. Lancienne URSS est en état de décomposition
encore plus avancée et sa puissance militaire sest effondrée car
la base économique sur laquelle elle reposait sest avérée incapable
de la soutenir.
La
débâcle associée au naufrage du sous-marin, le Koursk, par exemple,
a démontre le peu qui restait de ce qui fut de la puissante marine
nucléaire russe.10 Les tentatives de lAllemagne au
début de créer un précédent en envoyant des troupes en Afghanistan
ont été humiliées quand lavion qui devait les transporter est
resté cloué au sol pendant des jours par le mauvais temps.
Cela
sest terminé par lemprunt dIlyushins de fabrication russe pour
transporter des équipements en Afghanistan. En fait, actuellement
du moins, lEurope ne fabrique même pas davions militaires de transport
pouvant rivaliser avec les avions à longue portée transporteurs
de troupes et de chars des Etats-Unis, et si lEurope devait les
acheter à Boeing cela signerait la mort des efforts communs de
lEurope pour concurrencer les efforts des EU de monopolisation
de la fabrication de grands avions (un monopole de signification
stratégique, économique et militaire). Les efforts pour réunir
une force de frappe européenne nont pas abouti jusquici.
Seule
la France a perfectionné sa capacité denvoyer assez de troupes
de forces spéciales pour massacrer et martyriser les petits pays,
particulièrement en Afrique.11 À part la Russie, seules
deux autres puissances, la Grande-Bretagne et la France, possèdent
des missiles nucléaires et une marine nucléaire.12
Aujourdhui, la Grande-Bretagne est le seul allié à long terme
des EU, en raison "de la relation particulière" qui
lie intimement les capitales britannique et américaine.13
Londres est plus proche de Manhattan que de Paris. Quant à la
France, parfois décrite comme ce qui ressemble le plus à lheure
actuelle à un rival des Etats-Unis, son porte-avions nucléaire
unique et emblématique du statut nucléaire de la France, le Charles
de Gaulle, a passé autant de temps en cale sèche pour réparations
quà naviguer sur les mers.
Pourquoi
les dirigeants américains devraient-ils accepter une "politique
de coalition" alors quils ont un quasi monopole des moyens
dintervention militaire massive? Leur budget militaire est plus
élevé que celui de tous leurs rivaux potentiels combinés; leurs
dépenses vont bientôt augmenter de 15 pour cent pour le seul exercice
budgétaire prochain, soit de 50 milliards de dollars, la plus
forte et unique augmentation depuis vingt ans et une somme qui
ridiculise les dépenses militaires de la plupart des puissances
de lOTAN.
À
la conférence internationale de Munich sur la sécurité en février,
le secrétaire général de lOTAN sest plaint que les puissances
européennes étaient en passe dêtre réduites au statut « de
pygmées militaires ». Le « Herald International Tribune »
a rapporté léchange suivant: « quand un participant allemand
a exprimé son malaise face aux menaces américaines contre lIrak,
[le fonctionnaire américain] McCain a rétorqué, -je dirais à notre
ami -allez acheter quelques armes avant de vous en prendre aux
intentions ou à la puissance américaines. »
On
a beaucoup parlé du développement dune nouvelle doctrine militaire
dans laquelle la combinaison de la puissance industrielle pure
(avions géants de transport de troupes, bombardiers à ultra-longue
portée, hélicoptères de guerre et autres avions spécialisés) et
la haute technologie (bombes-scalpel, missiles de croisière guidés
par satellites, « Prédateurs » les « drones »
bien nommés, des communications numériques renforcées ajoutées
à lintelligence électronique pourraient permettre à de petites
troupes dintervention spéciales fonctionnant en conjonction avec
la chair à canon locale de se battre de façon à réduire la nécessité
de coopérer avec dautres impérialistes tout en limitant les pertes
américaines à un niveau bas.
Cest
une doctrine militaire spécifiquement conçue pour se battre dans,
et pour, les anciennes colonies, non pas pour guerre mondiale
inter-impérialistes. Aucune autre puissance impérialiste ne dispose
dun tel appareil militaire et personne, au moins maintenant, ne
peut se permettre la sorte de restructuration rapide de ses forces
armées que ladministration Bush est décidée à réaliser dans les
cinq prochaines années, au prix dun quart de trillion de dollars.
Mais
ce déséquilibre militaire existe en grande partie pour des raisons
historiques, en particulier à cause de la division du travail
militaire développée par les puissances de lOTAN pendant la période
où ils se préparaient à la guerre contre le bloc soviétique en
Europe Centrale, et un tel déséquilibre ne peut pas durer. Les
EU dépensent plus de 3 pour cent de leur produit intérieur brut
chaque année pour les dépenses militaires directes (nincluant
pas les remboursements de prêts pour des dépenses passées, les
pensions militaires, etc). Cest environ deux fois la moyenne
européenne - mais le Royaume-Uni et la France narrivent pas loin
derrière et parfois même étaient devant ces dernières années.
LAllemagne et le Japon sont aussi sur une nouvelle trajectoire.
En fait, la doctrine de Bush peut seulement donner à lEurope et
au Japon une motivation militariste nouvelle.
Le
Président français Chirac a par exemple récemment appelé lEurope
à développer son propre système de positionnement par satellite
européen, appelé Galileo, à un coût considérable, plutôt que se
retrouver dépendant des EU avec son système GPS dans un conflit
militaire, et risquer de devenir, comme Chirac la dit, « des
vassaux » des Américains. Après sa réticence initiale, lAllemagne
a décidé de soutenir cet effort important.
Une
réalité est quéconomiquement, lEurope est plus ou moins légal
des EU et il ny a aucune raison pour que le déséquilibre militaire
actuel continue indéfiniment. Une autre réalité est que pour le
moment un tel déséquilibre existe réellement. Cest une des raisons
pour lesquelles les EU devaient agir, peut-être pas forcément
un jour spécifique de septembre, mais du moins rapidement.
4.
De superpuissance à puissance unique
Un
certain nombre de vieux mordus de guerre maintenant confortablement
installés dans le cabinet Bush ont commencé à théoriser sur un
nouvel ordre mondial dès le début des années 1990. Leur principal
argument est que la reddition du rival principal des EU, lURSS,
a été si facile que les EU ont négligé deffectuer lautre moitié
du travail - en finir avec les problèmes que leurs posaient leurs
« alliés » et faire main basse sur le monde entier.
En
1992, Paul Wolfowitz, actuel assistant de Rumsfeld et L. Lewis
Libby, actuel conseiller à la sécurité nationale du Vice-président
Cheney, ont rédigé un rapport confidentiel à destination du Pentagone
et intitulé « Guide de Politique de Défense 1992-1994 ».
Ce rapport conseillait « dempêcher toute -puissance hostile
de dominer des régions dont les ressources lui permettraient datteindre
le statut de grande puissance, de décourager les tentatives des
nations industrielles avancées de défier le leadership américain
ou de renverser lordre politique et économique établis, et enfin
détouffer lémergence de nimporte quel futur concurrent potentiel
au niveau mondial ».14 Il a inventé lexpression,
« la domination douce » - cest-à-dire douce envers les
autres impérialistes.
Bien
que cette note secrète ait été rédigée juste après la guerre contre
lIrak et peu après lécroulement de lURSS, il nétait plus ni possible
ni nécessaire dappliquer de la même façon les buts postulés il
y a une décennie, à cause des raisons déjà indiquées - le déclin
persistant de la puissance Russe, dune part, le besoin de plus
en plus aigu dintervenir dans le Tiers-Monde et les contradictions
entre les puissances impérialistes de lautre. Mais cette politique
est maintenant celle de la classe dirigeante des EU - au moins
tant quelle paraît marcher.
La
position des auteurs [de ce document] dans le cabinet de Bush,
où les postes clefs sont occupés par des personnalités militaires
ou des civils qui sont des experts militaires perpétuels et des
vétérans "de la sécurité nationale" inféodés à cette
ligne, atteste que cette nouvelle ligne a été consciemment adoptée.
Lavertissement
de Bush selon lequel « Vous êtes avec nous ou contre nous »
sadresse à « lennemi » aussi bien quà lancien « ami ».
Un « officiel de ladministration » américaine non identifié
interprète ainsi les remarques du Général Colin Powell relatives
aux avertissements de certains des anciens alliés des EU au sujet
de linvasion de lIrak: « Un jour, les Européens qui ont des
vapeurs - dont beaucoup ont réellement voulu nous voir pénétrer
en Afghanistan - verront quils ont un choix bipolaire: se rallier
au plan au plan ou dégager. »15 Dégager veut
dire ici ne pas rester dans les pattes des EU, ou disparaître
de la terre. Après la chute du bloc soviétique, on a beaucoup
parlé de lémergence dun monde multi-polaire. Le plan Bush est
une planète uni-polaire. Il ny a jamais eu depuis lAllemagne
nazie doffre plus ouverte pour une hégémonie unique. Ou peut-être
serait-il plus exact de dire pas depuis la fin de la Deuxième
Guerre mondiale, quand les EU ont commencé à chausser les bottes
coloniales, tant celles de leurs anciens ennemis (lAllemagne et
le Japon) que celles de leurs alliés (le Royaume-uni et la France).
Mais ils ont alors dû faire face à un adversaire formidable,
le bloc socialiste mené par lUnion Soviétique, qui sest transformé
plus tard par la contre-révolution en un rival social-impérialiste
(socialiste dans les mots, impérialiste dans les actes) de stature
égale à celle des EU.
Le
processus de désengagement américain des charges internationales
a commencé bien avant le 11 septembre, avec le rejet américain
de presque tous les traités internationaux et conventions imaginables.
Rétrospectivement,
la décision de Bush de se retirer de laccord de Kyoto de 1997
était un de ses premiers messages spéciaux sur les intentions
américaines face à un monde incrédule : les EU naccepteraient
aucune limitation de quelque sorte que ce soit, même sur la question
de leur droit sacré à polluer. Il y avait aussi un message idéologique
- rien nest plus important que le profit, et les décideurs américains
ont autant de mépris pour la planète que pour ses populations.
Un événement également stupéfiant dans la diplomatie internationale
est arrivé quand les EU ont rejeté un pacte international contre
le blanchiment de largent sale et la fraude fiscale.
Les
raisons en ont été révélées plus tard, quand le scandale Enron
a mis en évidence combien lutilisation de banques « extraterritoriales »
non régulées était devenue essentielle au fonctionnement des sociétés
multinationales. Même avant Bush, les EU avaient déjà rejeté
des traités internationaux contre le développement darmes biologiques;
les EU menacent pourtant décraser lIrak pour forcer Saddam Hussein
à accueillir les inspecteurs internationaux darmes de guerre biologiques,
inspecteurs qui sont interdits de séjour sur les rivages américains.
Les EU ont aussi rejeté une convention qui aurait fait de la Cour
Internationale de justice une institution permanente, malgré laccord
américain pour le procès Milosevic devant cette Cour. Les EU ont
objecté quun tel traité pourrait signifier quun jour, des soldats
ou des fonctionnaires américains pourraient être accusés de crimes
de guerre et, ont donc appelé à la suppression de la Cour.
Ladministration
poubelle de Bush a complètement renversé la ligne politique mise
en place par Bush-père et par Clinton sur les armes nucléaires.
Au lieu de détruire les missiles pour égaler le nombre [de missiles]
détruits par la Russie, les EU les mettront de côté sous « bonne
garde » et augmenteront leurs dépenses pour le développement
de nouvelles armes nucléaires. Les Etats-Unis envisagent même
la reprise des essais de bombes nucléaires pour en peaufiner les
réglages. La classe dirigeante américaine a aussi ratifié un autre
projet de Bush, cher à son cSur depuis ses premiers jours de fonction,
ranimer le plan de Ronald Reagan pour un système de missiles anti-balistiques.
À la différence de ses prédécesseurs, Poutine la accepté sans
protester - à la grande consternation des gouvernements européens
continentaux.
Ce
renouveau du besoin américain de ces armes et du système ABM autrefois
discrédité ne vient pas darrières pensées sur les dangers de lancienne
Union Soviétique ou détats "voyous", comme le seul pays
à avoir employé larme nucléaire aime à le dire. A lheure actuelle
aucun état au monde noserait lancer une première frappe nucléaire
contre les EU. Pendant la guerre de Golfe, Saddam Hussein, qui
a souvent été cité comme une raison pour les EU de posséder un
bouclier contre les missiles nucléaires, na même pas osé employer
ses supposées ogives chimiques contre un adversaire beaucoup moins
dangereux, Israël, par crainte des conséquences.
En
conservant des milliers de missiles et en érigeant un bouclier
de missiles anti-balistiques capable de détruire un nombre limité
de fusées, les EU aspirent à neutraliser nimporte quelle tentative
dune des puissances nucléaires mineures demployer des armes nucléaires
pour résister à une invasion américaine conventionnelle, et se
mettent ainsi en position de déchaîner une première frappe nucléaire
sans crainte de représailles.16
En
résumé, les EU ont ouvertement proclamé sans la moindre pudeur
quil feront ce quils considèrent nécessaire pour servir leurs
propres intérêts. Un assistant de Powell a proclamé quen ce qui
concerne les EU, « la loi Internationale nexiste pas ».
Un analyste a traduit cela par "la déréglementation du marché
de la violence internationale" - et même, selon les EU une
déréglementation commerciale mondiale (lacier, par exemple), a
pour but de libérer les intérêts américains de toutes contraintes;
cependant cela ne signifie aucunement que qui que ce soit dautre
puisse faire quoi que ce soit contre les intérêts américains.
Droit
international, bien sûr, signifie loi impérialiste, i.e les accords
signés par les dirigeants des pays les plus puissants visant à
protéger leurs intérêts communs au détriment de tous les autres.
Et en réalité, les EU, comme nimporte quel pays impérialiste,
nont jamais reconnu le droit international quand il était contraire
à leurs intérêts. Linvasion du Panama en 1989 par Bush-père en
est un exemple. Les EU ont créé Noriega et ont ensuite envoyé
leurs troupes pour le renverser quand ils en ont eu envie. Mais
il est significatif que les EU aient préservé quelques apparences
de respect des lois internationales même si fondamentalement ils
nen ont rien à faire.
Par
exemple, Noriega a été jugé comme prisonnier de guerre et est
à ce jour en prison conformément aux Conventions de Genève.
Les prisonniers de George-fils à la base navale américaine de
Guantanamo à Cuba sont traités très différemment, tant sous laspect
légal quhumain. Le non-respect des lois internationales par les
américains a atteint un tel degré que quand la Cour des Droits
de lHomme de Bosnie (fondée sur insistance des Occidentaux) a
ordonné, en labsence de preuve, la libération de six hommes originaires
du Moyen-Orient, après quils aient été accusés de projeter une
attaque contre lAmbassade américaine à Sarajevo où ils vivaient;
des troupes américaines les ont enlevés (avec la complicité probable
du gouvernement de Bosnie) en plein milieu de la nuit et les ont
envoyés à Guantanamo. Ils y sont détenus, avec des ressortissants
britanniques, français et autres; les demandes dintervention juridique
ou même de contact des pays de ces ressortissants sont restées
lettres mortes.
Les
EU admettent ouvertement que les prisonniers à Guantanamo sont
interrogés sans relâche, soumis à la manipulation psychologique
(incluant la privation sensorielle et un isolement tel quils semblent
ne même plus savoir où ils sont) . Ils sont soumis à dautres formes
de traitement quon ne doit normalement pas appliquer aux prisonniers
de guerre. Comme le droit de torturer a été ouvertement proclamé
dans la presse américaine et européenne, il nest pas difficile
de deviner ce qui se passe sur une île éloignée interdite aux
médias et aux observateurs internationaux.
(Quand
des protestations ont été émises, la Croix-Rouge a enquêté et
a fait un rapport - un rapport secret à lusage exclusif des Etats-Unis.)
Par erreur ou arrogance, le Pentagone lui-même a publié la célèbre
photo qui montre ces prisonniers mis aux fers, yeux et oreilles
bandés. Pourquoi Bush est-il si décidé à ce que ces hommes ne
soient pas reconnus comme prisonniers de guerre conformément aux
Conventions de Genève, malgré les bruyantes protestations internationales
et pourquoi affirme-t-il quil ne sagit là que dune simple « question
pour avocats » qui ne ferait pratiquement aucune différence?
«-Pour
préserver la souplesse daction », a répondu un assistant
de Bush dans une note." La flexibilité "est précisément
largument clef des EU, dans toutes les questions. Les EU veulent
que le monde sache quils feront ce quils veulent à qui ils veulent,
point final, et quil reste encore de la place dans les cages à
tigre de Guantanamo pour ceux qui ne sont pas contents.
Guantanamo
nest pas simplement un camp de concentration pour prisonniers
afghans. Cest un symbole de ce que les EU ont lintention de faire
subir à quiconque se mettrait en travers de leur chemin. Les EU
reconnaissent cependant dune manière implicite la division du
monde entre pays oppresseurs et pays opprimés et ne proposent
pas, au moins pour le moment, denvoyer les -Marines pour sortir
Chirac de France. Cependant, lexistence même de Guantanamo a
pour objectif dinsinuer un soupçon de menace dans linjonction
« Obéis au plan ou dégage. »
Ce
nouvel unilatéralisme ne signifie pas que les EU ont lintention
dagir seuls. Bush a prêté une grande attention à la constitution
de coalitions ad hoc sous son leadership. Il y aura toujours coopération
entre les impérialistes pour autant que cela serve leurs intérêts
communs - cest ainsi que des soldats français travaillent actuellement
côte à côte avec des soldats américains à la construction dune
base aérienne durable au Kirghizstan. Mais autant que possible
(et cela pourrait être une très grande question), les EU ont lintention
dagir rapidement et de façon décisive sans même tenter dobtenir
un consensus, imposant leur décision par des actes et laissant
les autres exprimer leurs scrupules et leurs petites chicanes
ensuite. Ils ne se sentent pas liés par les traités avec leurs
alliés, ils considèrent leur propre souveraineté comme suprême
et celle des autres comme nulle (particulièrement celle des pays
opprimés).
Wolfowitz
explique qu "il ny aura pas une coalition unique, mais plutôt
des coalitions différentes pour des missions différentes"
dans lesquelles les EU espèrent travailler principalement avec
"des forces locales" (cest-à-dire les troupes des marionnettes)
plutôt quavec leurs "associés" et rivaux. Les alliés
les plus proches de lAmérique doivent maintenant être leurs subalternes,
des impérialistes qui reconnaissent leur faiblesse et du coup,
acceptent le plan unipolaire. La Russie na jamais semblée aussi
soumise aux EU que depuis le 11 septembre. Vladimir Poutine est
soudain devenu « le meilleur ami » de Bush par un mélange
de promesses et de menaces.
Parmi
ces promesses, une attitude compréhensive ou au moins lespoir
que les EU laisseront tomber le mouvement dindépendance de la
Tchétchénie que la Russie assimile à un processus de découpage
de son état en morceaux de plus en plus petits. Poutine a soutenu
linvasion de lAfghanistan et est censé avoir dit à son "meilleur
ami" quil nélèverait pas dobjection à une attaque américaine
sur lIrak, ces deux pays ayant été précédemment lobjet des ambitions
prédatrices de la Russie. De façon très remarquable et inopinée,
il a consenti à lextension de lOTAN jusquaux frontières actuelles
de la Russie; jusquaux Etats Baltes qui appartenaient encore à
lURSS il y a une dizaine dannées. Il a accepté la construction
par les Américains de 13 nouvelles bases et le stationnement permanent
de troupes américaines dans ce qui était autrefois lAsie Centrale
soviétique.
Il
a même donné sa bénédiction à lincursion américaine actuelle en
Géorgie, qui faisait encore récemment partie de lURSS et jusquà
présent, au moins, un gage militaire édifié par les EU et la Turquie
contre la Russie. Cela ne signifie pas nécessairement que toute
la classe dirigeante russe partage la conception Poutine de ses
intérêts, et les intérêts impérialistes de la Russie provoqueront
à coup sûr un conflit plus aigu avec les EU dans lavenir.
5.
Géopolitique de lapocalypse
La
liste noire établie par Bush des pays à attaquer ou au moins à
menacer, est très instructive. Cela peut paraître dément, mais
cest un plan mûrement réfléchi (et largement soutenu par la classe
dirigeante américaine) pour livrer le monde en toute sécurité
au pillage américain.
Par
exemple, après de longs démêlés entre les puissances diverses
ayant une influence en Afghanistan pour mettre en place un nouveau
gouvernement intérimaire, les EU ont ridiculisé lAlliance du Nord,
dont les troupes ont pourtant mené la majorité des combats contre
les Talibans, mais est considérée comme trop proche des rivaux
de lAmérique. Les EU ont préféré tout simplement mettre un homme
à eux, Hamed Karzai, ancien conseiller de la société Unocal basée
en Californie, dont le projet de pipeline, aux yeux des Occidentaux,
est la seule chose qui pourrait donner de la valeur au pays. (Le
représentant spécial américain, Zalmy Khalilzad, émargeait aussi
du payroll de la compagnie pétrolière Unocal.)
Ou
prenez lIrak. Au début, quelques commentateurs nont pas cru que
Bush se lancerait dans une guerre vomie par les anciens alliés
des EU dans la guerre du Golfe. Le contraste entre linsistance
de Bush et leur opposition a été si saisissant quun commentateur
de presse a fait remarquer que lEurope « semblait tentée
de dire que laffaire irakienne relevait de la politique dhégémonie
mondiale américaine plutôt que de la cruauté et de la traîtrise
de Saddam. » Voici précisément les véritables enjeux.17
Comme le copain de Rumsfeld, vieux coéquipier de Nixon, Henry
Kissinger, la récemment écrit, « la question nest pas de
savoir si lIrak a été impliqué dans lattaque terroriste sur les
Etats-Unis.... Le défi de lIrak est essentiellement géopolitique. »
Malgré les efforts des Etats-Unis pour imposer le boycott de
lIrak, la France, lAllemagne, lAngleterre et la Russie ont ouvertement
commercé avec le gouvernement irakien.
En
fait, pratiquement le monde entier continue à commercer à peu
près comme avant avec ce pays depuis de nombreuses années maintenant,
y compris des sociétés américaines (le Vice-président Cheney,
pendant son ère de baron du pétrole, a été impliqué dans la tentative
de battre les Européens dans les transactions avec Saddam). Depuis
que Bush père a mis fin à sa guerre contre lIrak, apparemment
après avoir réalisé que le renversement de Saddam pourrait mener
au démembrement de lIrak et, donc, être déstabilisant pour les
intérêts américains dans la région en général, le régime a été
un symbole des limites de la puissance américaine. Cela semble
être la chose essentielle que Bush fils veuille renverser. Il
veut manifester de la façon la plus convaincante possible que
les événements de la dernière décennie et la position adoptée
par les EU sur cette base signifient que les vieilles limites
ne sont plus valables.
Laddition
soudaine en janvier par Bush, de lIran à sa liste des pays de
« laxe du mal », a rendu perplexes beaucoup dobservateurs.
Après tout, les concessions récentes de ce régime aux EU comprennent
un accord non rendu public pour sauver des pilotes américains
abattus, une coopération serrée de médiation dans le gouvernement
« intérimaire » dominé par les Etats-Unis en Afghanistan
et lautorisation donnée aux EU de faire transiter des denrées
pour lAfghanistan par les ports iraniens.19 Apparemment
les mollahs ne se sont pas suffisamment inclinés pour satisfaire
Bush, qui a exigé plus et a menacé de renverser le régime de toute
façon. Une des raisons pour laquelle le gouvernement iranien
a pensé quil pouvait sauver les apparences et ne pas avoir lair
dembrasser les fesses du Grand Satan a été lenthousiasme avec
lequel il a accueilli les investissements allemands, français
et autres européens. Un pays qui vit de la vente du pétrole a
besoin au moins dune France pour lexploiter.
Il
semble quêtre de façon ouverte et totale, politiquement à la botte
des EU, et économiquement à la solde des intérêts américains,
sont les deux faces dune même pièce de monnaie. La menace des
troupes américaines sur lIrak semble avoir incité le régime Khamenei-Khatami
à céder encore plus aux EU, en stoppant les activités des forces
Afghanes en Iran opposées au gouvernement afghan de Bush, et emprisonnant
des étrangers (y compris des citoyens européens) mal vus de Washington.
Plus récemment, lIran a indiqué quil autoriserait le Conseil national
irakien patronné par les Etats-Unis (vraisemblablement le choix
des EU pour remplacer Saddam) à ouvrir des bureaux à Téhéran,
capitale de lIran, et à diffuser lappel au renversement de Saddam
à partir du sol iranien - ce qui nest pas un geste attendu dun
régime appartenant à un quelconque « axe » avec lIrak.
Les
manSuvres des EU dans le sens dune invasion de lIrak sont susceptibles
de leur permettre de plier le régime iranien complètement à leur
volonté. Ou encore les EU peuvent opter pour une rupture entre
les successeurs de Khomeini et ce quils considèrent comme un gouvernement
acceptable. Mais dans lun ou lautre cas, la clef pour provoquer
les changements que lAmérique veut est & la force.
Lenvoi
de troupes américaines au Yémen est une autre pièce du puzzle.
En soi, le Yémen na aucune importance pour les EU. Il sagit en
réalité des bases navales américaines au Yémen, de la puissance
navale américaine placée dans cette partie du Golfe, et fondamentalement
du rêve américain de transformer le Golfe en un lac américain.
Tout
le monde sait que le Golfe est stratégique à cause du pétrole.
Mais ce nest pas une simple question dargent à gagner. La citation
précédente du rapport de Wolfowitz-Libby sur les régions stratégiques
et les ressources rappelle les remarques de Lénine sur limportance
du pétrole dans la première guerre mondiale: les impérialistes
considèrent le pétrole comme une ressource stratégique à contrôler
non seulement pour leur survie, mais aussi pour en priver leurs
rivaux. En réalité, aujourdhui lEurope est beaucoup plus dépendante
du pétrole du Moyen-Orient que les EU, et le Japon encore plus.
Les profits à faire sont énormes mais, point plus important encore,
celui qui contrôle ces robinets de pétrole tient à la gorge les
économies européennes et japonaises.
Il
est significatif que les Philippines aient été le deuxième pays
à être envahi par les EU, après lAfghanistan en octobre 2001 avec
des troupes en nombre plus grand que nimporte où ailleurs, sauf
en Afghanistan. (Environ 900 soldats américains, 650 dentre eux
étaient des soldats dassaut; certaines de ces troupes sont allées
patrouiller aux côtés des troupes gouvernementales philippines.)
Les
Philippines sont devenues colonie américaine quand les EU ont
profité dune révolte populaire contre la domination espagnole
pour semparer des îles pour eux-mêmes.20 Il a été
dit que les militaires américains adoptèrent le pistolet semi-automatique
de calibre .45 parce que les combattants philippins résistaient
avec tant dacharnement quils ne pouvaient pas être arrêtés par
des balles de plus petits calibre. Les îles sont devenues un
avant-poste militaire clef pour les Etats-Unis dans le Pacifique,
comme en témoignent les batailles stratégiques pour les Philippines
pendant la Deuxième Guerre mondiale. Après la guerre, les EU
ont été forcés de renoncer au contrôle politique direct des Philippines,
mais ont maintenu un contrôle économique et politique indirect.
La base navale de la Baie Subic est restée lancrage clef pour
les EU dans le Pacifique jusquau moment où les EU ont préféré
partir de leur propre chef après un soulèvement populaire et le
renversement de la dictature de Marcos patronnée par les Etats-Unis
dans les années 1980.
La
rébellion des Musulmans opprimés des au sud Philippines a été
un obstacle sérieux aux régimes patronnés par les Etats-Unis pendant
de longues années, mais les intentions américaines ne se sont
pas limitées aux célèbres forteresses Musulmanes dans lîle Sulu.
Selon des dépêches dagences, des troupes américaines survolant
le Luzon au nord, à lextrémité opposée de larchipel, ont échangé
des coups de feu avec les troupes de la Nouvelle Armée Populaire
menée par le Parti communiste des Philippines. Les EU ont clairement
lintention dentreprendre des actions majeures pour resserrer le
contrôle de leur ancienne colonie. Ces objectif ne sont pas
limités aux seules Philippines. Les EU négocient maintenant aussi
pour des droits daccès à lénorme base navale de Cam Ranh au Vietnam,
construite par les EU pendant la guerre perdue pour semparer de
lAsie du sud-est. La Russie est sur le point de quitter la base,
elle na plus les moyens de payer le bail.
Linclusion
de la Corée du Nord sur le point de mire de Bush a été particulièrement
difficile a comprendre car ce pays a, depuis plusieurs années,
essayé de façon désespérée de ramper aux pieds de lAmérique.
Clinton affirme quil était sur le point de voyager là-bas à la
fin de son mandat en Décembre 2000, pour accepter la capitulation.
En fait, depuis plusieurs années la Corée du Nord avait unilatéralement
cessé les tests des missiles dont se plaint Bush. Au moment où
cet article est écrit, il nest pas clair si oui ou non Bush a
lintention dy faire la guerre. Mais, des ses premiers jours au
pouvoir, Bush a fait savoir clairement quil est hésitant à permettre
à la Corée du Nord de faire la paix. Une fois de plus, il existe
un symbolisme politique dans la dramatisation de sa rupture avec
la politique de Clinton. Mais le facteur le plus important dans
cette équation nest pas la Corée du Nord mais les 37.00 soldats
américains stationnés en Corée du Sud. Le maintien dune situation
militaire instable sur la péninsule est un facteur important dans
lhabilité des Etats-Unis à intimider la Chine, que Bush apparemment
espère attirer plus solidement dans la sphère américaine, et le
Japon, un pays dont son exploitation de la Corée est au cSur même
de son existence impérialiste.
Les
autres pays où les militaires américains sont maintenant présents
ou considèrent sengager comptent la Colombie, le Yémen, lIndonésie
(des conseillers américains peuvent être envoyés là) et même peut-être
lAlgérie (les Etats-Unis ont commencé à pourvoir le gouvernement
algérien déquipements militaires, une étape provocative dans le
fief de la France et où jusquà présent les contacts maintenus
par les Etats-Unis ont été surtout avec les « terroristes »
fondamentalistes musulmans). Faites-en un tout et vous avez une
carte des lieues où les Etats-Unis ont longtemps considéré que
leur stratégie politique et leurs intérêts économiques nécessitent
une intervention militaire et une image plus claire de la nécessité
qui se cache derrière la folie de Bush.
6.
Une guerre juste au bon moment
Les
relations entre la politique et léconomie sont complexes et dynamiques.
La situation du monde daujourdhui est entièrement enracinée dans
le processus mondial croissant de « socialisation complète
de la production » et sa contradiction avec lappropriation
privée, comme Lénine le notait déjà il y a presque un siècle,
quand il désignait limpérialisme comme lantichambre dun nouveau
système de coopération mondiale qui ne naîtrait pas de la révolution
prolétarienne. Les contraintes économiques qui régissent limpérialisme
(les crises, les rivalités et limpératif croître ou mourir) sont
enracinées dans cette contradiction, comme lest la lutte du prolétariat
international et de ses alliés. Ces classes dirigeantes sont
en fin de compte représentatives des exigences du capital impérialiste
et pas seulement les acteurs dune politique choisie.
Mais
la nouvelle politique a en fait surgi de linteraction de ces exigences
et de la politique impérialiste.
Il
est parfaitement évident que ladministration Bush est entrée en
fonction en espérant quelque chose qui ressemblerait au 11 septembre,
une occasion de changer la ligne militaire, politique et sociale
que suivaient les EU. Dans une entrevue rapportée par le Washington
Post du 29 janvier 2002, Bush disait, « je suis convaincu
quà létranger on a limage dune Amérique tellement matérialiste
quelle nobéit à aucune valeur, et quen cas dattaque, nous ne répliquerions
pas. »
Dans
le même article, Rumsfeld raconte comment, lors de ses entretiens
avec Bush pour le poste de Secrétaire de la Défense (qui savère
être le rôle clef dans le cabinet Bush), Bush a critiqué Clinton
qui suivait une ligne « de recul réfléchi » chaque fois
que lintervention militaire américaine se heurtait à des obstacles
sérieux, par exemple sa défaite devant des milices locales en
Somalie. Rumsfeld a répondu quil croyait que la puissance américaine
était nécessaire pour « discipliner le monde ». « Je
nai laissé place à aucun doute dans son esprit: si quelque chose
arrivait, je serais pour quon avance, non pour quon recule. Et
cela je voulais quil le sache. Et il a répondu, sans équivoque,
que cétait ce quil ferait et que nous partagions clairement la
même façon de voir les choses. » Cest exactement ce que
Bush a fait, « avancer » en sautant sur la première
bonne occasion de faire la guerre qui sest présentée. Pour ceux
qui sont dans le secret, ces cartes étaient déjà sur la table
quand Bush a été choisi comme président.
Le
régime Taliban avait pris naissance dans le fumier et dans la
fange « du grand jeu de pillage », la lutte impérialiste
pour le contrôle du pétrole et des gazoducs en Asie Centrale.
Les EU ont donné au Pakistan le feu vert pour porter les Talibans
au pouvoir en 1996 parce quils ont cru quils pourraient ainsi
apporter la stabilité politique nécessaire à la société Unocal
pour la construction dun pipeline du Turkménistan au Pakistan
via lAfghanistan, en sassurant que le contrôle du pétrole coulant
depuis les anciennes républiques soviétiques serait aux mains
des Américains. Lappui des Talibans complétait le développement
par les EU de relations militaires étroites avec la plupart des
pays dAsie centrale.
Leur
oppression moyenâgeuse des femmes ne gênait certainement pas,
dautant plus que cela correspondait en très grande partie au programme
préconisé par les fondamentalistes chrétiens américains bien vus
dans les cercles proches de Bush. De plus, le gouvernement américain
a trouvé les Talibans potentiellement si utiles que pour quelque
temps le Département dEtat a bloqué lenquête du FBI sur limplication
dOussama Ben Laden dans le bombardement du navire « USS Cole »
au Yémen parce quil espérait persuader doucement les Talibans
de le leur livrer sans perturber leurs relations. (Le chef de
lenquête de la FBI, qui a protesté «en démissionnant, est devenu
le chef de la sécurité du World Trade Center, où il périt.) On
rapporte que les négociations entre les EU et les Talibans se
sont poursuivies pendant tout le mois de juillet 2001. Le quotidien
français « Le Figaro » a prétendu que le chef local
de la C.I.A. a rencontré Ben Laden en personne, au moment où ce
dernier était soigné à lHôpital américain de Dubaï précisément
ce mois là.21
Ces
négociations ont été soudainement interrompues en août 2001.
Il semble que les EU ne croyaient plus aux Talibans et aller faire
une guerre en Afghanistan les démangeait déjà. Dune façon ou
dune autre, ils ont eu ce quils voulaient. Qui a tiré le premier?
Peu importe, linvasion de lAfghanistan par les EU, de même que
leur appui aux Talibans, avait pour but détablir un régime semi-féodal,
patriarcal et vassal de limpérialisme. Qui plus est, lAfghanistan
nétait quune cible occasionnelle, un ennemi facile militairement
et politiquement, rien à voir avec le genre de guerre des révolutionnaires
vietnamiens qui ont battu les EU et gagné lappui du monde entier.
LAfghanistan était important, pas en lui-même, mais comme un bon
endroit où commencer la violence mondiale.
Comme
Lénine la écrit, « la guerre ne change pas le sens des politiques
de pré-guerre, mais accélère leur développement. » Laprès-11
septembre na pas changé les tendances historiques. Il est cependant
caractéristique dune situation nouvelle, qualitativement différente.
7.
Le « front intérieur »
La
"politique de coalition et de « recul » que Bush
a stoppée était intimement liée à la réticence américaine à envoyer
des troupes sur le terrain là où il y avait un risque de nombreuses
victimes américaines, chose qui serait difficilement acceptable
sur le plan politique intérieur. Très récemment les impérialistes
européens ont critiqué les EU qui ne dépêchaient pas suffisamment
de soldats, en particulier là où des troupes européennes étaient
envoyées, comme en ex-Yougoslavie. « les EU se chargent
de bombarder, nous de crever, et les ONG de donner à manger »
disaient-ils.
Aujourdhui,
plus encore quauparavant, les EU se reposent sur leur capacité
à infliger la mort à distance sans risque. Ce que cela signifie
a déjà été amplement démontré en Afghanistan, où les estimations
du nombre de civils tués vont de 3000 à plusieurs fois ce nombre.
Quand lors dune conférence de presse quelquun a mentionné que
dans un village un mariage avait été bombardé par les EU et les
survivants mitraillés, Rumsfeld a sèchement tancé les médias disant
que de telles choses n-avaient même pas valeur dévénement.
Mais
les Américains vont devoir préparer les cercueils, et Bush veut
que cela se sache. En effet, même si « faire pleuvoir la
mort den haut » restera une pierre angulaire de la stratégie
américaine, les impérialistes américains ont aussi pour objectif
denterrer « le syndrome du Vietnam » (cest à dire :
la crainte de senliser dans une guerre de conquête impérialiste
perdante) et den finir avec la plus petite répugnance à verser
le sang des soldats américains pour atteindre leurs objectifs.
En fin de compte, le contrôle politique exige des forces terrestres.
Dans la bagarre pour sassurer de nouvelles positions à létranger,
les impérialistes ne veulent pas être les seuls à sen tirer sans
soldats blessés au combat.
Le
changement de la politique militaire a été préparé de concert
avec un changement de politique intérieure aux EU. À la suite
du 11 septembre, un large échantillon de représentants de la classe
dirigeante américaine a voulu procéder à un changement de concept :
lidée dun contrat social avec des éléments des classes moyennes
où elles passaient dune simple acceptation passive à un modèle
plus spartiate, dans lequel lordre du jour est à la guerre sans
limite et au consentement à la mobilisation et aux sacrifices
que cette guerre rend nécessaires.
Des
secousses successives ont ébranlé le paysage politique américain
au cours de ces dernières années, alors quun nouvel ordre du jour
émergeait à travers le développement dévénements, des batailles
politiques et un consensus instable. Il y a eu des « guerres
de culture » acharnées au sujet de lavortement, de la famille
patriarcale et des questions culturelles - questions relatives
au mode de vie - mais le public nen na pas su grand chose à part
dobscurs articles parus dans des journaux de politique étrangère.
Quils croient au système Bush ou quils croient seulement de façon
pragmatique que cest efficace pour la propagande, les cercles
des classes dirigeantes qui soutiennent Bush ont un programme
social et culturel complet hautement répressif.
Ils
cherchent à modifier radicalement la situation sociale à lintérieur
du pays et la rendre semblable à lempire mondial sans entraves
quils veulent créer. Sans faire des comparaisons faciles que
lhistoire confirmera ou non, et sans ignorer les différences profondes
entre une Allemagne faisant des efforts désespérés pour effacer
son statut de puissance vaincue et une Amérique trônant au sommet
du ramassis impérialiste et décidée à y rester, on peut dire que
la refonte de société dans laquelle sétaient embarqués les Nazis
correspondait aux objectifs globaux de limpérialisme allemand
et à ce quil serait nécessaire de faire pour les atteindre.
8.
Dangers et opportunités
Après
la Première guerre mondiale Staline a écrit, « la signification
de la guerre impérialiste qui a éclaté il y a dix ans réside entre
autres choses dans le fait quelle a réuni lensemble de toutes
ces contradictions en un seul nSud et les a jetées dans la balance,
accélérant et facilitant ainsi les luttes révolutionnaires du
prolétariat. » La situation est maintenant différente par
bien des côtés - aujourdhui les contradictions entre les impérialistes
sont conditionnées principalement par la contradiction entre impérialisme
et peuples opprimés - mais néanmoins lanalogie est utile, car
les contradictions mondiales sont entremêlées, le nSud entier
se resserre de plus en plus, et ces contradictions sont à nouveau
« jetées dans la balance ».
Des
événements cataclysmiques se déroulent et les impérialistes et
réactionnaires eux-mêmes ont placé la guerre, qui est la résolution
des contradictions par les armes, carrément sur la scène centrale.
Tout cela peut servir à accélérer et faciliter les luttes du prolétariat
et des peuples opprimés au début du vingt et unième siècle. Pour
que cela se produise, pour révéler et concrétiser le potentiel
favorable dans la situation mondiale daujourdhui, un immense travail
est nécessaire pour faire flotter plus puissamment le drapeau
du prolétariat dans le maelström actuel de contradictions. Jamais
auparavant depuis la naissance du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste
la nécessité et les possibilités dune direction Maoïste nont été
aussi nettes.
Cest
indiscutable, il y aura résistance - même George Bush le reconnaît.
Elle pourra sélever de diverses façons, à un rythme différent
suivant les pays, et nempruntera pas un chemin direct. Mais la
question la plus importante pour les Maoïstes est la suivante
: Devrions-nous la contrecarrer (en essayant de détourner lattention,
en espérant que les conditions changent) ? Devrions-nous nous
mettre à la remorque des courants dopposition spontanés et qui
mènent souvent à limpasse? Ou devrions-nous nous efforcer de
la conduire ? Qui dautre que nous peut correctement rassembler
toutes ces luttes, montrer aux peuples leurs intérêts et leur
ennemi commun, et expliquer ce quil faut faire à chaque étape
?
Lénine
a écrit, « lexpérience de cette guerre... abasourdit et abat
certains, mais éclaire et trempe certains autres ». Il a
fait remarquer que la guerre dévoile ce qui est normalement caché,
que le système impérialiste dépend en fin de compte de la force
militaire pour survivre et que la guerre crée des conditions plus
favorables au prolétariat et aux peuples pour établir leur propre
loi par la révolution. Ce nouveau désordre mondial sera craint
par certains, bienvenu pour dautres, mais en tout cas cest le
prix à payer, et il mettra en mouvement des millions de gens,
porteurs de leurs propres points de vue et intérêts.
De
tels événements mettent en lumière les relations réelles qui dirigent
ce monde, les forces et les faiblesses des peuples et de leurs
ennemis. Ils mobilisent et suscitent la colère des peuples pour
les combattre. Ce que signifient les paroles de Lénine aujourdhui,
dans notre situation, est que nous sommes face à deux dangers :
soit être écrasés au terme de la confrontation avec un ennemi
à cause de la brutalité de lagression ennemie ou à cause de notre
propre passivité ou de nos erreurs, soit faire notre devoir, nous
mettre en mesure daffronter la situation et de mener la lutte
à léchelle planétaire, à un niveau qui nétait pas possible quand
les peuples navaient pas à faire face à un ennemi si déterminé
et si omniprésent.
La
résistance généralisée et la puissante affirmation de lalternative
prolétarienne sont les réponses. Cette résistance prendra des
formes diverses. Dun côté il faut quil y ait des mouvements de
masse à un niveau international, unissant tous ceux qui peuvent
lêtre en expliquant dans ces batailles le point de vue et le programme
de lutte du prolétariat et tout au long de ce processus gagner
les larges masses dans le monde entier non seulement à sopposer
plus puissamment et plus efficacement aux impérialistes, à résister
à la guerre et à lagression des impérialistes, mais aussi à bien
comprendre et à focaliser une attention aiguisée sur la cause
véritable de linjustice et de loppression dans le monde :
le système impérialiste.
En
même temps, et véritable axe de tout cela, la capacité des Maoïstes
à occuper avec plus de force la scène politique à léchelle mondiale,
la situation internationale actuelle rendant possible et nécessaire
laccélération du processus de la prise du pouvoir dans tous les
pays et de la construction et du renforcement des partis Maoïstes
capables de conduire ce processus. Les conditions pour le faire
réellement pointent à lhorizon à des degrés divers dans les différents
pays.
Par
exemple, aujourdhui on peut voir comment la Guerre Populaire au
Népal interagit avec la situation révolutionnaire qui sintensifie
rapidement dans toute la région. Les victoires retentissantes
de la Guerre Populaire fournissent un modèle du comment et du
pourquoi combattre. La peur quune telle alternative apparaisse
dans cette poudrière quest lAsie du Sud est sans doute
une des raisons pour laquelle la révolution au Népal doit faire
face à une opposition plus directe des EU, des impérialistes américains
et britanniques et de lInde, gendarme régional du système impérialiste
mondial. Il est clair aussi que la rivalité entre les différents
états réactionnaires, particulièrement lInde et le Pakistan, aussi
bien que les troubles et la résistance déchaînés par la prétendue
« guerre au terrorisme », créent aussi des conditions
plus favorables pour la révolution partout dans le sous-continent.
De
même, dans dautres états de la ligne de front, le processus révolutionnaire
est maintenant beaucoup plus directement conditionné par la croisade
menée par les EU. En Iran, lopposition de façade du régime à
limpérialisme est peut être sur le point daffronter une épreuve
cruciale qui pourrait éclairer les esprits et ouvrir des perspectives
révolutionnaires. La solidité du régime réactionnaire Turc est
une cause danxiété croissante en Amérique, dans le contexte des
tensions politiques et économiques liées à la tentative dembrigadement
dans des efforts de guerre américains, projet à très haut risque.22
Pour citer un autre exemple phare des plans américains,
malgré leffort israélien "dacculer les Palestiniens à la
soumission par lécrasement", comme le dit Sharon, ce contexte
mondial na pas assuré une occupation plus stable de la Palestine
par Israël. Au contraire la situation continue dengendrer la
résistance et de répandre linstabilité partout dans la région.
Le retour des troupes américaines aux Philippines a déjà déclenché
une agitation anti-impérialiste dans tout le pays et peut être
loccasion dune plus grande mobilisation et dune unité populaire
plus forte pour la lutte armée.
Les
effets précis sur chacun des pays opprimés seront inégaux et difficiles
à prévoir. Dune manière générale, il se peut que les enjeux plus
élevés fixés par Bush aient des conséquences contradictoires.
Les guerres populaires sont nécessairement longues et passent
par des tours et des détours. Mais de même quil est impossible
au joug réactionnaire de peser de façon parfaitement uniforme
partout sur lun des pays opprimés par limpérialisme, à cause de
la faiblesse relative du pouvoir central dans les nations opprimées,
particulièrement dans les vastes campagnes, il est aussi impossible
aux impérialistes américains dintervenir partout et tout de suite
dans le monde entier, et ils auront à faire des choix cruciaux.
Les
forces américaines sont maintenant basées dans au moins 100 des
189 Etats membres des Nations unies - présence la plus grande
au niveau mondial depuis la Deuxième Guerre. Elles opèrent en
très grande partie dans des secteurs comme lAsie Centrale qui
sont relativement peu familiers, loin des EU, avec des approvisionnements
dépendant de bases intermédiaires placées dans des pays tiers
« amis » - comme lArabie Saoudite - qui parfois ne sont
pas aussi stables que ça. Aussi "avares et mesquins"
quils puissent être, ils sont pourtant financièrement tiraillés
à lextrême, et cela vaut également pour la force de léconomie
américaine. Les dirigeants américains font le pari quils seront
finalement capables de transformer cette expansion militaire en
profits. Mais cette situation rend leurs forces exposées et vulnérables
à un degré sans précédent.
Alors
que les efforts américains pour rallier les autres pouvoirs impérialistes
ont été couronnés dun succès relatif au début de « la croisade »,
les intérêts divergents des différentes puissances font quils
seront incapables de maintenir indéfiniment un front uni - rivalité
et connivence sont les caractéristiques inhérentes à limpérialisme.
Déjà, des failles dans « la coalition » montée par les
EU apparaissent dans le cas de lIrak et de la Palestine et elles
sagrandiront encore avec lintensification de la résistance populaire.
Quand
Rumsfeld a défini la nouvelle doctrine militaire américaine comme
la capacité de se battre simultanément sur quatre théâtres de
guerre principaux et en grande partie seuls - il partait de lhypothèse
que personne ne résisterait trop vigoureusement et que les EU
continueraient à remporter des victoires faciles. Après tout,
la guerre au Vietnam nétait quune seule guerre et malgré tout
les EU ne purent pas la gagner. Cette situation pose aussi des
défis sans précédent aux forces révolutionnaires, y compris en
termes de capacité à élever leur niveau dunité internationaliste
affin de mener la lutte mondiale contre les impérialistes dune
façon plus unifiée.
Il
y a aussi une expérience historique positive à tirer de la situation
dans les pays impérialistes. « Limpérialisme nest jamais
aussi fort quau moment du déclenchement dune guerre », a
écrit Lénine en 1915 dans une polémique contre ceux qui ne voyaient
que cet aspect des choses et pas les situations révolutionnaires
qui devaient éclore plus tard comme conséquences de la guerre
dans les pays belligérants. Il a ensuite ajouté : « En
premier lieu, les gouvernements nont jamais eu un aussi grand
besoin daccord entre toutes les parties de la classe dirigeante,
ou de la soumission -paisible des classes quelles oppriment quen
temps de guerre. Deuxièmement, bien que -au début dune guerre
et particulièrement dans un pays qui sattend à une victoire rapide,
le gouvernement semble tout-puissant, personne au monde nayant
jamais lié exclusivement lespoir dune situation révolutionnaire
au - début dune guerre, et encore moins confondu -les apparences
avec la réalité. »
Il
nexiste pas à lheure actuelle de situation révolutionnaire dans
les fiefs impérialistes, mais les situations révolutionnaires
sont impossibles sans crises produites par des événements comme
la guerre en cours, et personne ne peut dire avec certitude si
cette guerre ou que quelque crise future provoquera une telle
situation. Il ny a jamais eu de guerre impérialiste qui nait
pas été tout dabord saluée par une vague de patriotisme. En y
regardant de plus près, les réactions des classes intermédiaires
des EU et des autres pays impérialistes sont plus complexes quelles
ne le semblent au premier abord.
De
plus, la situation des pays impérialistes est nécessairement inégale,
mais la course effrénée aux armements, pour militariser les sociétés
et envoyer des troupes sur le terrain pour y contrôler la situation
et faire main basse sur les richesses partout où cest possible,
entraînera tous ces pays dans un grand maelström. La position
des EU en tant que pays leader de la ligne de front entraînera
une mobilisation accrue des gens dans la vie politique et les
luttes contre la croisade américaine auront un énorme impact sur
le reste du monde, de la même façon que les luttes dans les autres
pays donneront du cSur à ceux qui sont dans le ventre de la bête
américaine elle-même. La lutte contre la guerre menée par les
EU et lagression contre les peuples du monde entier auront un
impact déterminant sur le développement de la révolution mondiale.
Marx
parlait de la nécessité pour le prolétariat de résister aux capitalistes
faute de quoi il risquait dêtre réduit à une masse dépaves ; ceci
sapplique à la résistance contre les guerres injustes daujourdhui.
De plus, les immigrants du Moyen-Orient en Amérique vivent déjà
sous la loi martiale. La Grande-Bretagne a enfermé les demandeurs
dasile dans des camps où les conditions ressemblent à celles des
camps de concentration. Sa proposition de les équiper de microprocesseurs
sous forme de « cartes à puce » dont le contenu serait
secret, même pour les hommes et les femmes qui les portent, 23
a été comparée aux étoiles jaunes que les Nazis faisaient
porter aux Juifs. Les guerres coloniales anciennes et nouvelles
saccompagnent inévitablement de répression contre ceux qui sont
forcés de quitter leur pays pour venir travailler dans les métropoles,
où ils forment un élément de base du prolétariat dans de nombreux
pays impérialistes.
On
la vu dans les massacres de manifestants algériens à Paris pendant
la guerre de la France contre lAlgérie. La condition pour que
les prolétaires éclairés et leurs représentants Maoïstes dans
ces pays puissent accéder au pouvoir est quils se dressent en
solidarité avec les peuples du monde; cest à cette condition seulement
quils pourront représenter les intérêts des travailleurs et dune
majorité de gens dans ces sociétés, et les unir, eux dont les
intérêts fondamentaux sont opposés à cette sorte de monde dans
lequel ils sont piégés. De plus, cest de ce contexte que naissent
les efforts dorganisation nécessaires pour passer de ce que Lénine
décrivait comme une situation de révolutionnaires en « chaussure
à semelles fines » à une situation qui requiert des révolutionnaires
en « chaussures à clous ». Ce serait une erreur monumentale
et peut-être fatale de ne pas reconnaître lexistence et les implications
de la situation nouvelle.
Le
risque de perdre les repères révolutionnaires face à cette situation
est grand. On en a déjà fait lexpérience dans le mouvement anti-mondialisation,
dont la montée dans la période avant le 11 septembre a tant alarmé
les impérialistes de chaque pays et a entraîné de nombreuses mesures
répressives après le 11 septembre. (Les tirs de la police contre
des manifestants anti-mondialisation à Götenborg et à Gênes ont
annoncé le changement des règles du jeu dans la politique occidentale.)
Quelques mouvements ont essayé de déconnecter les luttes anti-mondialisation
des guerres et préparatifs de guerres en cours.
La
question qui se pose aux militants de ces mouvements, comme à
tout un chacun dans le monde, est dêtre solidaire ou non des peuples
du monde. Sinon, les manifestations justifiées et importantes
contre Macdonald, contre les produits génétiquement modifiés,
ou même contre la répression politique, risquent de passer à côté
de lobjectif. Par exemple, il ny a pas eu dopposition assez forte
à la guerre menée par les EU à la conférence anti-mondialisation
de Porto Allègre au Brésil. Des membres et des partisans
de gouvernements européens complices (particulièrement la France)
ont été autorisés à participer comme sils ne faisaient pas partie
du problème. Cétait un cas décole sur la façon de réduire lexigence
dun monde différent à un vSu pieux, en ignorant ce qui empêche
un tel monde de voir le jour - limpérialisme, ses forces armées
et ses suppôts.
Pour
prendre un autre exemple, lancer des mots dordre à la fois contre
la guerre et contre le terrorisme revient à ne pas diriger le
fer de lance de la lutte contre les EU et contre ses propres classes
dirigeantes, et cela revient à tuer la résistance populaire dans
lSuf. Ceux qui comprennent la possibilité et la nécessité de sunir
sur une très large base, de sappuyer sur les masses et dunir tous
ceux qui peuvent lêtre contre la croisade dirigée par les EU et
la guerre impérialiste dans tous ses aspects, seront capables
dinspirer et de conduire le dur labeur de montrer le monde tel
quil est, et de dire aux masses de quel côté sont vraiment leurs
intérêts - pas du côté des impérialistes ni des gouvernements,
mais du côté des peuples dans le monde].
Comme
le Mouvement International Révolutionnaire la récemment écrit,
« Le monde est entré dans une période de changement considérable
où ce qui semblait permanent et immuable a été ébranlé par ses
propres contradictions internes. Cest un temps lourd dopportunités
plus grandes autant que de dangers très réels. Il exigera toute
notre détermination prolétarienne, notre point de vue, notre idéologie
et notre méthode marxistes-léninistes maoïstes , ainsi quune orientation
politique correcte pour avancer dans la tourmente. Nous pouvons
apercevoir que la victoire finale se dessine avec plus de précision
mais cela exigera plus de lutte et plus de sacrifices. »
Mao
Tsé-toung a dit que limpérialisme est à la fois un vrai tigre
et un tigre en papier, et que en fin de compte, cest le peuple
et seulement le peuple qui est vraiment puissant. Dans le monde
daujourdhui, celui qui veut ignorer la réalité du tigre commet
et répand une erreur suicidaire. Mais pourquoi est-il aussi un
tigre en papier? Cet aspect peut rester latent en temps normal
et napparaître que dans la lutte des masses sous toutes ses formes.
Non pas parce que les gratte-ciel de limpérialisme peuvent sécrouler,
mais parce que limpérialisme répand le mal chez lui et dans le
monde entier, engendrant la haine du peuple et lunissant contre
lui, et en fin de compte le peuple et seulement le peuple, y compris
dans le ventre de la bête, peut résoudre les contradictions quil
engendre. Le monde senfonce de plus en plus profondément dans
des désastres qui ne peuvent être évités que par la mobilisation
des peuples dans la lutte révolutionnaire et sous la direction
dune ligne marxiste-léniniste maoïste.
Notes